Cisjordanie : des colons attaquent un convoi diplomatique français, belge et polonais et frappent un maire français

Le chef de la diplomatie israélienne, Gideon Saar, a "condamné fermement ces graves actes de violence", les imputant à des "émeutiers israéliens", tout en reprochant aux consulats européens concernés de ne pas avoir coordonné la visite avec l’armée israélienne.
Mais le bureau du Premier ministre, Benjamin Netanyahu, a ensuite dénoncé une campagne de "diffamation" contre Israël et ses colons.
M. Netanyahu, dont le gouvernement soutient la colonisation en Cisjordanie occupée, est candidat à sa réélection lors des législatives du 27 octobre.
Des voitures des missions française, belge et polonaise avaient amené des diplomates à Taybeh, un village majoritairement chrétien de Cisjordanie, lorsque des colons ont lancé un raid pour empêcher des agriculteurs palestiniens de ramasser les olives, ont rapporté des témoins.
Ils ont verbalement agressé les diplomates avant de s’en prendre à Bernard Baudoux, 78 ans, maire communiste d’Aulnoye-Aymeries, dans le nord de la France, selon ces témoins et des diplomates.
Une vidéo vue par l’AFP montre le maire, portant une écharpe aux couleurs tricolores françaises, affaissé contre une voiture.
Ils sont arrivés vraiment déchaînés
Interrogé par l’AFP, l’édile a affirmé avoir été jeté au sol, frappé et battu avec des barres de fer. "Ils sont arrivés vraiment déchaînés", a-t-il relaté.
Sans blessures graves, il a pu poursuivre la visite de Taybeh qu’il effectuait avec le consul général de France à Jérusalem et un prêtre de sa ville, afin de signer un accord de coopération entre les deux localités.
Il a estimé que cette agression témoignait d’une "tolérance" du gouvernement Netanyahu envers la violence des colons.
Campagne coordonnée
Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a appelé les autorités israéliennes à "arrêter impérativement les responsables de ces actes révoltants" et à les "traduire en justice".
La Belgique, dont le consul général se trouvait aussi sur place, a condamné "avec la plus grande fermeté" cette attaque "perpétrée par des colons masqués", précisant qu’un véhicule belge avait été "endommagé".
La police israélienne a annoncé avoir ouvert une enquête et dit s’efforcer de "localiser les victimes, recueillir des témoignages et identifier les suspects, afin de les traduire en justice".
Des colons israéliens multiplient actuellement les attaques pour empêcher la récolte annuelle des olives dans le territoire palestinien occupé depuis 1967.
Selon Bashar Fawadleh, un prêtre de Taybeh, des colons y avaient déjà mené une attaque contre les cueilleurs et arraché des oliviers. Une personne "touchée à la tête a eu besoin de points de suture, et ils ont aussi passé à tabac une dame âgée d’une soixantaine d’années", a-t-il relaté à l’AFP.
Vendredi, des colons ont grièvement blessé Heidi Levine, une photographe américaine du Washington Post couvrant la récolte, et la semaine dernière, un photographe de l’AFP avait été passé à tabac.
Le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, s’est déclaré samedi "très troublé" par les images de l’agression de Mme Levine. L’ambassadeur des Etats-Unis en Israël Mike Huckabee a exigé qu’Israël poursuive et emprisonne les colons impliqués, dénonçant "un acte de terreur ignoble perpétré par des lâches masqués".
Le bureau de M. Netanyahu avait assuré que les responsables de l’attaque contre Mme Levine devraient "rendre des comptes", tout en se gardant d’accuser les colons.
Mais samedi, il a aussi déploré "une campagne coordonnée visant à diffamer Israël et les habitants juifs" de Cisjordanie, "en s’appuyant sur des gros titres sensationnalistes avant que tous les faits ne soient connus".
Le bureau a également affirmé comme M. Saar que les diplomates auraient dû coordonner leurs déplacements avec l’armée israélienne, et mis en avant que M. Baudoux était un communiste connu pour soutenir la cause palestinienne.
Le principal rival électoral du Premier ministre, l’ancien chef de l’armée Gadi Eisenkot, a lui déploré samedi des violences "consumant le peu de légitimité restant à l’État d’Israël". Il a dénoncé un "terrorisme juif, sous les auspices du gouvernement".
Le président Isaac Herzog, au rôle principalement honorifique, a jugé l’attaque contre Mme Levine "scandaleuse et choquante".
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