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Monday, October 12, 2026

Nikol Pachinian, Premier ministre arménien: «Nos relations avec la Russie ne peuvent plus être les mêmes qu’auparavant»

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Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian est le Grand invité international de ce lundi 12 octobre. Une interview exclusive réalisée par la rédaction de RFI en arménien à Erevan. Il évoque le rapprochement avec l’Union européenne, la paix avec l’Azerbaïdjan et les relations avec la Russie.

RFI : Bonjour Monsieur le Premier ministre. Merci de nous accorder cet entretien. Depuis 2018, il s’est passé énormément de choses en Arménie : une révolution, des guerres, le nettoyage ethnique du Haut-Karabagh, des changements d’alliances et de nouvelles relations géopolitiques. Nous n’aurons malheureusement pas le temps de tout aborder en détail, mais j’ai choisi de revenir sur plusieurs points essentiels avec vous. Commençons tout de suite avec l’un des enjeux majeurs pour le pays : son virage européen. Ces derniers mois, Erevan se rapproche de Bruxelles de façon tout à fait inédite. Alors, ma question : votre objectif ultime est-il de faire adhérer l’Arménie à l’Union européenne et, si oui, dans quel délai ?

Nikol Pachinian : Tout d’abord, je dirais que les relations entre l’Arménie et l’Union européenne ont une longue histoire. Dès 2017, un accord de partenariat global entre l’Arménie et l’Union européenne a été signé. Un accord qui, au fond, porte sur le rapprochement et l’harmonisation de nos systèmes et de nos normes. Et depuis 2020, nous avons poursuivi le rapprochement de nos relations avec l’Union européenne. Ainsi, en 2025, une loi a été adoptée en Arménie sur le lancement du processus d’adhésion à l’Union européenne. Cette loi a été adoptée à la suite d’une initiative citoyenne. Et oui, l’une des options consiste à ce que la République d’Arménie devienne membre de l’Union européenne. Pourquoi dis-je que ce n’est qu’une option ? Eh bien, parce que l’Union européenne doit encore prendre une décision concernant sa politique d’élargissement. Car la seule volonté d’un pays souhaitant adhérer ou envisageant cette possibilité ne suffit pas. Par conséquent, la réponse dépend aussi de cela.

Notre volonté de créer des alternatives vise à permettre au peuple arménien de décider si l’Arménie doit rester membre de l’Union économique eurasiatique, devenir membre de l’Union européenne ou ne pas adhérer ni à l’Union européenne ni à l’Union économique eurasiatique. Dans tous les cas, nous poursuivrons les réformes de la République d’Arménie afin de l’aligner sur les normes de l’Union européenne. Et si, à un moment donné, l’Arménie devient réellement et objectivement pleinement apte à devenir membre de l’Union européenne, alors, bien entendu, la question dépendra encore, à ce moment-là, de deux acteurs principaux : l’Union européenne voudra-t-elle nous accueillir et le peuple arménien votera-t-il en faveur de cette orientation ?

Quoi qu’il en soit, même si, une fois objectivement prête, l’Arménie ne devient pas membre de l’Union européenne, notre pays en sortira tout de même gagnant, car nous aurons alors un État pleinement conforme aux normes de l’Union européenne.

Alors que vous vous approchez de l’Europe, vos relations avec la Russie se détériorent. Pendant de nombreuses années, l’Arménie a été extrêmement dépendante de Moscou. Vous avez déclaré à plusieurs reprises que vous cherchiez à mener une politique étrangère équilibrée, que les relations avec la Russie entraient dans une phase de transformation profonde. La Russie reste le partenaire économique principal de l’Arménie, mais Moscou exerce une pression économique. Alors, est-il possible de sortir l’Arménie de la dépendance qu’elle entretient avec la Russie ?

Vous savez, nous ne posons pas du tout la question en ces termes. J’ai employé un jour une expression qui, au départ, a suscité certains malentendus en Arménie. J’ai dit que l’indépendance consiste à remplacer la dépendance envers quelques-uns par une dépendance envers un grand nombre, et nous ne faisons qu’appliquer cette politique. Voyez-vous, vous présentez les choses en parlant de la Russie, de s’affranchir de la Russie, etc. Mais ce n’est pas notre objectif. Nous ne voulons pas être dépendants de quelqu’un. Autrement dit, nous ne voulons pas cesser de dépendre de A pour dépendre de B. Ce n’est pas notre politique. Notre politique consiste à vouloir renforcer notre indépendance, la consolider et la développer. C’est pourquoi nous avons adopté une politique étrangère équilibrée. Nous voulons que notre peuple ait des alternatives. Nous voulons que notre population ait le choix. Nous voulons aussi que nos producteurs de tomates aient des alternatives. Nous voulons que nos producteurs de boissons aient eux aussi des alternatives. Nous voulons que tous nos acteurs économiques disposent d’alternatives, tant pour les exportations que pour les importations. C’est aussi pour nous une question économique très importante.

Je vais vous donner un exemple : ainsi, autrefois en Arménie, le marché des importations d’essence et de produits pétroliers était très concentré et, chaque fois que l’environnement extérieur changeait, nous rencontrions de graves difficultés. Ces dernières années, les produits pétroliers sont importés en Arménie, non plus par quelques entreprises, mais par des dizaines d’entreprises. Et cette situation nous a permis de mieux faire face aux crises touchant les produits pétroliers sur le marché mondial, sans les subir plus durement que les autres pays. Et je vais même vous dire davantage. Par exemple, en Russie, les opérations menées par l’Ukraine contre les infrastructures pétrolières ont provoqué des difficultés et, grâce à cette politique, grâce à notre politique intérieure, la République d’Arménie n’a pas ressenti ces problèmes. Nous voulons éviter ces difficultés ou être en mesure de les gérer.

Je comprends. Dans le même temps, la Russie exige que l’Arménie choisisse avant décembre entre l’Union européenne et l’Union économique eurasiatique. Alors, se rapprocher de l’Union européenne, des États-Unis, tout en maintenant de bonnes relations avec la Russie, cela semble être une équation impossible à résoudre.

Voyez-vous, la mission des gouvernements et des responsables politiques consiste à résoudre des équations insolubles, car, s’il n’y avait pas d’équations insolubles, nous n’aurions besoin ni de gouvernements, ni de responsables politiques, ni même de discussions. Autrement dit, tout serait simple, tout pourrait être résolu et, par conséquent, il n’y aurait pas besoin de gouvernement. Je le répète, notre position sur cette question est la suivante : nous estimons que, pour organiser un référendum en Arménie sur ce sujet, il faudrait à tout le moins que l’Arménie dépose officiellement une demande auprès de l’Union européenne en vue de son adhésion. Nous n’avons pas encore déposé une telle demande. Par conséquent, organiser cette année le référendum dont vous parlez n’est pas réaliste.

Mais comptez-vous déposer cette demande ?

Oui, entre autres. Mais voyez-vous, déposer une demande n’est pas une fin en soi. Imaginez maintenant que vous me posiez la question suivante : la République d’Arménie est-elle aujourd’hui prête à devenir membre de l’Union européenne ? Je vous répondrai franchement que non, car nous devons encore mener de nombreuses réformes pour satisfaire ces critères. Autrement dit, le dépôt de la demande en lui-même suppose déjà que le processus ait atteint un certain degré de maturité. Déposer une demande pour le seul plaisir de le faire, ce n’est pas très logique. D’autant que nous travaillons très activement avec l’Union européenne pour que, dans notre pays, notamment, les réformes prévues dans le cadre de l’accord de partenariat global et renforcé soient mises en œuvre de la manière la plus efficace possible. J’ajoute que la rupture ou la dégradation de nos relations avec la Russie n’a jamais fait partie, ne fait pas partie et ne fera pas partie de nos objectifs. Au contraire, nous souhaitons développer nos relations avec la Russie. Il faut simplement constater une chose : quelles que soient les circonstances et les dirigeants politiques, nos relations avec la Russie ne peuvent plus être les mêmes qu’auparavant.

Vous dites que vous voulez garder de bonnes relations avec la Russie, mais, dans le même temps, des responsables politiques russes ont menacé de faire de l’Arménie une deuxième Ukraine. Ça ne vous gêne pas ?

Je ne le pense pas.

Vous pensez que ça n’arrivera pas ?

Oui, je le pense et j’en suis convaincu.

Autre sujet extrêmement important et incontournable : la paix en suspens avec l’Azerbaïdjan. Vous semblez plutôt optimiste.

Excusez-moi, qu’entendez-vous par une paix qui ne serait pas établie ?

Je veux dire que, dans les faits, le traité de paix n’a pas encore été signé.

Dans les faits, le traité de paix n’a pas encore été signé, mais dans les faits, le traité de paix a été paraphé et, le 8 août 2025, une déclaration de paix a été adoptée à Washington. Et, dans les faits, cela fait déjà deux ans, plus de deux ans, que les tirs à la frontière arméno-azerbaïdjanaise n’ont fait ni morts ni blessés. J’ajouterais qu’en 2024, entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, le premier document bilatéral juridiquement contraignant a été signé puis ratifié aussi bien en Arménie qu’en Azerbaïdjan. Ce document prévoit que, dans le processus de délimitation de la frontière entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, la déclaration d’Alma-Ata constituera le principe fondamental de la délimitation des frontières des deux pays.

Et je tiens à souligner, en réponse à votre question, qu’entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, dans les faits, la paix est, dans une certaine mesure, également établie - de jure - la paix est établie.

Mais il y a toujours des prisonniers de guerre arméniens à Bakou. Le sort de nombreuses personnes disparues reste incertain. Il y a quelques jours seulement, un militaire azerbaïdjanais dans le Syunik a franchi la frontière arménienne et blessé un citoyen arménien. Dans ces conditions, votre optimisme peut paraître quelque peu surprenant. Pourquoi êtes-vous si positif sur ce processus de paix ?

D’abord, je suis optimiste parce que, je l’ai déjà dit, la paix est établie. Autrement dit, aujourd’hui, personne ne peut affirmer qu’il existe un conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Depuis 1991, chaque année, les échanges de tirs entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan ont fait des morts et des blessés. Autrement dit, imaginez, de 1991 à 2025, nous avons eu chaque année des morts et des blessés. À présent, depuis deux ans, nous n’avons plus de morts ni de blessés. N’est-ce pas une raison d’être optimiste ?

Deuxièmement, entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, une délimitation concrète de la frontière a déjà eu lieu et nos villages situés près de la frontière vivent dans des conditions de paix. Quant à l’incident impliquant le soldat azerbaïdjanais, je voudrais d’abord dire que nous pouvons, pour un instant, laisser de côté la question du coup de feu. Pendant cette période, et plus généralement au cours des trente dernières années, il y a eu des dizaines de cas de ce genre où des soldats des deux camps se sont tout simplement égarés dans le brouillard ou pour d’autres raisons, et sont passés d’Arménie en Azerbaïdjan ou d’Azerbaïdjan en Arménie. Il y a eu des dizaines de cas semblables. Cet incident n’a aucun rapport avec la paix et ne peut aucunement remettre la paix en question.

Merci pour votre temps et pour cet entretien, monsieur le Premier ministre.

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