Démystifier l’environnement | À quel point l’eau de pluie est-elle polluée ?

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L’eau de pluie s’est-elle détériorée dans la dernière décennie ?
C’est pratiquement impossible de le savoir parce que la plupart des études sur le sujet ont porté sur un endroit à un moment donné, et la plupart du temps sur une seule catégorie de polluants.
« Il manque une approche holistique sur les polluants présents dans l’eau de pluie », dit Natalia Soares Quinete, de l’Université internationale de Floride (FIU), qui a publié en 2024 dans la revue Atmospheric Pollution Research une étude sur les perfluorés (PFAS) dans l’eau de pluie à Miami. « Mais c’est assez compliqué. Par exemple, je travaille aussi sur les phtalates et je ne pourrais pas utiliser les mêmes échantillons que pour mon étude sur les perfluorés, parce qu’il faudrait utiliser d’autres méthodes pour les analyser. »
Vous avez dit « perfluorés » ?
Les perfluorés, aussi appelés PFAS, sont souvent surnommés « polluants éternels » et sont utilisés dans une foule de produits de consommation, des poêles et des tissus antitaches aux mousses anti-incendies.
L’eau de pluie est contaminée parce qu’elle « lave » l’atmosphère de ses contaminants. D’ailleurs, certains polluants, comme les microplastiques, peuvent voyager jusqu’en Antarctique. D’autres, comme ceux contenus dans la fumée des incendies de forêt, peuvent se retrouver à des milliers de kilomètres de distance.
Ils pourraient aller encore plus loin s’il ne pleuvait pas sur leur passage.
L’étude de Mme Soares Quinete montre que les perfluorés de la pluie floridienne proviennent probablement de l’Ohio ou de la Caroline du Nord, soit 1000 à 2000 km de distance. La chercheuse de Floride présentait ses recherches cette semaine à un congrès de toxicologie à Montréal.
Selon Sébastien Sauvé, spécialiste des perfluorés à l’Université de Montréal, il n’y a pas eu d’étude sur la quantité de perfluorés dans l’eau de pluie au Québec.
Les pesticides
Pour ce qui est des pesticides, une étude a été publiée en 2008 au sujet des pluies dans la région de Yamaska, en Montérégie. La plupart des pesticides mesurés provenaient des cultures environnantes, mais une minorité provenaient probablement de plus loin.
Les quantités mesurées étaient généralement très faibles, et les données plus élevées coïncidaient à un épandage un peu avant la pluie. Par ailleurs, une étude publiée cette année dans l’International Journal of Environmental Analytical Chemistry confirmait que l’épandage de pesticides augmente leur quantité dans les pluies locales pour une faible durée de temps, de l’ordre de quelques semaines.
L’un des auteurs de l’étude à Yamaska, Conrad Beauvais d’Environnement Canada, estime qu’il n’y a pas eu d’autres études de ce genre sur la pluie au Québec depuis.
À l’Université McGill, Parisa Ariya travaille à corriger à ce problème, en mettant au point des détecteurs qui pourraient mesurer les polluants dans la pluie et la neige directement, sans avoir à analyser en laboratoire les précipitations recueillies par des pluviomètres. « La pluie peut amener plusieurs contaminants de la taille du nanomètre », dit la chimiste montréalaise.
L’impact des vents
La quantité de perfluorés dans la pluie dépend fortement des vents, selon Maria Guerra de Navarro, une étudiante postdoctorale qui a travaillé avec Mme Soares Quinete. « En Floride, les plus grandes quantités surviennent durant la saison des pluies, quand les vents viennent du nord-ouest, dit Mme Guerra de Navarro. Durant la saison sèche, les vents viennent du Sud, de régions qui n’ont pas d’industries produisant des perfluorés. La pluie contient donc moins de perfluorés. »
Il pleut des microplastiques
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IMAGE FOURNIE PAR JANICE BRAHNEY
Microplastiques présents dans la pluie sur les parcs nationaux du Sud-Ouest américain
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IMAGE FOURNIE PAR JANICE BRAHNEY
Microplastiques présents dans la pluie sur les parcs nationaux du Sud-Ouest américain
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IMAGE FOURNIE PAR JANICE BRAHNEY
Microplastiques présents dans la pluie sur les parcs nationaux du Sud-Ouest américain
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IMAGE FOURNIE PAR JANICE BRAHNEY
Microplastiques présents dans la pluie sur les parcs nationaux du Sud-Ouest américain
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Or, en 2022, une étude européenne publiée dans la revue Environmental Science & Technology concluait que l’eau de pluie contenait souvent plus de perfluorés que les normes américaines alors en vigueur (elles ont depuis été resserrées).
Pour ce qui est des microplastiques dans la pluie, l’une des rares études a été publiée en 2020 dans Science par Janice Brahney, de l’Université d’État de l’Utah. « J’ai été choquée de constater la quantité de microplastiques qui tombait dans les parcs fédéraux du sud-ouest des États-Unis, dit Mme Brahney. Ce sont des zones protégées. Il y en a suffisamment pour avoir des effets sur la faune et la flore. »
Et les pluies acides dans tout ça ?
Le succès des pluies acides
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CAPTURE D’ÉCRAN DU SITE DE L’UNIVERSITÉ DALHOUSIE
Acidité de la pluie en 1980
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CAPTURE D’ÉCRAN DU SITE DE L’UNIVERSITÉ DALHOUSIE
Acidité de la pluie en 2012
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Il s’agit d’un succès de la lutte contre la pollution atmosphérique. Les émissions d’oxydes de soufre et d’azote ont diminué des trois quarts depuis leurs pics au début des années 1980. Les programmes qui ont limité ces émissions des usines, avec des équipements antipollution relativement peu coûteux, ont permis aux sols québécois de retrouver une acidité normale. À tel point que le programme de suivi de l’impact des pluies acides sur les érablières québécoises a été abandonné il y a près de 15 ans. Les pluies acides faisaient sortir des nutriments des sols, ce qui les appauvrissait, surtout dans le sud du Québec.
En savoir plus
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- 0,27 % du PIB annuel
- La moyenne des coûts liée aux pluies acides en Chine entre 1980 et 2019
Source : Environmental Management
- 0,2 % à 0,5 % du PIB annuel
- Coût des pluies acides aux États-Unis dans les années 1980
Source : Congrès américain
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