L’UE sauve in extremis ses sanctions contre Moscou mais épargne deux oligarques russes

L'Union européenne a sauvé mardi 22 août, in extremis, ses sanctions contre la Russie. Pour ce faire, Bruxelles s’est finalement rallié aux exigences de la France et du Luxembourg qui souhaitaient en exempter deux oligarques, ont annoncé des diplomates. Kiev a durement critiqué l'annonce.
Publié le :
3 min Temps de lecture
En maintenant ce régime de sanctions, qui visent près de 3 000 individus et entités accusés de soutenir l'effort de guerre de la Russie contre l'Ukraine, « nous sommes parvenus à un compromis difficile », a indiqué la présidence irlandaise tournante de l'UE : « certaines personnes » ont été radiées de cette liste noire.
Faute d'accord avant minuit (22h TU), toutes les sanctions risquaient d'être levées.
Selon des diplomates, la France et le Luxembourg ont obtenu que les noms d'Alicher Ousmanov et Mikhaïl Fridman soient rayés de la liste. La Lettonie, qui s'y opposait catégoriquement, a finalement accepté de s'abstenir, d'après ces mêmes sources.
Kiev a qualifié cette décision d’« honteuse » et « injustifiable » : « La décision de retirer Ousmanov et Fridman de la liste est honteuse et injustifiable. Moscou se réjouit d'avoir obtenu ce qu'il voulait : un sentiment d'impunité, l'humiliation de l'UE et la division entre les Européens, a déclaré le ministre ukrainien des Affaires étrangères Andriy Sybiga, sur les réseaux sociaux. J'exhorte tous les États membres de l'UE à annoncer dès maintenant qu'ils vont imposer leurs propres sanctions nationales à ces deux individus. »
« Le monde n'a pas besoin de retraits des sanctions motivés par des calculs politiques », a ainsi affirmé le président ukrainien Volodymyr Zelensky.
Alicher Ousmanov et Mikhaïl Fridman étaient parmi les noms les plus connus sur la liste des sanctions.
La France, l’Azerbaïdjan et Alicher Ousmanov
Selon un diplomate à Bruxelles et le quotidien britannique Financial Times, la France plaidait pour la radiation d’Alicher Ousmanov de la liste des sanctionnés pour obtenir des faveurs de l’Azerbaïdjan. Car cet homme d’affaires et de réseaux entretient de solides connexions avec le pays ex-soviétique. Paris tente de sécuriser la libération d’au moins deux de ses ressortissants détenus dans le pays.
Né il y a 73 ans en Ouzbékistan, ce diplomate de formation au visage rond est réputé proche du Kremlin, ce dont il se défend. Alicher Ousmanov fait fortune dans la métallurgie au mitan des années 1990. Parcours classique d'un oligarque de plus en plus riche, de plus en plus puissant, il s'attaque ensuite au monde des médias et rachète en 2006 Kommersant, quotidien libéral russe de référence, aujourd'hui plutôt complaisant avec la ligne officielle.
Ses investissements dans le numérique, les réseaux sociaux et la téléphonie lui permettent d'agrandir encore sa toile et sa fortune, estimée récemment à 14 milliards d'euros.
Le nom d'Alicher Ousmanov est aussi lié au monde du sport. Ancien actionnaire du club de football d'Arsenal, il est surtout connu pour avoir longtemps dirigé la fédération internationale d'escrime : elle a d’ailleurs été la première instance sportive à réintégrer sous bannière neutre les sportifs russes et biélorusses, dès le printemps 2023. Preuve supplémentaire de son influence dans de nombreuses coulisses.
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.