Toussaint: préserver la mémoire des défunts avec l'opération «Sauvons nos tombes» [1/2]

À l'approche du weekend de la Toussaint, durant lequel les Français rendent traditionnellement hommage à leurs défunts, nous nous intéressons à l'opération Sauvons nos tombes, organisée par le site en ligne Geneanet. Le principe : inviter les citoyens à photographier les tombes anciennes dans les cimetières partout en France pour les partager sur le site de généalogie et préserver la mémoire des défunts. Le but est de garder une trace dans une base de données pour que, si la tombe est délaissée, on puisse la retrouver. C'est tout l'enjeu de cette initiative. Chaque année, 200 000 tombes disparaissent faute d'entretien, par dégradation naturelle ou tout simplement parce que les concessions ne sont pas renouvelées. Laurence Théault a arpenté le cimetière Montparnasse, à Paris, en compagnie du responsable du projet Geneanet.
À Paris, dans le cimetière Montparnasse, vieux de deux siècles, des centaines de tombes sont à l'abandon. Jérôme Galichon, de Geneanet, s'arrête sur l'une d'elle, livrée aux intempéries. La pierre s'écaille et la mousse d'un vert profond s'est incrustée dans les lettres gravées :
« Là, on a de la chance. La mousse a dessiné les lettres. On arrive à lire les noms encore. Et je pense que si on fait des photos et qu'on essaie de déchiffrer, on voit des dates, on les devine en tout cas. On voit 1900... quelque chose, 1966. Je pense qu'en faisant des photos, on arrivera au moins à retrouver les noms de la tombe. Donc là, c'est vraiment une tombe qu'on aimerait ''sauver pour l'information'', parce qu'elle n'est pas entretenue et les informations vont disparaître. »
Les tombes sont silencieuses mais elles ne sont pas muettes. Ce sont des sources d'informations inestimables pour les passionnés de généalogie. Geneanet invite donc ses millions d'utilisateurs à aller photographier les tombes délaissées afin que le site puisse les répertorier. Jérôme Galichon explique :
« Une tombe, c'est un nom sur une pierre, mais c'est aussi, des fois, une décoration. C'est aussi une photo, un blason. Comment est-ce que le nom a été indiqué sur la tombe de mes ancêtres ? Il avait plusieurs prénoms, mais le prénom qui est sur la tombe, c'est le prénom qu'il portait tous les jours. Sur la tombe de mon arrière-grand-père, c'est son prénom usuel qui est indiqué et pas son prénom d'état civil. »
Nous continuons notre déambulation dans le cimetière Montparnasse. Devant nous cette fois, une tombe avec une grande croix de Jésus sculptée dans la pierre. Ici repose une femme née à la fin du XIXe siècle. Jérôme Galichon reprend :
« Sans doute qu'elle était chrétienne. Ça ne va pas forcément nous apporter grand-chose, en généalogie, parce que depuis la Révolution, en l'occurrence, l'acte d'état civil est civil et n'est pas lié à la religion. Par contre, ça nous donne la date de naissance et la date de décès. On aura accès à une base de données des décès qui est librement accessible. Et une fois qu'on a la date et le lieu de naissance exacts, soit on peut rechercher sur internet son acte de naissance qui donnera les noms des parents, soit on peut aussi écrire à la mairie si ce n'est pas numérisé, si ce n'est pas accessible pour obtenir l'acte de naissance. Ça va permettre assez facilement de remonter deux, trois, quatre générations. »
« Sauvons la mémoire des gens qui sont dans les tombes »
Les concessions perpétuelles n'existent plus aujourd'hui, faute de places dans les cimetières. « Sur une concession de 30 ans, si la tombe n'est pas entretenue, elle va être retirée. Donc l'information sera perdue. Il y a des petits panneaux dans les cimetières où il est écrit : "Attention, cette concession arrive à échéance. La tombe va être retirée." Finalement, c'est celles-ci les plus importantes, pas forcément les plus grosses tombes ou les tombes de célébrités, qui sont déjà photographiées 50 fois. »
Le sens de l'expression « Sauvons nos tombes », le nom de l'opération lancée par Geneanet ? « Sauvons la mémoire des gens qui sont dans les tombes », répond Jérôme Galichon. Il y attache beaucoup d'importance : « J'ai eu un jour un échange avec une famille qui avait trouvé la tombe que j'avais photographiée à l'autre bout de la France, à Nice, et cette famille était en région parisienne. Et cette tombe-là, c'était la tombe d'un grand oncle de la personne qui me contactait, qui était soldat et qui avait été inhumé à l'autre bout de la France parce qu'il était dans un hôpital militaire. Cette personne n'avait pas la trace de cette tombe. Et finalement, en sauvant cette tombe, on n'a pas sauvé la tombe, forcément, mais on a sauvé la mémoire de ce soldat. »
Avec huit millions de tombes photographiées à ce jour en France et en Europe, le site Geneanet constitue un immense cimetière virtuel.
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