Mondial de l'Auto: les constructeurs de voitures jouent-ils le jeu de l'électrification?

Entre greenwashing et lobbying intense, l'industrie automobile européenne se mobilise pour retarder l'interdiction totale des moteurs thermiques en 2035 en Europe. La pression de la réglementation, et la hausse du prix de l'essence, permettent d'encourager la fabrication de modèles électriques et la transition automobile.
Il date du XIXe siècle, quand la voiture n'en était qu'à ses balbutiements. Le Mondial de l'Auto, le plus ancien salon de l'automobile, s'ouvre aujourd'hui à Paris, et toute la semaine les organisateurs et les constructeurs vont mettre l'accent sur l'innovation et la décarbonation, même si les industriels européens restent attachés au modèle du XXe siècle, le moteur thermique.
Une publicité du constructeur allemand Volkswagen, en 2009, mettait ainsi en scène de manière très caricaturale une communauté voulant réduire son empreinte carbone : « Nous avons renoncé aux énergies fossiles, refusé tout produit manufacturé, banni tout ce qui venait de l'extérieur à cause du transport et même cessé de faire du feu ». Le film montre des gens sales, qui utilisent des feuilles d'arbres comme papier toilette et finissent grelottant dans une cabane sans lumière. « Et là, nous avons atteint notre idéal : zéro CO2 rejeté. – Oui, mais quand vous me parlez, vous rejetez du CO2, pourtant, non ? On ne peut pas vivre sans rejeter de CO2. Tâchons déjà d'en rejeter un peu moins », conclut la publicité.
Le poids des SUV
« Un peu moins » de CO2, voilà qui résume les ambitions. Parce que le but de l'industrie automobile est d'abord de faire des profits. « Il faut bien comprendre qui sont les constructeurs. Ce sont des acteurs qui ont un objectif de rentabilité à trois ans. Et donc, a priori, ils n'ont pas d'intérêt à investir dans l'électrique, puisque ce sont des investissements qui grèvent leur rentabilité », estime Diane Strauss, la directrice du bureau français de l'ONG Transports et Environnement, en faveur de la décarbonation des transports
Pour être encore plus rentable, l'industrie automobile s'est mise à construire des voitures encore plus grosses, plus lourdes et plus chères – parce qu'il faut plus de matériaux pour les fabriquer et plus d'essence pour les faire rouler. Ce sont les fameux SUV, qui représentent aujourd'hui plus de la moitié des voitures neuves vendues en Europe. Ce qui n'est pas sans conséquence. « Les SUV thermiques, c'est la raison pour laquelle on n'a pas baissé nos émissions de CO2 sur le transport en Europe, puisque avec l'électrification on aurait dû voir une décroissance des émissions de CO2. Mais comme les véhicules thermiques sont devenus plus lourds, plus gros et plus consommateurs, finalement les émissions de CO2 ont stagné », explique Diane Strauss.
Lobbying
Le pied sur le frein, l'industrie automobile européenne fait tout pour retarder sa transition et l'interdiction des moteurs thermiques. Et parfois le lobbying fonctionne auprès de la Commission européenne et des pays membres de l'UE. « Les objectifs d'électrification des constructeurs fixaient à l'origine une date de fin de vente des véhicules thermiques en 2035, ce qui leur donnait une trajectoire pour électrifier. Cette trajectoire a déjà été assouplie et elle est encore en renégociation. Elle pourrait donc être encore assouplie », relève la directrice de Transports et Environnement.
Certes, les constructeurs se sont bien mis à l'électrique, mais sous la pression de la réglementation européenne. Les véhicules hybrides illustrent bien le double discours des fabricants de voitures. « Pour le moment, les hybrides rechargeables ont un très gros moteur thermique et un petit moteur électrique. Ce qui signifie que si vous appuyez sur la pédale d'accélérateur, par exemple en sortant d'un rond-point, le moteur thermique va se déclencher et émettre des émissions de CO2. Et donc quand on fait le bilan, on se rend compte que les hybrides rechargeables émettent presque cinq fois ce qui est annoncé au moment de la vente », souligne Diane Strauss.
Greenwashing
Il s'agit bien d'une forme de greenwashing, d'écoblanchiment comme on dit en français. Une autre publicité automobile, pour un SUV de Renault en 2022, se terminait d'ailleurs par une forme d'aveu : « Moins d'émissions de CO2, moins de consommation de carburant. Mais c'est quand même bien de ne pas s'en servir tout le temps. » Pour éviter les émissions de CO2, rien ne vaut la marche à pied, mais on n'a pas toujours le choix .
Pour la première fois en France, le mois dernier, il s'est vendu plus de voitures électriques que de voitures à essence. Ce n'est pas forcément grâce aux constructeurs mais à cause de l'explosion du prix des carburants provoquée par la guerre dans le détroit d'Ormuz.
À lire aussiL'Union européenne renonce au tout-électrique en 2035 et autorise une part limitée de voitures thermiques
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.