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Monday, August 17, 2026

Le château Johan-Beetz, demeure patrimoniale, est en danger

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Le château Johan-Beetz, cette majestueuse demeure patrimoniale de la Basse-Côte-Nord, est en danger. Et le maire et les citoyens du petit village d’une centaine d’âmes craignent pour sa préservation. Des photos montrent un trou dans son toit, ce qui inquiète les résidents du village pour cet hiver.

Dans une lettre datée du 21 juillet dernier, l’organisme Action patrimoine demande au ministère de la Culture et des Communications d’intervenir pour éviter le pire.

« Nous vous écrivons concernant un bâtiment classé dans la région de la Côte-Nord, la maison Johan-Beetz à Baie-Johan-Beetz, qui a une toiture visiblement en mauvais état. D’ailleurs, un trou par lequel l’eau pourrait s’infiltrer est visible sur plusieurs photos aériennes récemment rendues publiques », écrit Action patrimoine.

Le château Johan-Beetz a été construit en 1898 par Johan Beetz, un aristocrate belge qui s’était réfugié au Québec à la suite d’un chagrin d’amour. En 1997, la poète et cinéaste Joséphine Bacon a consacré un film à ce personnage historique, qui soignait gratuitement la communauté grâce à sa formation de médecin et qui a protégé le village de la grippe espagnole en le mettant en quarantaine. Il est aussi connu pour avoir développé l’élevage du renard argenté. « Il a tant fait pour beaucoup de personnes sur la Basse-Côte-Nord qu’il mérite qu’on honore sa mémoire en conservant son château », a dit Mme Bacon au sujet de la détérioration de l’édifice.

Son film, disponible sur le site de l’Office national du film (ONF), raconte la façon dont Johan Beetz a bâti cette maison à l’image du château en Belgique où il avait grandi, sans les tourelles, toutefois, et avec du bois plutôt que de la pierre. À l’intérieur de la maison, qui est aussi classé au patrimoine, il a signé lui-même l’ornementation de certaines boiseries. Le bâtiment a été classé au patrimoine en 1979.

« C’est une maison de type Second Empire », dit le maire de Baie-Johan-Beetz, Sébastien L’Écuyer.

Après le départ de Johan Beetz, de sa femme et de leurs onze enfants pour Vaudreuil en 1922, le château a été inoccupé durant quatre ans. Il a ensuite été racheté par une famille qui s’en servait pour accueillir principalement des Américains en voyage de pêche ou de chasse. Selon le maire Sébastien L’Écuyer, les propriétaires successifs se sont acquittés de l’entretien de la demeure en respectant les conditions patrimoniales et en entretenant de bons rapports avec la communauté jusqu’en 2018. Depuis 2018, c’est la Pourvoirie Baie-Johan-Beetz qui en est propriétaire, et plusieurs autres entreprises, dont Caraïbes nordiques et Mitik Nature, y sont associées, avec des antennes au Japon et au Cambodge, selon le registre d’entreprises consulté par le journaliste Manuel Paradis, du journal Le Nord-Côtier.

Une visite du ministère

Il y a deux ans, à la suite d’une plainte des citoyens au sujet de l’état du château, et notamment de la toiture, le ministère de la Culture et des Communications a fait une visite des lieux. Mais aucun travail de réfection n’y a donné suite, note le maire L’Écuyer. Pourtant, « le ministère a des plans de subvention pour accompagner les propriétaires », relève-t-il.

Dans la foulée du tollé qu’a soulevé la publication des photos du toit percé du château sur les réseaux sociaux, la Pourvoirie de Baie-Johan Beetz a diffusé un communiqué dans lequel elle assure de son objectif de « redonner vie à ce lieu d’exception, [de] préserver son cachet et son unicité et [de] le rendre accessible à la population ainsi qu’aux visiteurs, dans le respect de son histoire et de son statut patrimonial ».

La Pourvoirie se plaint cependant du fait que les interventions nécessaires « doivent être réalisées dans un cadre exigeant. Comme pour tout bâtiment classé patrimonial, nous devons respecter des normes strictes, obtenir les autorisations nécessaires et les travaux doivent être exécutés avec des matériaux et méthodes conformes aux exigences patrimoniales ».

La Pourvoirie mentionne « des démarches administratives complexes, des exigences réglementaires élevées, l’absence de programmes de financement adaptés et des coûts de restauration considérablement majorés par les normes applicables aux bâtiments patrimoniaux ».

Du côté d’Action patrimoine, on rappelle que toute personne qui achète un bâtiment classé au patrimoine est responsable d’en assumer l’entretien dans les règles. « Quand on achète un bâtiment classé, c’est sûr qu’il y a une responsabilité légale et morale de préserver le bâtiment. On ne peut pas prétendre l’ignorer après coup », dit Andréanne Jalbert-Laramée, vice-présidente du conseil d’administration d’Action patrimoine. Elle indique aussi que le ministère offre des programmes d’accompagnement qui peuvent couvrir jusqu’à 40 % des coûts d’entretien.

« Beetz, lui, il a été proactif quand il a voulu sauver son village. Il a mis sa population en quarantaine pour le protéger. Alors que nous, aujourd’hui, collectivement, on dirait qu’on a un peu perdu ce réflexe d’être proactifs », ajoute-t-elle.

Le ministère de la Culture et des Communications du Québec n’a pas donné suite aux demandes d’entrevue du Devoir au sujet du château Johan-Beetz.

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