Coup de tonnerre en Israël : vers la fin de Benjamin Netanyahu ?

On le dit ennuyeux, dépourvu de charisme mais c’est cette sobriété qui a conduit sur la route du pouvoir l’ancien chef d’état-major Gadi Eisenkot, choisi pour former le prochain gouvernement israélien.
Cette mission, qui sera officiellement confiée par le président Isaac Herzog dimanche, s’annonce difficile : l’ancien général âgé de 66 ans aura en effet la lourde tâche de rallier un minimum de 61 députés dans un paysage politique fracturé, à l’image du pays.
Généralement habillé tout en noir, peu à l’aise en anglais contrairement à l’actuel Premier ministre Benjamin Netanyahu habitué des plateaux de télévision américains, cet ex-haut gradé s’est refusé aux interviews avec les médias étrangers.
Et dans la presse israélienne, il privilégie des réponses brèves, héritage d’une culture militaire qui a façonné toute sa carrière.
Redorer l’image d’Israël
Conscient de la lassitude de nombreux de ses concitoyens après des années de polarisation, il a envoyé des messages d’unité tout au long de sa campagne sous la bannière de son parti centriste Yashar, s’engageant à « rassembler à nouveau tous les Israéliens ».
Celui qui était chef d’état-major de 2015 à 2019 bénéficie d’une forte sympathie dans l’opinion depuis la mort de son fils Gal et de deux neveux, tués lors d’opérations dans la bande de Gaza.
Gadi Eisenkot a également promis de redorer l’image d’Israël sur la scène internationale, ternie par les guerres menées à Gaza, au Liban et contre l’Iran, ainsi que par la multiplication des violences de colons en Cisjordanie occupée.
Un discours qui a séduit les électeurs lors des législatives de fin octobre sans que ce soit un raz-de-marée.
Mais lui se projette déjà dans la fonction de Premier ministre : il s’est engagé mercredi à « renouveler et renforcer les relations » avec les États-Unis et à « travailler étroitement » avec Donald Trump pour « renforcer la stabilité » du Moyen-Orient.
Gadi Eisenkot n’est pas pour autant un pacifiste, et s’oppose pour l’heure à la création d’un État palestinien.
Lors de la guerre de 2006 au Liban contre le Hezbollah, il a contribué à élaborer la « doctrine de Dahiyé », du nom d’un bastion du mouvement islamiste soutenu par Téhéran dans la banlieue de Beyrouth.
Cette stratégie, également appliquée à Gaza, repose sur des bombardements massifs de zones, y compris civiles, où des combattants ennemis sont dissimulés.
Il a aussi été l’un des artisans du concept dit de la « campagne entre les guerres », fondée sur une succession d’opérations ciblées destinées à retarder le déclenchement d’un conflit de grande ampleur.
Commission d’enquête
Sur Gaza, il s’est engagé à mettre fin au pouvoir du Hamas « dans les 18 mois » s’il était nommé Premier ministre.
Parmi ses priorités, figure aussi une commission nationale d’enquête sur les défaillances sécuritaires ayant permis l’attaque sanglante du Hamas du 7 octobre 2023, réclamée par de nombreux Israéliens.
Récemment, il a promis de renforcer les droits des personnes LGBTQ+ et défendu, devant des représentants du sionisme religieux, la colonisation en Cisjordanie, à condition qu’elle respecte la loi israélienne.
Une position qui semble exclure les avant-postes illégaux, qui se sont multipliés sous Benjamin Netanyahu et ses alliés d’extrême droite.
Et face au ressentiment de nombreux Israéliens après trois années de guerre sur de multiples fronts, M. Eisenkot veut limiter les exemptions au service militaire dont bénéficient les ultra-orthodoxes.
Pour séduire le centre et les libéraux enfin, il a promis de « protéger l’indépendance judiciaire, l’Etat de droit, les droits des minorités et la liberté de la presse ».
Fils de juifs marocains et élevé dans un milieu modeste à Eilat, dans le sud d’Israël, Gadi Eisenkot pourrait devenir le premier chef de gouvernement séfarade (juifs originaires d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient).
Cela aussi l’oppose à Benjamin Netanyahu, pur produit de l’élite ashkénaze, les Juifs d’origine européenne historiquement dominants dans les institutions israéliennes.
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