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Sunday, September 20, 2026

Présidentielle 2027 en France: l'ingénieur Jean-Marc Jancovici lance une assemblée citoyenne pour nourrir le débat

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À sept mois de l’élection présidentielle en France, l’assemblée citoyenne « Un commun accord », lancée par Jean-Marc Jancovici, ingénieur et figure à succès de la transition énergétique, a tenu sa première session ces 19 et 20 septembre 2026 à Paris. Au total, 150 citoyens et citoyennes tirés au sort et illustrant la diversité du pays vont plancher pendant six week-ends sur les dilemmes de notre époque en matière énergétique, climatique, économique ou encore géopolitique. Objectif : s’accorder sur des propositions d’ici février dans le but de peser sur les débats de la campagne.

Assis dans les sièges rouges de l’amphithéâtre du Conservatoire national des arts et métiers (Cnam) au centre de Paris, ils sont agriculteur, enseignante, chauffeur de bus, informaticienne, radiologue ou encore chef d’entreprise. De tous les âges, venus des quatre coins de la France y compris d’Outre-mer, électeurs ou abstentionnistes. « Vous êtes bien installés ?, leur lance l'animatrice Sophie Guillain, associée du cabinet de concertation Res Publica qui avait déjà organisé la Convention citoyenne sur le climat voulue par Emmanuel Macron lors de son premier mandat. Alors ouvrons cette assemblée citoyenne si vous en êtes d'accord ! »

Ces 150 hommes et femmes tirés au sort par l'institut de sondage Harris Interactive sont censés illustrer la diversité sociale, territoriale et économique du pays. Certains vivent en ville, d'autres à la montagne ou en campagne, ils ont des métiers et des niveaux socio-économiques très divers. Toutes et tous sont prêts à s’informer en auditionnant des experts, à débattre et à chercher ensemble, pendant six week-end d’ici le mois de février, des points d’accord face aux grands dilemmes du siècle en matière d'énergie, de réchauffement climatique, de géopolitique, d'économie ou encore de biodiversité.

« Canicules, sécheresse et incendies hors normes, pétrole sous tension, conflits internationaux... Cette année 2026 a rappelé aux Français la nouvelle réalité dans laquelle nous vivons désormais : un monde plus contraint, où les ressources se raréfient et où les choix deviennent plus difficiles », explique en ligne la plateforme uncommunaccord.fr qui accompagne l'assemblée citoyenne et propose au grand public de suivre les débats, d'y participer et de soutenir le projet. « Cette initiative est destinée à faire entendre la voix citoyenne dans le débat préélectoral, explique l'ingénieur Jean-Marc Jancovici à RFI. On vit aujourd'hui dans un monde compliqué et dans ce monde compliqué, avoir accès à l'information pour décrire le monde, ça ne suffit pas. Ce qu'il faut également faire, c'est avoir des processus qui permettent d'avoir des décisions collectives ou des avis collectifs auxquels soit on adhère ou au moins qu'on respecte parce qu'on respecte leur processus d'élaboration. Et donc cette initiative vise à demander à une assemblée citoyenne et plus largement au public, via une plateforme digitale, sur quoi les gens peuvent se regrouper à partir de questions pour lesquelles il n'y a pas de solution évidente. »

 Les citoyens conviés par le tirage au sort choisiront les six dilemmes sur lesquels ils veulent travailler mais parmi ceux qui leur ont été proposés, il y a notamment : Comment produire français tout en gardant des produits peu chers ? Comment construire des logements sans artificialiser les sols ? Comment se débarrasser du gaz russe mais ne pas devenir dépendant du gaz américain ? Comment se débarrasser de la pollution dans les villes sans entraver la liberté de circulation des gens ? Ou encore comment se libérer du pétrole mais sans changer nos vies brusquement  ?

Espoirs et doutes politiques

Anna, la vingtaine, travaille auprès d'enfants en décrochage scolaire. Elle se dit « hyper enthousiaste » à l'idée de débattre et d’entendre les scientifiques et experts qui vont nourrir les discussions des 150 citoyens. Tout comme Yannick, directeur d’usine dans l’ouest de la France : « Les sujets qui étaient proposés et puis le fait de pouvoir partager avec différentes personnes d'horizons très variés, c'est ce qui m'a convaincu. La partie environnement, la partie sociétale, et tout ce qui a trait à nos consommations en règle générale, je dirais que l'avenir de nos enfants va passer par ces éléments-là. Donc quitte à essayer de pouvoir agir un petit peu à mon niveau pour le bien être de mes enfants et peut être de mes futurs petits-enfants, autant essayer de le faire », se réjouit-il dans la belle cour d'honneur du Cnam. « Comme beaucoup je m'interroge sur le monde, dans quelle direction il va. J'ai un peu de difficulté à croire en un miracle politique et on se demande comment agir parce que je n'ai pas envie de laisser un chaos pour mes enfants et petits-enfants », acquiesce Isabelle, ingénieure chimiste de formation et cheffe d'entreprise.

Beaucoup des participants rencontrés par RFI se disent déçus par les acteurs politiques et voient dans cette assemblée citoyenne un complément voire une alternative au vote. Jules est jeune papa à Marseille et vendeur dans un magasin de sport. Il ne vote que pour faire barrage à l'extrême droite. « Les hommes politiques, je les trouve inintéressants, complètement à côté de la plaque, vraiment déconnectés de la réalité. Et le fait de faire plusieurs sessions comme ceci, avec des personnes lambda de tous bords, je pense que ça peut être très bien pour justement recentrer le débat et qu'on ait vraiment des débats beaucoup plus concrets sur la vie des Français. En ce moment, on parle du voile. Qu'est-ce qu'on en a à foutre ? Je veux dire, il y a tellement de problèmes... Il y a des gens qui ont pas à manger, il y a des gens qui ont trop, d'autres pas assez. Peut-être qu'on peut trouver des solutions. »

Les candidats à la présidentielle prêteront-ils attention à leurs propositions ? La plupart de celles et ceux avec qui RFI a échangé expriment des doutes. Lydia a travaillé dans de très nombreux secteurs (immigration, casinos, tourisme) et vient de Normandie : « on se pose tous la question de la finalité, de l'utilité, et on espère tous que ça aura un impact positif. Mais bon, ça on le saura dans quelques mois, on verra bien ce que ça donnera. Mais bon, qui ne fait rien n'a rien ! Et je me dis dans tous les cas, si même quelques personnes ici même juste au sein du groupe, réfléchissent sur divers sujets, c'est déjà intéressant. »

L'espoir que « les solutions radicales » ne seront pas empêchées

« J'ai peu d'espoir honnêtement, confie Ambre, informaticienne et syndicaliste chez Solidaire à Lyon. Mais peut-être qu'au moins je vais réussir à faire un peu de ma propagande », sourit-elle en coin. La jeune femme de 27 ans entend parler « anticapitalisme » et espère que « les solutions radicales » ne seront pas empêchées par les financeurs privés du projet, dont l'identité n'a pas été révélée, ni par la ligne du Shift Project, le groupe de réflexion créé par Jean-Marc Jancovici pour influencer le débat sur les défis climat-énergie.

L'ingénieur et auteur de la BD à succès Un monde sans fin assure que ni les financeurs privés qui ont donné une partie du budget nécessaire pour tenir cette assemblée citoyenne et sa plateforme internet, ni le Shift Project n'interfèrent dans les débats. L'initiative « Un commun accord » est pilotée par la rédactrice en chef climat de France Télévisions, Audrey Cerdan, qui a pris une année sabbatique pour ce faire, et se présente comme non partisane.

Quel sera l’impact réel de ce nouvel exercice de démocratie participative, après les multiples Conventions citoyennes aux effets contrastés ? Pour l'amplifier, les organisateurs appellent tous les Français à soutenir le projet en ligne avec un euro symbolique. Ils sont déjà plus de 190 000 à l’avoir fait. Et des personnalités publiques - scientifiques, créateurs de contenus sur internet, artistes -  soutiennent l'initiative. « Je suis juste là parce que j'ai la pétoche, a lancé à l'assemblée citoyenne tout juste constituée, l’acteur Albert Dupontel. J'ai fait une folie dans ma vie: j'ai fait des enfants. Je crois beaucoup à l'intelligence collective et donc je compte beaucoup sur vous en fait. Et sans vous tenir responsables ni vous culpabiliser, s'ils n'ont pas d'avenir ce sera de votre faute ! »

Questions d'environnementPrésidentielle française: à quoi peut servir l’initiative citoyenne «Un commun accord» de Jean-Marc Jancovici?

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