Remplacer des stagiaires par l’intelligence artificielle ? "Un mauvais calcul", estime Florence Loumaye de Student.be

Rapprocher les jeunes générations du monde de l’entreprise : voilà la mission que s’est donnée la plateforme Student.be, créée en septembre 2014.
"Concrètement, d’un côté, on va aider les jeunes à trouver un job étudiant, un stage ou à faire un choix d’étude, jusqu’à leurs premiers pas dans la vie active. Et d’un autre côté, on va aider les entreprises à être visibles auprès des jeunes en adaptant par exemple leurs codes de communication", contextualise Florence Loumaye, la cofondatrice et directrice de cette plateforme.
Environ 600.000 jeunes y sont aujourd’hui inscrits, et en moyenne 450 la rejoint chaque jour. "On a réussi à créer la plus grosse communauté d’étudiants en Belgique", se réjouit sa cofondatrice.
Une génération paresseuse ?
Les derniers chiffres concernant le marché de l’emploi chez les plus jeunes mettent en lumière un paradoxe : d’un côté, on recense un nombre record d’étudiants jobistes en Belgique – près de 650.000 en 2025 – par contre, une fois diplômés, on constate une tendance compliquée à décrocher un premier job.
"Avant tout, j’aimerais insister sur ce chiffre de 650.000 qui va à l’encontre du cliché selon lequel les jeunes ne voudraient plus travailler", réagit Florence Loumaye. "Ce n’est pas du tout une génération qui est plus paresseuse, c’est simplement une génération qui, comme il y a beaucoup plus de craintes qu’avant sur le dérèglement climatique, l’impact de l’intelligence artificielle, les pénuries sur le marché du travail, les angoisses financières, n’est plus une génération qui a envie de travailler 45 ans dans la même boîte sans se poser de questions. C’est une génération qui va un peu secouer tout ça. Cela ne veut pas dire qu’elle n’a plus envie de travailler, elle a juste un autre rapport au travail. Elle va par exemple prioriser des jobs où elle a un impact, où elle trouve du sens dans son travail, où elle retrouve une certaine flexibilité."
Pour la directrice de Student.be, les mobilisations de la jeunesse de ces dernières semaines sont une bonne chose. "C’est compliqué d’avoir 20 ans aujourd’hui. Quand je discute avec des entreprises, elles ne se rendent pas compte à quel point le jeune aujourd’hui est angoissé. Puis c’est aussi une génération qui, malgré qu’elle soit hyperconnectée, connaît de gros problèmes d’isolement. Quand je vois ces jeunes descendre dans la rue, je me dis 'C’est bien, ils se mobilisent, écoutons-les'."
Un marché de l’emploi à deux vitesses
Malgré ce nombre important d’étudiants jobistes. Une fois le diplôme en poche, c’est une autre affaire pour décrocher un CDD ou un CDI. "On est confronté à un marché de l’emploi à deux vitesses. D’un côté, il y a les études qui mènent à des métiers en pénurie, comme les métiers techniques ou les métiers du soin. Ces jeunes-là trouvent un job même avant d’avoir leur diplôme. D’un autre côté, il y a des études où c’est plus compliqué", analyse Florence Loumaye.
Selon la directrice de student.be, le stage en entreprise reste encore aujourd’hui un "excellent moyen pour trouver un job", même si elle reconnaît qu’un stage lui-même n’est pas toujours facile à trouver.
Elle rappelle également l’importance de choisir "des études qui nous plaisent tout en étant conscients des métiers en pénurie".
Tout miser sur l’intelligence artificielle ? "Un mauvais calcul"
Aujourd’hui, l’intelligence artificielle rebat aussi les cartes sur le marché de l’emploi. "On le constate vraiment : il y a moins de jobs disponibles dans les métiers qui ne sont pas en pénurie. J’entends des entreprises dire qu’ils n’ont plus besoin de juniors ou de stagiaires car leurs tâches peuvent maintenant être réalisées par l’intelligence artificielle, mais je pense que c’est un mauvais calcul car il y a de grosses conséquences", explique Florence Loumaye.
Premièrement, il y a le vieillissement des équipes. "J’ai entendu une entreprise qui avait une moyenne d’âge de 52 ans. S’ils ne recrutent pas de juniors sous prétexte qu’il y a l’IA, dans dix ans, qui va faire leur job ?"
Deuxièmement, il y a le coût de l’IA. "Aujourd’hui, on ne la paye pas du tout cher par rapport à ce que cela coûte réellement. Puis en tant qu’entreprise, on a quand même une responsabilité sociétale : il faut continuer à donner des chances aux jeunes, à les engager pour un premier stage ou un premier job."
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