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Monday, October 5, 2026

Cesaria Evora: «Reina da Morna», l’album inédit, quinze ans après sa mort

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Quinze ans après la mort de Cesaria Evora, dix chansons inédites enregistrées au fil de sa carrière paraissent sur Reina da Morna. José Da Silva, son producteur et manager historique, revient sur l’histoire de ces titres, mais aussi la personnalité de la star capverdienne.

RFI Musique : Quand vous avez rouvert les archives de Cesaria Evora pour préparer cet album, qu’est-ce qui vous a fait dire qu’un titre devait y figurer plutôt qu’un autre ?

José Da Silva : Pour cet album-ci, il n’y a pas eu vraiment de choix. Toutes les chansons qui restaient ont été prises, il n’y en avait pas d’autres. À l’époque de l’album Miss Perfumado, aucun titre n’avait été mis de côté, parce qu’on n’avait pas encore d’expérience, mais on s’était retrouvé avec un problème quand le Japon avait exigé un morceau supplémentaire. Donc depuis 1995, chaque fois, on a laissé un ou deux titres, sans vraiment savoir à quoi ça allait servir, mais ça a permis aussi d’équilibrer les albums. Parfois, on avait plus de morna qu’on ne voulait en avoir, et donc on mettait un morceau de côté. Je savais qu’un jour il faudrait sortir un album, mais j’attendais le bon moment. Tant qu’il y avait d’autres événements, ce n’était pas une priorité.

Qu’est-ce qui vous a fait dire que c’était le moment opportun ?

C’est Sony qui a eu l’idée, à l’occasion des quinze ans de la mort de Cesaria et aussi parce que le Cap-Vert est revenu sur le devant de la scène à l’occasion de la Coupe du monde de foot. Pour un petit pays comme le Cap-Vert, l’événement a eu un gros impact.

Était-ce un exercice agréable ou douloureux, pour vous, de vous replonger dans cette collaboration avec Cesaria ?

Un peu douloureux, parce qu’il y a des titres qu’on n’avait pas terminés. On avait laissé la place pour le solo de sax ou une guitare. Sony n’a rien voulu ajouter, ni remixer pour améliorer le son ou remasteriser. Donc ils sont vraiment à l’état brut.

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Il y a peu d’information sur ces chansons, y compris leur date. Votre façon de travailler était-elle un peu informelle ?

Oui, on recevait des titres et, une fois que Cesaria les avait choisis, on les enregistrait. Si vraiment on veut chercher toutes les infos, c’est possible, mais il aurait fallu quelques mois de travail : retrouver les musiciens, les producteurs de chaque titre, les bandes... On avait un label indépendant moins organisé que les majors, qui répertorient les infos de chaque titre dans l’ordinateur !

Dans la carrière de Cesaria Evora, il y a des époques différentes. Comment peut-on les distinguer ?

Il y a surtout deux producteurs musicaux qui sont dans cet album, les deux derniers à avoir travaillé avec Cesaria, après Paulinho Vieira. Le deuxième, Bau, était un puriste de la morna et du cavaquinho [instrument à cordes, NDLR]. Pour le troisième, Fernando Andrade, un pianiste, on sent tout le travail d’arrangeur, avec un côté latino dont il était fan

Certains souvenirs liés à ces chansons vous sont-ils revenus en tête avec ce projet ?

Il y a une chanson, « Forca Di Cretcheu » qui est d’Eugenio Tavares, l’un des grands auteurs de la musique capverdienne. C’était un peu le concurrent de B. Léza [qui a notamment signé les paroles de « Miss Perfumado » et « Mar Azul », NDLR], et Cesaria préférait toujours chanter B. Léza, qui était son oncle, que chanter Eugenio Tavares. Beaucoup de gens ont toujours critiqué cette décision en disant que Cesaria devait aussi chanter les œuvres d’Eugenio Tavares. Elle avait fini par accepter avec cette chanson-là, mais elle n’a pas poussé pour qu’elle soit sur l’album.

Aviez-vous le pouvoir de décision ?

Non, c’est elle qui décidait. Il y a des chansons que je trouvais très bien, mais que j’ai dû finalement laisser tomber parce qu’elle n’en a jamais voulu – elles ont eu du succès en étant chantées par d’autres artistes du label. Quand elle avait bloqué dessus, elle ne voulait rien savoir. Elle décidait par rapport aux paroles, aux mélodies. Il y avait un type de mélodie qu’elle aimait bien et d’autres qui ne lui disaient rien. La seule fois où j’ai vu Cesaria sortir de sa zone habituelle, c’est quand elle a chanté « Yamore » avec Salif Keïta, pour qui elle avait une grande estime. Elle avait tellement envie de chanter avec lui qu’elle a vraiment fait un effort. Et on l’a vu dans le studio. C’était très dur pour elle parce que c’était une mélodie dont elle n’avait pas l’habitude. Mais elle a réussi à l’enregistrer et elle était hyper heureuse en sortant du studio.

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« Nos Contradança » appartient à un registre peu fréquent dans le répertoire de Cesaria. Quel est ce style ?

La contredanse fait partie des traditions de l’île de Santo Antão, d’où vient la maman de Cesaria. Donc Cesaria était très liée à cette île aussi. Ce n’est pas la première fois qu’elle chante un titre qui vient de cette tradition-là. L’histoire dit que la contredanse a été amenée au Cap-Vert par les Français, dans cette île, parce que des pirates nantais s’y seraient installés. C’est la seule île où il y a cette tradition de quadrille et de contredanse. Et en plus, les commandements y sont toujours en français alors que les gens ne le parlent pas : aller à droite, aller à gauche... C’est quelque chose d’assez drôle.

Au-delà des mots et des mélodies, que reste-t-il selon vous de Cesaria ?

Cesaria, c’est de l’émotion pure. C’est ce qui restera. Ça passera de génération en génération parce que c’est une émotion rare. Il faut avoir vécu avec elle pour comprendre. On a fait des spectacles un peu partout dans le monde et on a vu les gens se rendre à cette émotion alors que, pour elle, c’était naturel. Elle disait qu’elle n’y voyait rien de spécial et pourtant, quand elle chantait, elle chamboulait les gens. Parfois, on devinait qu’elle était fatiguée, qu’elle n’avait plus envie. Pendant une demi-heure, c’était froid ; il ne se passait rien avec le public. Et puis, tout d’un coup, quand elle le décidait, elle déroulait une émotion incroyable et on voyait la salle se transformer, les gens changer. Et contrairement à ce qu’on pouvait imaginer au début, le concert se terminait formidablement. C’est le pouvoir de l’émotion. Avec Cesaria, c’est ce que j’ai vraiment vu et appris.

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