Noté 4,4 sur 5, l'un des plus grands films de guerre de tous les temps a été interdit en France pendant 18 ans

Ce film de Stanley Kubrick est un monument du cinéma de guerre. Et pourtant les spectateurs français ont dû attendre dix-huit ans pour le découvrir en salles. En cause : un récit d’injustice militaire qui avait fait grincer des dents.

Le 26 mars 1975, le public français pouvait enfin découvrir Les Sentiers de la gloire au cinéma. Le film de Stanley Kubrick date pourtant de 1957. Entre ces deux dates, dix-huit années se sont écoulées, durant lesquelles cette œuvre majeure sur la Première Guerre mondiale est restée privée de sortie française.
Comment expliquer une telle attente ? La réponse se trouve dans le regard que le cinéaste porte sur l’institution militaire, et dans un contexte politique peu favorable à sa remise en cause.
Dix-huit ans d’attente, sans interdiction officielle
À la fin des années 1950, la France est engagée dans la guerre d’Algérie. La dénonciation des abus de la hiérarchie militaire proposée par Kubrick suscite des réactions hostiles. En Belgique, où le film est projeté, des militaires et des associations d’anciens combattants protestent contre la représentation de l’armée française.
Comme on vous le rappelait dans un article consacré à cette polémique, United Artists renonce alors à soumettre le long-métrage à la commission française chargée de son autorisation. Aucune demande de visa d’exploitation n’est déposée : le film fait donc l’objet d’une autocensure du distributeur, dans un climat de pressions.
En Suisse, une interdiction est effectivement prononcée. En France, il faudra attendre 1975 pour que cette longue mise à l’écart prenne fin.
United Artists
Une fiction nourrie par le sort des fusillés “pour l’exemple”
Derrière le récit des Sentiers de la gloire se trouve un roman de Humphrey Cobb, publié en 1935. Ancien combattant, l’écrivain s’appuie notamment sur l’affaire des caporaux de Souain : quatre hommes exécutés en mars 1915 après le refus de soldats de sortir des tranchées pour un assaut.
Le dossier pédagogique du CNC rappelle toutefois que le roman emprunte à plusieurs affaires. Stanley Kubrick en tire une fiction, dont l’action se déroule en 1916, plutôt qu’une reconstitution exacte d’un unique événement historique.
À l’écran, trois soldats sont désignés pour répondre de l’échec d’une offensive impossible. Kirk Douglas incarne le colonel Dax, qui prend leur défense devant un conseil de guerre. Le combat se déplace ainsi des tranchées vers le tribunal : après avoir affronté les tirs ennemis, les hommes doivent faire face à leurs propres supérieurs.
United Artists
Un sommet du cinéma de Kubrick
Cette première collaboration entre Douglas et Kubrick précède leurs retrouvailles sur Spartacus. Elle révèle déjà la force d’un cinéaste qui explorera aussi bien la science-fiction avec 2001 : l’odyssée de l’espace, l’horreur avec Shining que la satire avec Docteur Folamour.
Trente ans avant Full Metal Jacket, Les Sentiers de la gloire expose les mécanismes d’une autorité qui préfère sacrifier des hommes plutôt que reconnaître ses fautes. Son propos antimilitariste dépasse largement le seul cas de l’armée française.
Noté 4,4 sur 5 par les spectateurs d’AlloCiné, le film conserve toute sa puissance. Pour le découvrir aujourd’hui, il est proposé via la chaîne MGM sur Prime Video, avec un abonnement supplémentaire, ainsi qu’en location ou à l’achat sur plusieurs services de VOD.
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.