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Friday, October 2, 2026

Un cœur greffé semble s’adapter à l’âge biologique du receveur, selon une étude

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(Montréal) Le cœur d’un donneur plus âgé semble rajeunir si on le greffe à un receveur plus jeune, tandis que le cœur d’un donneur plus jeune donne des signes de vieillissement s’il est greffé à un receveur plus âgé, indique une étude réalisée par des chercheurs de l’Université Harvard.

Publié à

Jean-Benoit Legault La Presse Canadienne

Dans un contexte de pénurie chronique d’organes, cela pourrait un jour élargir le bassin de donneurs potentiels en permettant aux médecins de proposer des cœurs un peu plus vieux à des patients un peu plus jeunes.

« La principale motivation derrière une telle étude vient du manque de cœurs pour les patients qui sont en attente sur la liste, a ainsi expliqué la docteure Jacinthe Boulet, une cardiologue spécialisée en insuffisance cardiaque avancée et transplantation cardiaque à l’Institut de cardiologie de Montréal.

« Donc, on fait un peu une course en ce moment pour essayer de trouver toutes les manières possibles pour augmenter ce qu’on appelle le pool de donneurs, donc les cœurs disponibles. »

Les chercheurs de Harvard ont procédé à des expériences avec des souris jeunes, d’âge moyen ou plus âgées, en transplantant les cœurs des unes vers les autres. Dans tous les cas, la receveuse gardait son cœur original et vivait donc avec deux cœurs.

L’équipe de Harvard a ensuite mesuré la méthylation de l’ADN, un type de marque chimique qui évolue avec l’âge. Elle a aussi utilisé trois horloges épigénétiques – des mesures de ces changements chimiques – pour estimer l’âge biologique des greffons.

Les cœurs jeunes qui avaient été transplantés chez des souris plus âgées semblaient biologiquement plus vieux que prévu. L’inverse s’est aussi avéré, puisque les cœurs âgés implantés chez des souris plus jeunes semblaient avoir rajeuni. D’autres tests sur le vieillissement biologique ont montré la même tendance.

Il importe toutefois de réaliser, a dit la docteure Boulet, qu’on ne peut pas en conclure qu’un cœur vieux de cinquante ans pourra presque miraculeusement continuer à battre pendant encore cinquante ans simplement parce qu’il a été greffé à un individu de trente ans.

« Ce qui est devenu plus jeune, c’est vraiment la signature moléculaire [du cœur], a-t-elle expliqué. Ce n’est pas le cœur lui-même qui est devenu plus jeune. Il n’y a rien dans tout ça qui prouve que l’organe est régénéré physiquement, qu’il fonctionne mieux ou qu’il dure plus longtemps. »

Le mécanisme responsable du rajeunissement ou du vieillissement des cœurs n’est pas bien compris, mais il est probable que plusieurs facteurs soient en cause.

Mais au niveau le plus fondamental, expliquent les auteurs de l’étude, « ces données viennent globalement étayer l’idée selon laquelle l’accumulation de dommages moléculaires constitue l’essence même du vieillissement ».

« L’échange des dommages accumulés entre le receveur et le greffon à la suite d’une greffe expliquerait à la fois pourquoi les cœurs âgés rajeunissent rapidement lorsqu’ils sont placés dans un environnement jeune, ce qui permet de diluer efficacement les dommages, et pourquoi les cœurs jeunes placés dans un environnement âgé, et donc exposés à des niveaux plus élevés de dommages, vieillissent rapidement », disent-ils.

Aussi chez l’humain

Certains signes permettent de penser que le phénomène observé chez les souris puisse se produire chez l’humain.

Par exemple, l’équipe a analysé des biopsies cardiaques archivées provenant de 11 receveurs de greffe cardiaque présentant un écart d’âge important entre le donneur et le receveur. Là aussi, l’âge biologique des cœurs greffés se rapprochait davantage de l’âge du receveur que de celui du donneur.

L’analyse d’une base de données regroupant des centaines de receveurs de greffes d’organes humains a ensuite révélé que certaines mesures de la santé cardiaque, comme le VO2 max et la capacité d’exercice, étaient moins bonnes chez des receveurs plus âgés, ce qui pourrait démontrer que le greffon vieillit en même temps que le reste du corps.

« Chez les patients humains, nous avons mis en évidence une forte corrélation entre l’âge biologique des cœurs transplantés et l’âge des receveurs », écrivent les chercheurs.

Étant donné que le contexte d’une greffe cardiaque humaine est infiniment plus complexe que celui d’une expérience réalisée en laboratoire, poursuivent-ils, il est remarquable qu’une « assimilation de l’âge biologique se produise dans les cœurs humains transplantés ».

« Cette découverte soulève immédiatement la possibilité que la répartition du nombre limité de cœurs transplantables puisse être optimisée en attribuant les organes les plus âgés aux receveurs les plus jeunes », disent les chercheurs.

Des recherches supplémentaires seront maintenant nécessaires, soulignent-ils, « pour vérifier si la réduction de l’âge biologique des organes transplantés conduit à des résultats cliniques comparables (ou meilleurs) chez les receveurs humains de greffes hétérochroniques, et si ces effets compensent les conséquences négatives généralement associées aux organes plus âgés ».

« Ça vaut la peine d’aller évaluer ces trouvailles-là pour voir, justement, si ces cœurs-là vont mieux fonctionner, vont durer plus longtemps », a estimé la docteure Boulet.

Cela nécessitera toutefois des études longitudinales qui s’étireront loin dans le futur et un changement de la pratique clinique n’est pas pour demain, a-t-elle conclu.

L’étude a été mise en ligne sur le serveur bioRxiv. Elle n’a pas encore été publiée dans un journal révisé par les pairs.

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