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Monday, October 5, 2026

Préservons notre richesse collective!

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Lorsqu’en quelques heures, 130 mm de pluie s’abattent sur Rivière-Éternité ou que 105 mm de pluie tombent sur Rivière-Rouge, tout bascule. Les images sont spectaculaires et tournent en boucle sur nos écrans. Pourtant, ce n’est rien comparativement aux 770 mm qui sont tombés le 29 octobre 2024 sur Turís en Espagne, une localité qui reçoit habituellement 475 mm de pluie par année. Et que dire de la catastrophe qui a tout récemment causé des milliers de décès au Népal ? Ces épisodes sont un simple avant-goût de ce qui nous attend dans les prochaines décennies, puisque nous sommes à l’aube de dysfonctionnements majeurs de notre climat. Et la lueur que nous voyons au loin n’est pas celle du soleil levant, mais celle de la forêt boréale qui flambe.

Le climat n’est pas la seule chose qui est déréglée à l’heure actuelle. L’itinérance frappe jusqu’aux petites villes de région, conséquence notamment d’un marché immobilier parti en vrille et d’une crise des opioïdes dont les premiers signes se font à peine sentir au Québec. Les services publics craquent de partout, et des employés surmenés les maintiennent à bout de bras dans des immeubles souvent vétustes ou en surcapacité. Pendant ce temps, l’économie vacille au gré des humeurs du président américain, alors même qu’elle subissait déjà la pression de la pénurie de main-d’œuvre et de l’inflation galopante des dernières années.

Dans les circonstances, nous estimons que l’État québécois doit prendre ses responsabilités pour éviter que la situation ne se détériore davantage. Loger une personne et lui apporter un soutien psychosocial coûte moins cher que de lui offrir un ensemble de services une fois qu’elle est à la rue. Réduire nos émissions de gaz à effet de serre et adapter nos milieux de vie coûte moins cher que de reconstruire nos routes arrachées, nettoyer une multitude de sous-sols inondés ou déplacer des villages côtiers. En somme, agir en amont coûte moins cher que réparer les dégâts, et il est irresponsable de proposer un nouveau cycle de compressions dans les services publics.

Le monde municipal est souvent aux premières loges lorsque ces crises apparaissent. C’est lui qui doit composer, au quotidien, avec leurs conséquences. Et comme ces défis exigent une coordination locale des efforts, ce sont les municipalités qui sont les mieux positionnées pour collaborer avec la société civile et les citoyens pour y arriver. Pourtant, les administrations municipales se retrouvent bien trop souvent impuissantes quand vient le temps d’agir. C’est qu’elles ne disposent ni de l’autorité ni des ressources pour jouer le rôle que les citoyens souhaiteraient qu’elles jouent.

Il est temps que le gouvernement du Québec traite les municipalités comme les gouvernements de proximité que reconnaît la loi. Cela signifie élargir leurs compétences, respecter leur autonomie et leur transférer les ressources nécessaires pour agir. La proximité qui prévaut au municipal est une force : elle permet de mieux cerner les besoins de la population et de réagir rapidement lorsque la donne change.

Toutefois, l’autonomie municipale ne saurait être réduite à une affaire de compétences. Encore faut-il avoir les moyens de les exercer. Or, le régime fiscal municipal actuel est un frein majeur lorsque les municipalités et les villes cherchent à s’attaquer aux crises qui se présentent à elles.

Les administrations municipales sont en effet toutes en compétition les unes avec les autres quant à leur taux de taxe foncière. Celles-ci sont donc incitées à prendre constamment de l’expansion pour se financer, construisant inévitablement de nouvelles infrastructures qui deviendront un fardeau supplémentaire, étalant davantage le tissu urbain, accroissant les besoins en transport et détruisant du même coup des milieux naturels qui jouent un rôle essentiel dans la résilience des territoires face aux changements climatiques. Cet urbanisme fiscal est une fuite en avant qui fragilise les finances municipales tout en favorisant un type de développement qui rend nos collectivités encore plus vulnérables.

Les crises qui nous accablent en ce début de XXIe siècle créent un climat anxiogène, qui alimente le défaitisme et le cynisme. Cette métacrise permanente occulte trop souvent le fait que nous avons collectivement réussi à mettre sur pied, au cours des dernières décennies, un filet social qui fait du Québec une des sociétés parmi les plus heureuses, les plus en santé, les plus sécuritaires et les plus égalitaires en Amérique du Nord et dans le monde.

Nous sommes plus riches que nous ne l’avons jamais été, mais il semble que nous ayons perdu cette capacité à agir collectivement pour s’occuper de ce qui fait notre richesse. Face aux crises qui se multiplient, nous pouvons pourtant choisir une autre voie : investir dans nos services publics et donner l’autonomie et les moyens requis aux gouvernements de proximité pour affronter les nombreux défis qui s’accumulent.

Une nouvelle vague d’élus municipaux s’est levée pour préserver cette richesse collective qui nous donne envie de faire société, ensemble. Notre message doit être entendu.

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