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Monday, September 28, 2026

Santé Québec préoccupée par la hausse de l’absentéisme dans le réseau

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« C'est excessivement prioritaire pour nous », lance d’entrée de jeu Martyne Charland, directrice générale talent chez Santé Québec , qui dit suivre la situation toutes les deux semaines avec les gestionnaires. « On a besoin d'une équipe en bonne santé pour pouvoir prendre soin des autres. »

Selon des chiffres du ministère de la Santé et des Services sociaux, 21,3 % des heures censées être travaillées étaient en fait des heures d’absence en 2024-2025 pour le personnel en soins infirmiers et cardio-respiratoires, qui regroupe notamment infirmières, inhalothérapeutes, perfusionnistes et puéricultrices. 

Un taux qui monte à 23,7 % pour le personnel paratechnique, comme les préposés aux bénéficiaires et les préposés à la maintenance ou au service alimentaire.

Parmi ces heures d’absence, on retrouve notamment les congés maladie, les accidents de travail, les maladies professionnelles et les retraits préventifs.

« C'est un très gros problème. C'est des centaines de millions qui sont perdus, chaque année, dans ces processus d'absentéisme. C'est énorme », estime Denis Chênevert, professeur titulaire au Département de gestion des ressources humaines du Pôle santé à HEC Montréal.

Si on ramenait le taux d'absentéisme du secteur de la santé et des services sociaux à la moyenne des autres secteurs, on aurait des dizaines de milliers de soignants supplémentaires tous les jours pour pouvoir offrir des soins. 

Ratio d’heures d’absentéisme pour maladies, retraits préventifs et congés sans solde

Catégorie de personnel2014-20152024-2025
Infirmières18.2%21.3%
Préposés aux bénéficiaires19.1%23.7%
Personnel de bureau12.8%15.0%
Techniciens et professionnels de la santé15.5%15.9%
Pharmaciens, biochimistes, physiciens11.7%12.6%
Personnel d'encadrement8.2%8.2%

En 10 ans, les absences pour maladie ont augmenté de 17 % au sein du personnel en soins infirmiers et de 24 % chez les préposés. Cette situation fait dire à M. Chênevert que c’est un cercle vicieux qui sera difficile à freiner.

Ceux qui s’absentent créent de la pression sur ceux qui restent et, par conséquent, ceux qui restent absorbent davantage de charges de travail, ce qui les épuise et ils s'absentent à leur tour. Et là, on part dans une spirale dans laquelle c'est très difficile de stopper la vitesse de croissance, explique le professeur à HEC.

Plusieurs gestionnaires du réseau consultés par Radio-Canada, qui ne veulent pas être nommés par peur de représailles, estiment que l'absentéisme est le plus gros problème dans le réseau en ce moment.

Le personnel terrain plus à risque

Les données indiquent aussi que les absences en raison de maladies du personnel d'encadrement étaient près de trois fois moins élevées que celles des infirmières et des préposés. Cela ne surprend pas les experts, puisque les corps de métiers proches du terrain font face à des facteurs de risques additionnels connus, comme la charge émotionnelle inhérente au travail.

Les absences dans ces domaines augmentent de manière exponentielle lorsqu'il y a des exigences de volume de travail, une intensité, une charge émotionnelle, des horaires difficiles qui dépassent les ressources disponibles, rappelle Francesco Montani, professeur agrégé de gestion des ressources humaines au Département de gestion, d’évaluation et de politique de santé de l’Université de Montréal.

Pour Denis Chênevert, il ne faut pas sous-estimer l’effet d'entraînement de l’absentéisme. Dans nos études, on a démontré qu’il y avait aussi une culture qui s'installait dans les organisations. Lorsqu'on cherche à comprendre principalement les facteurs d'absentéisme, on constate que ce sont les mêmes personnes qui s’absentent sur une base régulière. 

Par ailleurs, il indique que ces travailleurs ressentent parfois une perte de sens liée à leur fonction, un certain découragement associé aux besoins toujours plus grands et aux difficultés du système à y répondre.

Toutefois, selon le Syndicat des professionnelles en soins, il ne fait aucun doute que les longs horaires atypiques finissent par mettre trop de pression sur les équipes et mènent à l’épuisement.

On a interdit aux camionneurs de conduire leur camion alors qu'ils sont plus souvent qu'autrement assis plus que 12 h par jour, parce qu'on juge qu'ils vont manquer de vigilance. Alors qu'une professionnelle en soin, qui a la santé, même la vie d'un ou de plusieurs patients entre ses mains, on n'a aucun problème à ce qu'elle travaille 16 h consécutives ou qu'elle travaille 32 h sur 48.

Impossible, selon lui, de passer sous silence les conséquences de la pandémie sur les employés de la santé et des réformes successives du réseau pendant cette période.

De son côté, Santé Québec reconnaît que, pour le personnel infirmier, les auxiliaires et les préposés aux bénéficiaires, la nature exigeante du travail et l’importance des enjeux de santé psychologique font partie des facteurs à prendre en compte.

Soulignons que le ratio d’absentéisme total de ces travailleurs dépasse les 40 % lorsqu’on additionne les congés pour cause de maladie et les absences conventionnées, comme les vacances ou les congés parentaux.

Plus de personnel et une autogestion des horaires, dit Santé Québec

Santé Québec indique faire de la surdotation, c’est-à-dire prévoir plus de personnel que le minimum requis afin d’assurer la continuité des soins et la stabilité des équipes.

On a aussi un projet qui est de l'autogestion des horaires qui est en train de se déployer partout, ajoute Mme Charland. Une personne, par exemple, qui a un mariage dans quatre semaines ou dans trois mois, […] au lieu de prendre des congés, puis de devoir appeler un remplaçant, elle va être capable de dire qu’elle ne peut déjà pas travailler, puis dire qu’elle va travailler un autre week-end. Ça ne l'amènera pas à devoir prendre des congés.

Pour le syndicat, il faudrait plutôt mettre en place des ratios de patients par infirmière dans l'ensemble du réseau, une revendication de longue date, en plus de permettre plus d’aménagements de temps de travail, étant donné la variabilité des horaires des infirmières.

Chose certaine, inverser la tendance ne sera pas facile, réaffirme Denis Chênevert, tellement le problème est multifactoriel. 

Il y a tellement de facteurs à l'origine du problème que les organisations ne savent pas sur quel bouton appuyer, et le bouton ne sera pas le même selon les équipes, illustre-t-il.

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