Mieux comprendre la vague démocrate en cartes
Le Congrès est majoritairement bleu royal au lendemain des élections de mi-mandat, où le Parti démocrate est sorti grand vainqueur. Basculements, tendances à la hausse pour les démocrates, résultats en déclin pour les républicains : voici ce que les données révèlent.
En date de mercredi après-midi, les démocrates avaient obtenu au moins 229 sièges à la Chambre des représentants et en comptaient 33 en avance, pour un total de 262 élus — bien au-delà des 218 nécessaires à la majorité. Il s’agit d’ailleurs des meilleurs résultats des démocrates à la Chambre des représentants depuis 1990, où le parti avait remporté 267 sièges.
La carte ci-dessus montre les résultats préliminaires des élections à la Chambre, où chaque comté a la même superficie tout en conservant sa forme et sa localisation approximative au sein des États-Unis. Elle offre ainsi une représentation plus fidèle de l’ampleur des résultats aux élections, sans la distorsion de la superficie imposante de certains comtés ruraux par rapport aux comtés urbains, plus petits.
Les démocrates détiennent aussi désormais une majorité au Sénat, avec au moins 54 élus sur 100. Les votes sont encore en train d’être comptabilisés au Mississippi et en Alaska, mais à l’heure actuelle, les deux États affichent une avance pour le Parti démocrate. Dans l’État du sud, cette avance ne se tient qu’à quelques centaines de votes.
« Les élections de mi-mandat servent toujours de référendum sur la présidence des États-Unis, donc sur les agissements du président, particulièrement lorsqu’il est question du portefeuille des Américains », explique Victor Bardou-Bourgeois, chercheur en résidence à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand.
Une vague bleue, même dans les États rouges
Une analyse des données du Devoir comparant les résultats de mardi avec ceux des dernières élections montre d’ailleurs que, dans certains comtés ayant élu un représentant républicain, le vote démocrate s’est tout de même distingué de manière assez marquée.
C’est notamment le cas dans l’ouest du Tennessee, dans le district 8, où a été réélu le représentant républicain David Kustoff. Le Parti démocrate a cependant gagné beaucoup de terrain par rapport à 2024 : le vote démocrate a progressé de 20 points par rapport à 2024.
À Salt Lake City, représenté par le district 1 de l’Utah, les démocrates ont réussi à faire élire un candidat pour la première fois depuis 1980. Le vote a penché de 39 points de plus du côté des démocrates par rapport à 2024.
On remarque la même chose au sein des courses au Sénat. Même si l’Alabama, traditionnellement rouge, a de nouveau élu un sénateur républicain cette année, le vote démocrate y a progressé d’environ 13 points par rapport à 2022. En Louisiane, on constate une hausse de 21 points en faveur des démocrates, malgré l’élection de la républicaine Julia Letlow.
Dans certains États, ces tendances ont même permis de ravir aux républicains des sièges clés, notamment au Texas, en Caroline du Sud, ou encore au Kansas. Le Kansas n’avait d’ailleurs pas élu de sénateur démocrate depuis 1932.
Prudence de mise pour les démocrates
Ce revirement de situation désastreux pour les républicains s’explique en grande partie par les actions de Donald Trump, selon Victor Bardou-Bourgeois. « Il s’est fait élire sur deux grandes promesses électorales : la réduction du coût de la vie, et la fin des conflits armés, ou du moins de l’implication des États-Unis dans de tels conflits, particulièrement au Moyen-Orient. »
Deux promesses que le président a vite rompues en déclenchant une guerre commerciale dès son entrée en poste en 2025, puis en lançant une offensive militaire contre l’Iran, au mois de février dernier, qui a aussi eu des conséquences indéniables sur l’économie américaine. « Non seulement il n’a pas tenu promesse, mais il n’a fait qu’empirer les choses », souligne au Devoir l’expert.
Les politiques migratoires de Trump et le soutien inconditionnel du président et de plusieurs têtes d’affiche républicaines envers Israël ont soulevé aussi beaucoup de questions chez plusieurs électeurs, ajoute le chercheur. « Vous avez un peu la recette d’une catastrophe électorale du point de vue des républicains. »
Quelles leçons les démocrates devraient-ils donc tirer de ces élections ? Difficile de dire comment le parti se positionnera face au président dans les prochains mois, mais il devra être prudent, fait remarquer M. Bardou-Bourgeois.
« Il y a un risque en fait de commettre la même erreur que les républicains en 2024, c’est-à-dire de penser qu’une victoire aussi importante est forcément le signe que vous avez un mandat divin pour gouverner le pays pour les prochaines années, et que vous ne pouvez commettre aucune erreur. Au lendemain de l’élection de 2024, [les républicains] s’étaient convaincus eux-mêmes qu’ils pouvaient faire ce qu’ils voulaient. Et là, on voit un peu la conséquence de cette mentalité », conclut le chercheur.
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