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Thursday, October 1, 2026

La foi, le courage et les valeurs de Gabriela Montero

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Depuis plus de dix ans désormais, la pianiste vénézuélienne Gabriela Montero est la voix de la conscience face aux dérives qui déchirent son pays. Une opposition ferme aux événements politiques, mais aussi à la manière dont certains artistes — le chef d’orchestre Gustavo Dudamel en tête — ont servi de vitrine aux régimes de Hugo Chávez et de Nicolás Maduro, faisant d’El Sistema et de son fleuron, l’Orchestre symphonique Simón Bolívar, un instrument d’État. Gabriela Montero sera en concert avec l’Orchestre Métropolitain, samedi 3 octobre, à la Maison symphonique.

« Je ne suis pas quelqu’un qui aime le conflit. J’essaie de rassembler, je suis une mère, très protectrice envers les autres. Se retrouver dans une position où l’on dénonce, où l’on dit la vérité sur ce qui est arrivé au Venezuela, pour ensuite être attaquée pour cela, a été une épreuve », confie Gabriela Montero, arrivée mardi à Montréal en provenance de Barcelone, où elle réside en partie.

« Quand on s’exprime et qu’on prend position, il faut être certain à 100 % de la véracité de ses propos. Tout ce que j’ai raconté au fil des ans repose sur des faits. J’observais Dudamel et les orchestres : les nombreux événements gouvernementaux auxquels ils participaient, leur degré de proximité avec le pouvoir. Ils faisaient la fête chez des dignitaires après les concerts ; je connaissais des gens qui y assistaient. Il y avait un lien personnel très fort, pas seulement une relation utilitaire. »

Point de rupture

Le point de rupture survient le 12 février 2014, lors de la Journée nationale de la jeunesse. Une manifestation étudiante et citoyenne bascule dans le sang à Caracas : trois personnes sont abattues par balle, dont Bassil Da Costa, un étudiant de 23 ans. Le drame marque le début d’une vague de contestation contre le gouvernement de Nicolás Maduro. « À quelques mètres seulement du premier assassinat commis par le régime, l’Orchestre et Gustavo donnaient un concert officiel pour la Journée nationale de la jeunesse. Après avoir longtemps gardé le silence, j’étais tellement indignée et blessée de voir l’art et les interprètes instrumentalisés pour étouffer et maquiller la réalité du pays que j’ai décidé de parler. »

Gabriela Montero n’avait alors pas mesuré à quel point ce geste allait bouleverser son existence : « J’ai publié cette lettre sur mes réseaux sociaux avant d’aller dormir. L’Associated Press l’a reprise et relayée dans le monde entier. Le lendemain, cela a eu l’effet d’une bombe. Gustavo et moi avions joué ensemble à de nombreuses reprises. Tout à coup a éclaté ce scandale opposant deux Vénézuéliens aux positions diamétralement opposées. Je n’aurais jamais imaginé que cela prendrait une telle place dans ma vie. Mais tout ce que j’ai dit, tout ce que j’ai fait, tous les risques et les sacrifices consentis viennent du fait que je tiens profondément à mon pays et à son peuple, et que j’en sais trop sur ce qui s’y passe réellement. »

Notre impression que Gabriela Montero était une voix isolée dans un désert n’était pas une illusion : « Beaucoup de gens me soutiennent, me comprennent et sont à mes côtés. Mais publiquement, j’ai l’impression d’être toujours la seule à monter au créneau. »

Un silence qu’elle attribue en partie aux réflexes du milieu : « Sauf à penser à Chostakovitch, qui utilisait ses partitions pour témoigner de la vie en Union soviétique, beaucoup d’artistes classiques — contrairement aux figures du pop, du punk, des arts visuels ou du jazz, souvent virulentes sur les enjeux politiques actuels — demeurent dans un univers assez hermétique. Il est très fréquent d’entendre : “Contente-toi de jouer du piano. Tais-toi et joue.” »

Le prix

Gabriela Montero concède que « le prix a été très élevé ». Les soutiens n’ont pas suffi à compenser les représailles : « Il y a aussi eu un groupe très influent qui, par aveuglement ou par intérêt à préserver le statu quo, m’a causé un tort immense : des annulations d’engagements, des portes closes. Et lorsqu’on dénonce, en tant que femme, et qu’on défie des personnalités puissantes du monde musical, la pente est encore plus rude. On fait alors face à des attaques personnelles, à des qualificatifs visant à vous rabaisser et à discréditer votre message. »

Pour la pianiste, l’enjeu dépasse aujourd’hui les podiums : « Il s’agit de ce qui frappe le pays tout entier et la société dans son ensemble, pas uniquement les instrumentistes, mais tous ceux qui subissent 27 ans de misère. Les musiciens ont formé un groupe très privilégié, bénéficiant de conditions exceptionnelles que ni les médecins, ni les ingénieurs, ni les enseignants n’ont connues au Venezuela. Le régime a injecté des centaines de millions de dollars dans ce système pendant des années, car c’était son outil de propagande le plus efficace. »

Quant au porte-drapeau Gustavo Dudamel, il est désormais à la tête du New York Philharmonic. « Très peu de gens perçoivent l’ironie de voir le gouvernement américain accorder 57 millions de dollars à un système déjà abondamment financé, à une organisation dirigée par Delcy Rodríguez, présidente illégitime du Venezuela, qui fait des affaires avec Trump et qui est tout aussi criminelle que Maduro et sa femme, actuellement emprisonnés à New York. Cette situation aberrante est parfois insupportable », analyse Gabriela Montero.

« On finit par avoir le sentiment que faire le bon choix coûte extrêmement cher, tandis que les corrompus et les opportunistes sont récompensés. Nous vivons dans un monde où la boussole morale semble faire défaut à beaucoup. Tout tourne autour du pouvoir et de la réussite individuelle. Pour ma part, j’ai toujours pensé que la musique et l’artiste incarnaient une vision et une posture humanistes et altruistes, fondées sur une éthique et des valeurs », conclut la pianiste avec une pointe de lassitude.

Baume au cœur, Gabriela Montero était l’invitée d’honneur de la Vénézuélienne María Corina Machado pour clore la cérémonie de remise de son prix Nobel de la paix 2025, à Oslo, au son de l’hymne du pays.

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