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Sunday, November 1, 2026

Le tech bro qui veut révolutionner le secteur de la défense au Canada

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Eliot Pence convient qu’il fait partie des tech bros, ces multimillionnaires de la Silicon Valley qui ont bouleversé l’économie mondiale avec leurs innovations technologiques.

Mais après avoir fait sa marque aux États-Unis chez Anduril Industries, un géant technologique dans le domaine de la défense, il a choisi de revenir au Canada avec l’objectif de renforcer la souveraineté militaire du pays.

Fondateur de Dominion Dynamics, à Ottawa, en 2025, Eliot Pence a déjà l’oreille du premier ministre Mark Carney en tant que membre d’un comité consultatif sur les relations économiques canado-américaines.

Mais il cherche surtout à secouer l’establishment canadien et à forcer Ottawa à revoir son approche en matière de défense.

Notre pays n’a pas développé ses propres capacités militaires depuis 60 ans. Ce qu’on fait, c’est qu’on intègre nos entreprises nationales dans des plateformes étrangères, croit-il

La sécurité, ce n’est pas de s’intégrer aux plateformes américaines, c’est d’investir dans nos propres entreprises et, pour y arriver, il faudra un cadre totalement différent.

Dominion Dynamics travaille sur deux grandes gammes de produits : le système AuraNet de détection et de communication, fait sur mesure pour l’Arctique, et un système d’aéronefs autonomes surnommés Dominion Scout.

Deux personnes examinent un drone autonome.

Eliot Pence et la députée libérale fédérale de Kanata, Jenna Sudds, avec un modèle du «Scout», un drone autonome conçu pour voler aux côtés d’avions de chasse. (24 août 2026)

Photo : Facebook

Passionné d’histoire et de technologie

Féru d’histoire canadienne, ce fils de hippies de la Colombie-Britannique et diplômé de Yale a baptisé son usine principale en l’honneur du coureur des bois Pierre-Esprit Radisson.

Ce n’est pas un hasard si son entreprise a officiellement été fondée un 6 juin, en l’honneur du débarquement des Alliés en Normandie. Il vante souvent la forte poussée industrielle au Canada durant la Seconde Guerre mondiale pour illustrer le sentiment d’urgence qui découle de la dégradation de l’alliance entre le Canada et les États-Unis.

Eliot Pence a joué un rôle de premier plan dans le développement des affaires d’Anduril, une compagnie californienne fondée en  2017 qui vaut maintenant plus de 100 milliards $.

Il s’est déjà décrit en public comme étant un tech bro. Il maintient qu’il est bien loin des personnages du type d’Elon Musk, mais confirme qu’il demeure passionné de technologies.

Les étiquettes, ce n’est pas ça qui compte. Je veux simplement changer le pays.

Eliot Pence de Dominion Dynamics.

Eliot Pence dans son usine surnommée Le Radisson, en pleines rénovations, dans le secteur ouest d’Ottawa.

Photo : Radio-Canada / Daniel Leblanc

Ce n’est pas l’argent qui manque, la firme ayant déjà attiré 160 millions en financement depuis sa fondation.

Les locaux de l’entreprise de Dominion Dynamics à Ottawa vibrent d’activité et l’entreprise cherche à se doter d’un deuxième lieu de production d’environ 40 000 mètres carrés, soit à Montréal, soit à Toronto.

Eliot Pence se dit particulièrement enthousiasmé par le dynamisme du secteur aérospatial québécois, notant que plusieurs membres de son équipe qui travaillent sur le Dominion Scout ont amorcé leur carrière dans la province.

Un partenariat nordique

Dominion Dynamics est en discussion avec l’entreprise suédoise Saab pour voir comment les deux firmes pourraient unir leurs forces.

Eliot Pence aimerait intégrer les équipements de sa firme aux appareils de Saab pour contribuer à une meilleure surveillance de l’Arctique contre les menaces venant de la Chine ou de la Russie.

Des motoneigistes passent devant une tour de surveillance autonome.

Dominion Dynamics a testé son système de surveillance automatisée à -40 degrés Celsius en déployant sa tour modulaire Taku à Churchill, au Manitoba, à l’hiver 2026.

Photo : LinkedIn

Il voudrait aussi qu’un jour les aéronefs autonomes Dominion Scout volent aux côtés des GlobalEye dans le nord canadien ou en Europe.

Le Canada a déjà amorcé des négociations avec Saab pour l’achat de six de ces avions-radar. Il réfléchit aussi à l’acquisition d’une flotte d’avions de chasse Gripen de la même entreprise.

Dans les deux cas, les appareils seraient construits au Canada, créant du fait même des milliers d’emplois.

Eliot Pence ajoute que le gouvernement doit aussi veiller à nourrir la croissance de firmes d’origine canadienne s’il veut s’affranchir des équipements militaires américains.

Il voudrait que le Canada commence à financer le développement de nouveaux appareils, comme des drones, qui sont encore au stade de prototypes.

L’objectif, avec le Dominion Scout, est de construire des aéronefs autonomes qui voleraient en formation avec des chasseurs ou d’autres appareils de pointe, ce qui est considéré dans le jargon comme la sixième génération en matière de développement technologique.

Un avion militaire sur le tarmac.

Le fondateur de Dominion Dynamics espère qu’un jour ses aéronefs autonomes seront déployés aux côtés d’appareils Globaleye (photo) dans le Grand Nord canadien.

Photo : Saab / Lasse Hejdenberg

Dans ce contexte, la grande question pour lui n’est pas de savoir si le Canada va se doter uniquement d’une flotte de chasseurs américains F-35 ou s’il va opter pour une flotte mixte composée aussi des Gripen suédois.

Je souhaite que le Canada se procure des Scout. Il est essentiel que nous développions nos propres capacités. Saab a toujours su développer ses propres capacités. Nous pouvons nous inspirer de leur exemple, dit-il.

Dominion Dynamics a fait des demandes de financement auprès d’Ottawa, mais la réponse se fait encore attendre parmi les différentes agences reliées de près ou de loin au secteur de la défense.

Le gouvernement ne finance pas l’achat de prototypes. Ça doit changer, lance Eliot Pence. Sans ce changement, il n’y aura pas de compagnies locales qui vont construire des produits finis, même si c’est ce que demande le premier ministre.

Expert en questions de défense et d’approvisionnement, Philippe Lagassé dit que le cas de Dominion Dynamics pose un défi pour le gouvernement.

Des entreprises comme celle de Pence devront bénéficier d’un soutien adéquat, avec des contrats et des engagements à long terme, si Carney veut concrétiser ses ambitions en matière d’industrie de défense et l’autonomie stratégique qu’il envisage pour le Canada, dit ce professeur à la Norman Paterson School of International Affairs, à l’Université Carleton.

La question, c’est de savoir si le système d’approvisionnement est conçu pour prendre ce genre d’engagement à la fois rapidement et sur le long terme, dit-il.

Si le Canada réussit à devenir plus indépendant en matière de production militaire, la relation avec les États-Unis deviendra moins compliquée, ajoute Eliot Pence.

Le Canada doit renforcer son pouvoir de négociation, conclut Eliot Pence. Si nous nous présentons à la table des négociations en tant que clients plutôt qu’en tant que fournisseurs de capacités, nous serons traités comme des clients. Nous devons nous présenter à la table des négociations avec des capacités que les Américains et le monde entier recherchent.

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