Pénurie d’enseignants au primaire | À la rencontre de la relève

Jusqu’ici, tout va bien. Les étudiants du cours DID 1206 sont motivés, et ils ont hâte de faire leurs premiers pas dans la profession enseignante. En cette première semaine de la session, la chargée de cours Caroline Proulx leur parle avec ferveur de la littérature jeunesse, sans pour autant le faire avec des lunettes roses.
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La salle de classe du pavillon Marguerite-d’Youville, niché sur le chemin de la Côte-Sainte-Catherine, se remplit peu à peu dans les minutes précédant le début du cours de didactique du français, le 3 septembre dernier.
En attendant, les étudiants bavardent. Pour la majorité d’entre eux, il s’agit du deuxième ou du troisième cours de leur première année au baccalauréat en éducation préscolaire et enseignement primaire de l’Université de Montréal (UdeM).
« J’ai toujours voulu être prof, surtout au primaire, depuis que je suis toute petite. Être entourée de jeunes enfants, c’est toujours ce que j’ai aimé », lance Agathe Gavignet au moment d’expliquer son choix de programme universitaire.
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Agathe Gavignet, étudiante au baccalauréat en éducation préscolaire et enseignement primaire de l’UdeM
Ce qui m’attire aussi dans ce métier, c’est de voir les enfants progresser, et de réussir à les faire débloquer quand ils ne comprennent pas quelque chose.
À quelques pupitres vintage de là, Vincent Tousignant cite des motifs similaires. « J’aime bien aussi l’horaire : avoir tes fins de semaine, tes soirées, ton été », souligne-t-il.
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Vincent Tousignant, étudiant au baccalauréat en éducation préscolaire et enseignement primaire de l’UdeM
L’aspirant enseignant de 20 ans fait également valoir qu’il est « important d’avoir des hommes dans le milieu » afin que les élèves puissent avoir des « modèles positifs ».
Autour de lui, le niveau sonore diminue progressivement.
Il est 12 h 30, et Caroline Proulx s’apprête à prendre la parole, constatant que la majorité de ses 49 étudiants (dont 6 garçons) semblent présents.
Entre deux ou trois éléments biographiques, une requête de tutoiement mutuel et quelques commentaires sur le mobilier défraîchi, elle parle évidemment de lecture.
« Pour travailler avec la littérature jeunesse, il faut en connaître, des livres, argue-t-elle. Donc c’est notre responsabilité, nous, à l’université, de commencer à développer votre culture en littérature jeunesse. »
Mais quelques minutes auparavant, alors qu’il ne s’était même pas écoulé 10 minutes, la chargée de cours avait ressenti le besoin de rassurer ses ouailles. Ou de défendre la profession. Ou les deux.
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« Ce n’est pas si simple [enseigner], en plus qu’on a eu mauvaise presse », déplore Caroline Proulx.
L’adulte dans la classe
« Ce n’est pas si simple [enseigner], en plus qu’on a eu mauvaise presse. Il y a certains ministres qui nous ont peut-être dit que ça prenait seulement un adulte en classe », déplore Caroline Proulx.
« Ça ne prend pas un adulte. Ça prend quelqu’un de formé, de qualifié », tranche la titulaire d’un doctorat en éducation, qui se spécialise en didactique du lexique au primaire.
À l’évidence, dans le milieu, on n’a pas oublié la déclaration de l’ancien ministre de l’Éducation Bernard Drainville.
En août 2023, alors que la pénurie d’enseignants frappait de plein fouet les écoles du Québec, celui-ci avait promis qu’il y aurait « au moins un adulte » dans chaque classe.
Invitée à revenir sur ce passage de son cours, Caroline Proulx notera que le commentaire de l’ancien capitaine du navire de l’éducation a « donné l’impression que n’importe qui peut enseigner parce que tout le monde est allé au primaire ».
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Des étudiantes du cours DID 1206
Craintes d’épuisement professionnel
La chargée de cours n’a pas voulu raconter d’histoires aux étudiants : enseigner est loin d’être reposant, en particulier en début de carrière.
« Quand tu vas sortir de l’université, tu vas passer quatre ans à essayer de te sortir la tête de l’eau », laisse-t-elle tomber en répondant à une étudiante qui la questionne sur l’utilité que pourrait avoir le manuel dont l’achat est suggéré.
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La chargée de cours Caroline Proulx enseigne le cours DID 1206 à l’Université de Montréal.
C’est épouvantable de dire ça dans un premier cours, mais 25 % des enseignants quittent [le métier] lors de la période d’insertion professionnelle. Pourquoi ? Parce que c’est tough. C’est la plus belle job, mais c’est tough.
L’épuisement professionnel inquiète Anne-Catherine Montigny. « J’ai peur de ça, le burn-out », confie pendant la pause celle qui se destine à l’éducation préscolaire.
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Anne-Catherine Montigny, étudiante au baccalauréat en éducation préscolaire et enseignement primaire de l’UdeM
La jeune femme de 19 ans, fraîchement diplômée du cégep, avait toutefois commencé par énumérer tout ce qui l’attirait dans la profession enseignante.
Car malgré la « mauvaise presse » que lui font certains, malgré les reportages médiatiques sur la violence à l’école ou la pénurie d’enseignants, au pavillon Marguerite-d’Youville, plusieurs sont certains de leur choix de carrière.
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Angelina Jarmak-Minoletti, étudiante au baccalauréat en éducation préscolaire et enseignement primaire de l’UdeM
C’est sûr que ça a un impact, mais dans tous les métiers, il y a des côtés positifs et des côtés négatifs. Je pense qu’il ne faut pas se concentrer uniquement sur le négatif.
À son côté, Sonia Lakroum, 20 ans, opine du bonnet.
Et si on veut voir un aspect positif à la pénurie, on pourrait plaider que les deux jeunes femmes ont choisi cette voie en partie parce qu’il y a de l’emploi.
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Sonia Lakroum, étudiante au bac en éducation préscolaire et enseignement primaire de l’UdeM
« C’est un des facteurs qui m’a poussée à cette profession, indique Sonia Lakroum. Je me suis dit : “J’aime le milieu, ils sont en manque, alors pourquoi pas ?” »
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