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Monday, September 14, 2026

Délais d’immigration : forcée d’abandonner sa classe dans 10 jours

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Imane Benchouk a peine à le croire. Avec sa famille, la voilà à nouveau plongée dans une course contre la montre et dans la crainte de devoir déménager. Son permis de travail canadien expire dans quelques jours, le 23 septembre, et les délais pour obtenir un certificat de sélection du Québec (CSQ) menacent son emploi ainsi que sa vie au Québec.

Le stress est à ce point grand qu’elle n’a pas trouvé le courage d’en parler à ses enfants.

Ça approche très vite. [...] Ces derniers jours, je ne vais pas du tout bien. J’ai une boule dans le ventre tous les jours.

Il y a six mois, un reportage de Radio-Canada mettait en lumière le fait que de nombreux enseignants récemment installés au Québec pensaient à regret devoir quitter le Québec en raison des changements apportés aux règles d’immigration. 

Comme des centaines d’autres, Imane Benchouk tardait à recevoir une invitation à déposer une demande de CSQ en vertu du nouveau Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ). 

Le lendemain de la médiatisation de son cas, elle a reçu l’invitation tant espérée. Néanmoins, le soulagement a été de courte durée : voilà maintenant près de six mois qu’elle attend en vain son CSQ, qui lui permettra d’entamer les démarches pour obtenir sa résidence permanente.

C’est comme si on te donne sans cesse de faux espoirs, dit l’enseignante. Le PSTQ m’a invitée. Ça veut dire qu'on a déjà traité mon dossier, on veut de moi. Là, je ne comprends pas. ll n'y a aucune réponse.

Une famille, deux parents et deux enfants, assis sur un sofa

L’enseignante en mathématiques Imane Benchouk et sa famille envisagent de quitter le Québec en raison de l'abolition du PEQ.

Photo : Radio-Canada / Yorgos Giannelis

En mai dernier, le gouvernement du Québec a pourtant assuré que des cas comme celui d’Imane Benchouk, dont les permis de travail sont échus ou dont l’échéance sera prochaine, seraient priorisés.

Le Ministère a déployé de nombreux efforts au cours des derniers mois pour accélérer le traitement des demandes dans ce programme et des résultats sont observés, assure par écrit le ministère de l’Immigration (MIFI), sans accepter de commenter le dossier particulier d’Imane, et sans préciser quels sont les délais actuels de traitement des dossiers. 

Une situation sidérante pour son directeur d’école

Le directeur général de l’école secondaire de Longueuil où travaille Imane depuis trois ans, Benoît Pilon, est bien dépité de ce que vit son enseignante : C’est sidérant, ça n’a pas de sens. Depuis le jour 1, elle est super impliquée autant auprès de ses élèves qu'au sein de l’école. On la connaît pour son attention particulière aux élèves avec des difficultés d’apprentissage.

Je vais me retrouver avec 3 groupes de 30 élèves de secondaire 2 et 3 qui, trois semaines après leur rentrée, vont perdre leur prof. Oui, ça me met dans le trouble.

La situation est d’autant plus grave qu’il rappelle la difficulté de recruter des enseignants de qualité comme Imane, dans un contexte de pénurie de main-d'œuvre. Trouver une enseignante à la fin septembre, on va oublier ça, poursuit-il. Je vais me retrouver avec un vide et potentiellement des remplaçants ou un enseignant qui n’a pas les mêmes compétences qu’Imane. 

C’est une incertitude de plus qui s’ajoute à la pile de défis déjà très importants de pénurie de personnel dans nos écoles, renchérit de son côté la représentante des directions d’écoles de l’île de Montréal, Kathleen Legault. 

On investit dans l’insertion professionnelle, on mobilise nos équipes pour soutenir [ces personnes], et au moment où elles sont pleinement opérationnelles, elles doivent quitter nos milieux. C’est décourageant.

Kathleen Legault au micro d'ICI Première.

Kathleen Legault est présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire.

Photo : Radio-Canada / Maya Arseneau

L’idée de devoir quitter ses élèves ne plaît pas plus à la principale intéressée.

Ça pourrait être que dans deux, trois semaines, je ne vais plus les voir, dit Imane Benchouk. Je ne veux même pas y penser. C’est lourd. C’est sûr que c’est mon travail, mais c’est beaucoup plus; j’aime ce que je fais. 

Au moins 200 employés d’écoles avec un statut incertain

Si Imane Benchouk a connu des complications dans son dossier d’immigration, c’est d’abord et avant tout en raison de la disparition du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) à l’automne 2025, remplacé par le PSTQ

La première ministre sortante a bien réactivé le PEQ pour une durée de deux ans, devant le tollé de réactions négatives, mais force est de constater que des problèmes persistent, confirme le coprésident de l’Association québécoise des avocats et avocates en droit de l'immigration (AQAADI), Yves Martineau.

On a des consultations là-dessus constamment, dit-il.

Des dizaines de personnes en attente du CSQ et dont le permis de travail vient à échéance viennent le consulter. Je trouve ça déplorable, dit l’avocat. Même lorsque des voies d’immigration s’ouvrent, elles demeurent parsemées d’embûches. 

Imane Benchouk n’a pas dédoublé les démarches, sachant que cela exigerait de nouvelles dépenses (les frais d’examen d’une demande au PEQ sont d’au moins 940 $) et qu’aucun des deux programmes ne bénéficiait d’un traitement accéléré, comme l’affirme d'ailleurs le MIFI

Dans le milieu scolaire, Imane n’est pas la seule avec un statut d’immigration incertain. Selon des données envoyées par 3 centres de services scolaires du Grand Montréal, 215 de leurs employés ont un permis de travail ou d’études arrivant à échéance d’ici la fin de l’année. 

En parallèle, le MIFI nous informe qu’à la fin juillet, plus de 9000 demandes de CSQ étaient en attente d’une décision en vertu du PSTQ, et près de 7000 en vertu du PEQ.

Des solutions limitées, et un refus qui fait mal

Quelques options se dressent devant ceux qui, comme Imane, voient leurs permis expirer avant de pouvoir entamer leurs démarches au fédéral pour obtenir leur résidence permanente.

Yves Martineau explique qu’il est par exemple possible d’attendre 90 jours et de demander un rétablissement de statut. Toutefois, cela prend les reins solides, un appui financier quelconque, pour pouvoir subsister pendant ce temps-là, avertit-il.

Renouveler un permis de travail ouvert est une autre possibilité, mais elle demeure restreinte à des cas de figure très précis, explique Yves Martineau.

Dans le cas d’Imane Benchouk, il a été impossible d’y arriver. Cela s'est révélé d’autant plus frustrant qu’elle avait tenté de prolonger son statut en s'inscrivant dans un programme court pour devenir une enseignante qualifiée – elle a une maîtrise en mathématiques, mais pas de formation en enseignement –, mais sa candidature a été refusée parce que son permis de travail arrivait bientôt à échéance. Je devais commencer mes études à la fin août [tout en continuant d’enseigner], explique-t-elle. 

Enfin, le retour dans le pays d’origine demeure frustrant, reconnaît l’avocat, mais ne met pas en péril le processus d’immigration dans le cadre du PSTQ

Me Yves Martineau sourit dans un bureau.

Yves Martineau affirme voir plusieurs clients dont le statut migratoire à court ou moyen terme est incertain.

Photo : Gracieuseté : Yves Martineau

Imane Benchouk envisage la possibilité de demander la fiche visiteur, afin de pouvoir rester encore un peu plus longtemps au Québec après l’expiration de son permis de travail, en attendant l’arrivée de son CSQ

Mais ce n’est pas idéal, reconnaît Imane Benchouk, qui ajoute : On peut rester peut-être deux, trois semaines sans travail, mais pas plus que ça. Sinon, elle se résoudra, comme elle l’avait prévu au début de l’année, à déménager dans une autre province canadienne au moyen du programme Entrée express, une option qui a gagné en popularité après la fermeture du PEQ

Aujourd’hui, de retour à la case départ, elle regrette de ne pas avoir plié bagage plus tôt. Chaque jour, je me demande pourquoi je n’ai pas déjà quitté le Québec. J’aurais déjà fait ce nouveau départ. [...] Mais là, c’est : retour au point de départ. 

Les détenteurs de permis de travail fermés (liés à un seul employeur) qui ont présenté une demande de sélection permanente du Québec dans le cadre du PSTQ peuvent bénéficier d’un prolongement de leur permis de travail.  

Cette possibilité n’existe pas pour les détenteurs de permis ouverts, comme Imane Benchouk. 

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