Ils voient les mêmes humains miniatures par dizaines après avoir mangé des champignons : des chercheurs ont mené l'enquête

Farfadets, lutins, korrigans, elfes, Lilliputiens, gnomes... Le folklore européen regorge de personnages de petite taille, à l'image de Tom Pouce, ce personnage qui va vivre des aventures extraordinaires malgré ses quelques centimètres de hauteur. Et l'Europe n'est pas le seul continent dans lequel existent des contes où les héros sont minuscules ! On en retrouve aussi en Amérique, en Asie et même en Afrique.
Et si ces personnages n'étaient pas le fruit de l'imagination débordante des conteurs de l'époque, mais d'expériences d'hallucinations singulières provoquées par des troubles neuronaux ou par l'ingestion... de champignons ? C'est ce que suggère une étude menée par des chercheurs de l'Université de l’Utah aux États-Unis dont les résultats viennent d'être publiés dans la revue Mycologia.
On sait depuis près d'un siècle que la consommation de certains champignons sauvages de la famille des Boletaceae (bolets) peut générer des « visions » de petits humains. En 1934, des chercheurs occidentaux avaient recueilli des témoignages d'habitants de Papouasie-Nouvelle-Guinée relatant ce type d'hallucinations appelées « folie des champignons ».
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Durant les deux décennies suivantes, plusieurs scientifiques - dont Albert Hofmann, le découvreur de la psilocybine et du LSD - tentèrent d'identifier quelles espèces de champignon et quelles substances pouvaient expliquer ces observations... sans succès. À la fin des années 1960, les recherches sur ce phénomène prirent fin.
Lanmaoa asiatica, un champignon de la famille des bolets, pourrait bien être à l’origine d’hallucinations observées dans des populations vivant en Chine et aux Philippines. © Wojciech, Adobe Stock
Une seule et même espèce ?
Mais le mystère réapparut dans les années 1990 lorsque des scientifiques rapportèrent que des habitants du Yunnan, dans le sud-ouest de la Chine, avaient des hallucinations similaires après avoir consommé des bolets. S'il était difficile d'identifier précisément quelle espèce, les chercheurs soupçonnaient un champignon qui avait été décrit quelque temps auparavant : le Lanmaoa asiatica.
En 2024, nouveau rebondissement : on rapporta que des membres d'une communauté autochtone des Philippines décrivaient la vision de silhouettes humaines miniatures quand ils consommaient un champignon appelé « Sedesdem ».
C'est cette nouvelle information qui attira l'attention de Colin Domnauer et de ses collaborateurs mycologues de l'Université de Utah, les auteurs de cette nouvelle étude. Car le champignon Sedesdem a un équivalent connu localement en Papouasie-Nouvelle-Guinée sous le nom de « Nonda » et dans le Yunnan sous le nom de « Jian shou qing ». Ces champignons occupent une place importante dans les traditions culinaires locales, et on sait que, lorsqu'ils ne sont pas assez cuits, ils peuvent déclencher ces hallucinations surprenantes.
Recoupements en série
C'est ainsi que Colin Domnauer décida de se rendre dans le Yunnan et aux Philippines. Là-bas, il interrogea les villageois et collecta plusieurs spécimens de Lanmaoa asiatica et de champignons du genre Lanmaoa. De retour du terrain, il analysa avec son équipe leur ADN et prouva que les champignons Jian shou qing et Sedesdem appartenaient bien à l'espèce Lanmaoa asiatica.
Les conditions de sécheresse régnant en Papouasie-Nouvelle-Guinée n'ont pour le moment pas permis à Colin Domnauer de prélever le champignon « Nonda », mais les éléments recueillis en Chine et aux Philippines établissent un lien probant.
Résumons : trois régions éloignées, trois cultures différentes, une consommation traditionnelle de champignons appartenant probablement à la même espèce... Il n'en fallait pas plus pour que l'existence d'une explication chimique et neurologique commune puisse être évoquée face à ces hallucinations.
Des témoignages étrangement similaires
Car les consommateurs rapportent exactement les mêmes images : des dizaines, voire de centaines de personnages miniatures, mesurant pour la plupart entre 3 et 30 centimètres, apparaissant avec une netteté extraordinaire et semblant de véritables êtres humains.
Selon Colin Domnauer, 9 individus sur 10 ayant vécu ces visions décrivent des personnages ressemblant à des lutins ou d'autres créatures féeriques, souvent vêtus de vêtements aux couleurs vives. Ceux-ci semblent obéir aux lois physiques habituelles : ils contournent les obstacles, se déplacent sur des objets courants et leur arrive même de chuter du bord d'une table.
Mieux comprendre comme le cerveau traite les informations visuelles
Ce qui est intéressant, c'est que ce type d'hallucination est retrouvé dans d'autres situations : chez des personnes en sevrage alcoolique ou chez des patients souffrant de démence, de dégénérescence maculaire (une maladie chronique de l'œil) ou de maladie neurologique. En d'autres termes, elles pourraient découler de la manière dont le cerveau humain traite les informations visuelles.
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Si les scientifiques ne comprennent pas encore les mécanismes neurologiques qui les sous-tendent, ce mystérieux champignon pourrait s'avérer particulièrement précieux, puisqu'il induit ce phénomène de manière constante et identifiable. Une fois qu'ils auront isolé la substance chimique responsable, ils pourraient disposer d'un outil remarquable pour étudier les circuits et les processus cérébraux à l'origine de ces hallucinations visuelles d'une précision inhabituelle.
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