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Monday, September 21, 2026

Réinventer le chemin vers l’assiette

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Ni grande chaîne cotée en Bourse ni réseau d’État comme celui proposé par Québec solidaire. Des dizaines d’organisations travaillent en coulisses sur un autre modèle, inédit, pour faciliter l’accès aux aliments sains et abordables.

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Leur idée : créer une filière alimentaire sans but lucratif.

Concrètement, les aliments passeraient de la ferme aux consommateurs, sans qu’aucun intermédiaire n’encaisse de profits au passage.

La nourriture serait vendue par des coopératives, des entreprises d’économie sociale et des OBNL déjà en place. J’ignore à quel point c’est connu, mais il existe tout un réseau d’épiceries solidaires et de cantines scolaires où les clients paient ce qu’ils peuvent.

En mettant à leur disposition un soutien logistique d’envergure, leur empreinte pourrait croître au point de faire une différence dans le marché, croit le directeur général de l’Association pour la santé publique du Québec (ASPQ), Thomas Bastien. C’est lui qui tient le projet à bout de bras.

Ce n’est pas tout. Des CPE, des écoles, des hôpitaux et des CHSLD figurent parmi les clients potentiels du modèle, ce qui lui procurerait une masse critique favorisant sa viabilité. Les banques alimentaires à l’étroit pourraient aussi profiter des installations. Bref, on veut mutualiser les ressources et l’expertise, briser les silos.

La recherche de locaux assez vastes pour servir d’entrepôts est déjà commencée et une transaction pourrait se concrétiser « dans les prochaines semaines », m’a confié Thomas Bastien. Le financement ne l’inquiète pas vraiment, il y a moyen d’emprunter.

D’ailleurs, il ne quête pas de subvention au gouvernement, préférant profiter de la campagne électorale pour demander aux partis politiques d’appuyer le projet. La création d’un « fonds philanthropique de 50 millions pourrait aider ».

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Thomas Bastien, directeur général de l’Association pour la santé publique du Québec

Nul besoin d’être un expert en agroalimentaire pour réaliser que ce sera un défi de taille, et pas seulement sur le plan financier. Il faut acheter, transporter, entreposer, réfrigérer et parfois cuisiner les denrées. Peut-on vraiment espérer être aussi efficace que Costco et Metro, des géants qui profitent d’importantes économies d’échelle ?

Quand on ne cherche pas à enrichir des actionnaires, quand on ne fait pas de marketing et que certains intermédiaires sont éliminés, les coûts d’exploitation sont forcément moindres, répond Thomas Bastien.

La faisabilité et l’impact d’un tel projet soulèvent bien sûr des doutes et mille questions. Mais dans le contexte où le prix du panier d’épicerie a bondi de 28 % au Québec en 5 ans, il est devenu impératif de réfléchir à de nouveaux modèles pour que les moins nantis puissent se nourrir adéquatement. Leur santé en dépend, après tout.

Alors, soyons créatifs. L’expansion du réseau des banques alimentaires ne peut pas être une stratégie à long terme, encore moins un projet de société. C’est plutôt un constat d’échec.

L’an dernier, 8500 personnes par jour ont compté sur un don de nourriture. En tout, les organismes québécois ont répondu à 3,1 millions de demandes d’aide. Ce nombre, prévoit-on, atteindra 3,9 millions en 2028⁠1.

Thomas Bastien a raison quand il me dit que l’idéal serait « de fermer le robinet » des banques alimentaires, parce qu’elles ne seraient plus nécessaires.

En attendant, on ne peut pas rester les bras croisés quand on sait que des travailleurs n’ont pas les moyens de s’acheter suffisamment de fruits et de légumes. Ce n’est pas une simple façon de parler. Les achats de produits frais varient « fortement » selon le revenu. Des données de la firme de recherche NielsenIQ pour l’année 2025 révèlent que les ménages les mieux nantis dépensent jusqu’à 70 % de plus en fruits et légumes que ceux à faible revenu.

Ces Québécois dont le budget est très serré dépensent proportionnellement plus en aliments ultratransformés, constate NielsenIQ. Or, ces achats favorisent les maladies chroniques et alourdissent notre facture collective de soins de santé.

Le prix élevé des aliments sains concerne donc tous les contribuables, même ceux qui peuvent se payer des grappes de raisins à 10 $.

Voilà d’ailleurs pourquoi l’initiative d’une filière alimentaire sans but lucratif émane d’experts en santé publique. Agronome de formation, Thomas Bastien juge que son organisation ne peut pas « arriver juste à la fin », quand les personnes sont déjà malades. En facilitant l’accès aux aliments sains et nutritifs, on réduit les maux qui mènent à la prise de médicaments et à l’hôpital.

Depuis près de deux ans, l’ASPQ a réuni une quarantaine d’acteurs de l’économie sociale et d’OBNL⁠2 qui ont mis en commun leur expertise en agroalimentaire pour inventer un moyen de réduire le coût des aliments. Ce qu’ils préconisent est « une socialisation des capitaux, pas une nationalisation comme le propose Québec solidaire ».

Peu importe le modèle exact, 70 % des Québécois voient les épiceries sans but lucratif comme une solution pour améliorer l’accès à des aliments sains et abordables, selon un sondage Léger ⁠3. Et 64 % privilégieraient une telle option s’ils en avaient la possibilité.

Face au succès retentissant de Liquidation Marie, il est clair que les Québécois ont de l’appétit pour les nouveaux modèles qui leur permettent de remplir leur panier à moindre coût. L’idée d’une filière sans but lucratif peut certes paraître utopique, mais l’idée la plus irréaliste est peut-être de continuer sans rien changer.

1. Lisez l’article « Banques alimentaires : l’achalandage pourrait bondir de 26 % en trois ans »

2. La liste des participants comprend notamment le Regroupement des cuisines collectives du Québec (RCCQ), la Mutuelle d’approvisionnement des marchés solidaires (MAMS), le Réseau pour une alimentation durable (RAD), le Chic Resto Pop, la Chaire de recherche du Canada sur les inégalités en nutrition et en santé, la Corbeille de Pain, le Réseau en sécurité alimentaire de l’Ouest-de-l’Île, le Dépôt Centre communautaire d’alimentation et Moisson Montréal.

3. Sondage Léger réalisé en ligne du 1er au 3 mai 2026 pour l’ASPQ auprès de 1033 Québécois. À titre indicatif, un échantillon probabiliste de 1033 répondants aurait une marge d’erreur présumée d’au plus 3 %, 19 fois sur 20.

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