Le Bloc québécois prêt à épauler Mark Carney dans son virage européen

(Ottawa) L’idée d’un resserrement des liens entre le Canada et l’Union européenne « est naturelle et souhaitable », estime le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, qui salue la décision du premier ministre Mark Carney de soumettre toute entente à l’approbation du Parlement.
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À cet égard, le Bloc québécois a l’intention de contribuer « à la conversation » d’autant que le Québec « est traditionnellement le point de rencontre entre l’Amérique du Nord et l’Europe » en raison de sa langue, de sa culture et de son histoire, a affirmé le chef bloquiste dans une entrevue accordée à La Presse.
« J’ai l’intention de nous inscrire dans cette conversation-là pour que les intérêts du Québec soient portés et représentés, comme on le fait face aux États-Unis. Mais quand on parle de l’Europe, on est dans une zone de confort », a dit M. Blanchet.
Je dis à M. Carney : rapprochez-vous de l’Europe. Si vous faites ça, le Bloc risque d’être un très, très bon collaborateur. Et si le gouvernement fédéral a l’appui du Bloc, il peut faire pas mal ce qu’il veut.
Il a souligné qu’il rencontre les diplomates des pays européens en poste dans la capitale fédérale à intervalle régulier et qu’il effectue des missions en Europe chaque année. « Donc, on a un réseau de contacts qu’on va interpeller pour essayer d’encourager les Européens eux-mêmes à dire oui » et leur rappeler les attentes du Québec.
À l’instar de plusieurs experts, le chef bloquiste a relevé que peu de détails précis ont filtré jusqu’ici sur les véritables contours que pourrait prendre ce rapprochement entre le Canada et le Vieux Continent. La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a offert d’accorder au Canada le statut de membre associé de l’Union européenne. Mais le premier ministre Mark Carney a davantage mis l’accent sur la conclusion d’une « alliance unique ».
« On construit l’avion en plein vol », a commenté M. Blanchet à ce sujet, reprenant une expression courante lorsque les gouvernements ont cherché à contrer les effets de la pandémie de COVID-19.
Il a dit s’attendre à un débat parlementaire soutenu et a souligné « les pièges » qu’il faudra éviter, notamment, de nouvelles concessions à l’Union européenne en matière de gestion de l’offre.
M. Blanchet a fait valoir que cette démarche du gouvernement Carney pourrait le contraindre à mettre de nouveau de l’avant des mesures touchant les géants du web, comme le font les pays de l’Europe. À titre d’exemple, le gouvernement Carney a annulé la taxe sur les services numériques et d’autres mesures touchant les géants du web dans l’espoir d’amadouer l’administration de Donald Trump durant les négociations commerciales. Mais Ottawa n’a rien obtenu en échange de ces concessions.
« C’est une évidence, c’est une évidence. Le premier ministre a renoncé à la taxe sur les services numériques et à l’obligation de contribution au contenu canadien et québécois et culturel qui était imposé par le CRTC et ça ne lui a rien donné. Conséquemment, il devrait les rétablir. Nous, notre demande elle est dans ce sens-là », a-t-il martelé.
« L’Europe est beaucoup plus sévère que le Canada en de telles matières. C’est ce qui peut s’avérer une zone de confort incertain pour le premier ministre. Il va aller négocier avec des gens qui, en matière de culture et d’environnement et de normes alimentaires, sont beaucoup plus sévères que le Canada. Et pendant que le Canada tend vers la déréglementation à tout vent, l’Europe maintient une approche assez sévère dans le meilleur intérêt de sa population d’ailleurs », a-t-il analysé.
Le Parti conservateur et le NPD ont aussi exigé que toute nouvelle entente entre le Canada et l’Union européenne fasse l’objet d’un débat et d’un vote au Parlement.
Tout indique que ce rapprochement canado-européen et la guerre commerciale entre le Canada et les États-Unis qui s’intensifie seront les grands dossiers abordés lors de la reprise des travaux parlementaires de lundi à Ottawa.
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