Voyager jusqu’à l’époque des dinosaures par un trou de ver : que dit vraiment la physique ?

Si vous n'avez vu ne serait-ce que la bande-annonce de La Fin d'Oak Street, vous vous doutez bien que le film ne cherche absolument pas à être réaliste et se résume plutôt à une série B davantage attirée par le spectacle, l'action et le fantastique. D'ailleurs, qui pourrait sérieusement croire qu'Anne Hathaway et Ewan McGregor forment un couple modeste de banlieue américaine ? Pourtant, un léger vernis scientifique a été placé par-dessus et propose des théories réellement intéressantes quant à nos connaissances de l'Univers.
C'est en effet l'une de ces théories attribuées dans le film à Carl Sagan, avec qui Audrey, la fille du couple de héros, veut aller étudier, qui se retrouve au cœur du scénario. Alors, si à partir de là, vous souhaitez voir le film, sachez que la suite va légèrement spoiler l'intrigue. Vous êtes prévenus.
Une théorie vieille d'un siècle
En effet, l'idée de base du film est que la famille a été aspirée - ainsi que tout le quartier - dans un trou de ver mis en communication avec l'époque des dinosaures. Un échange de matière a eu lieu à travers l'espace-temps, ce qui a amené un cercle de trois kilomètres de diamètre de forêt préhistorique à notre époque (enfin, en 1982 dans le film), tandis que les protagonistes du film qui se trouvaient dans ce cercle ont été transportés plusieurs dizaines de millions d'années en arrière. Leur seule solution pour revenir est de repasser dans le trou de ver dans l'autre sens.
Singularités, trou de ver et voyage spatiotemporel
Trous de ver, l'expression fait rêver mais quel est exactement leur statut dans la science actuelle ? Peut-on vraiment espérer voyager dans le temps et rejoindre les étoiles grâce à eux tout comme les héros de Stargate ou Valérian ?... Lire la suite
Celle qui comprend la première cette réalité est donc Audrey, jeune fille passionnée d'astrophysique et des travaux de Carl Sagan. Il s'avère que l'astronome américain, plutôt connu pour ses travaux de vulgarisation, n'a pas directement travaillé sur ce concept, mais qu'il a contribué à le populariser dans son roman Contact, adapté plus tard au cinéma par Robert Zemeckis. Un petit anachronisme d'ailleurs, puisque le roman est publié en 1985, soit trois ans après les événements du film, mais admettons.
La cohabitation des deux mondes se passe assez mal. © Warner Bros
En réalité, la théorie des trous de ver est bien plus ancienne et remonte à la première partie du XXe siècle. C'est Albert Einstein et Nathan Rosen qui, en 1935, proposent une vision de l'Univers comme une feuille repliée sur elle-même, où il serait théoriquement possible de traverser l'espace-temps, par exemple en passant dans un trou noir pour ressortir par un trou blanc.
La science ne sait pas, alors la science-fiction propose
Cette hypothèse a été maintes fois proposée dans la science-fiction, d'Interstellar à Outer Wilds, mais aucune preuve scientifique n'a été établie pour affirmer son existence. En revanche, les trous noirs existent bel et bien, même si l'ensemble des mécanismes physiques nécessaires à leur existence ne sont pas bien connus. Et cela a poussé les scientifiques à poursuivre leurs recherches sur les trous de ver depuis des décennies.
Illustration du concept de trou de ver. © ktsdesign, Shutterstock
Encore tout récemment, un article paru dans la revue High Energy Density Physics s'est intéressé à ces objets théoriques en tentant de déterminer leurs formes grâce à la densité de la matière noire. Avant cela, d'autres physiciens reconnus ont tenté de donner différentes formes aux trous de ver.
Les trous de ver d'Interstellar seraient-ils facilement détectables ?
On continue à s'interroger sur l'existence des trous de ver qui permettraient de coloniser les exoplanètes proches du Système solaire en moins d'un siècle. Régulièrement, des chercheurs publient des articles sur des signatures possibles, par exemple avec des effets de microlentilles gravitationnelles qui seraient spécifiques à ces objets et différentes notamment des trous noirs. C'est un peu le cas d'un article qui fait un certain buzz actuellement, mais qui ne tranche pas la question.... Lire la suite
C'est ainsi que l'on retrouve le modèle de Morris-Thorne, censé être traversable. D'autres ont évoqué le modèle PT, pour parité et temps, en essayant de résoudre les paradoxes de causes-conséquences qui pourraient exister. Des subtilités largement ignorées par le film (heureusement, sans doute, d'un point de vue cinématographique), qui repose même sur un paradoxe temporel. Il faut dire qu'avec des considérations physiques si hypothétiques, il reste largement assez de place pour que la fiction puisse se déployer.
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