Cette faille peut bloquer votre smartphone et vous forcer à tout effacer : Google n’est pas pressé de la corriger

Les chercheurs de Bitdefender viennent de lever le voile sur GhostMap, une faille qui menace de bloquer un smartphone Android. Il suffit en fait d’installer une application piégée pour se retrouver piégé dans une boucle de plantages. Google refuse pour l’instant de corriger la vulnérabilité de son système d’exploitation.
Les chercheurs de Bitdefender viennent de débusquer GhostMap, une faille d’Android potentiellement dévastatrice qui peut plonger un téléphone dans une boucle de plantages sans fin. L’exploitation de la faille repose sur la création d’une application malveillante…qui ne fait rien de suspect aux yeux des systèmes de sécurité. Elle ne demande aucune autorisation et ne contient aucun code malveillant à exécuter. En fait, tout repose sur un fichier mal formé, c’est-à-dire un fichier qui ne respecte pas le format attendu par Android, caché dans le code de l’app.
Une boucle de redémarrages
Ce fichier suffit à faire dérailler tout le système Android. Lors des tests réalisés par Bitdefender, il a suffi d’installer l’application sur le smartphone pour que le système d’exploitation se mette à dérailler. Dans les détails, l’application a déclenché une boucle de redémarrages. Dans ce cas de figure, le smartphone redémarre encore et encore, sans jamais parvenir à démarrer normalement. Presque rien ne permet de s’extraire de cette spirale infernale, ni un redémarrage ni le passage en mode sans échec. « Le mode sans échec n’aide pas non plus, car le service lit le fichier avant que le mode sans échec ne prenne effet », précise Bitdefender.
Selon Bitdefender, Android interprète mal deux informations contenues dans le fichier piégé : sa méthode de compression et la taille qu’il est censé faire une fois décompressé. Le système tente alors de lire au-delà de la fin réelle du fichier, et plante. « Nous l’appelons GhostMap : l’entrée malformée pousse Android à projeter le fichier sur une mémoire qui n’a jamais été allouée », explique Alecsandru Cătălin Daj, chef d’équipe au sein de l’unité Mobile Security & Forensics de Bitdefender, dans un article de blog. Le processus qui plante n’est autre que system_server, l’un des services centraux d’Android. Il « s’arrête et redémarre toutes les quelques secondes, sans qu’aucune application n’ait jamais été ouverte », résume le chercheur.
Les chercheurs ont pu reproduire le phénomène sur un Pixel 10 sous Android 17, avec le correctif de sécurité du 5 août 2026. Selon Bitdefender, toutes les versions d’Android depuis Android 10 sont concernées. Autrement dit, la grande majorité des smartphones Android en circulation sont touchés.
Une seule porte de sortie
Selon les chercheurs roumains, le seul moyen de sortir de la boucle est de réinitialiser l’appareil aux paramètres d’usine. Cette opération radicale va aussi effacer toutes les données stockées sur le téléphone. Seuls les utilisateurs qui ont activé ADB (Android Debug Bridge), un outil destiné aux développeurs, peuvent espérer s’en sortir sans tout perdre. Encore faut-il que le mode développeur ait été activé à l’avance. Un ordinateur relié en ADB « peut parfois supprimer le fichier entre deux plantages », nuance Bitdefender.
Comme l’explique Bitdefender, la faille peut être exploitée par des pirates dans le cadre d’opérations d’extorsion. Par exemple, des cybercriminels pourraient bloquer un téléphone et réclamer de l’argent à la victime. « Une telle capacité pourrait être détournée comme moyen de pression à des fins d’extorsion », avertit Bitdefender. Par ailleurs, le fichier piégé pourrait être glissé dans une application déjà installée, à l’occasion d’une simple mise à jour. En théorie, un attaquant pourrait ainsi toucher un grand nombre de smartphones en même temps. Aucun cas de ce type n’a toutefois été observé. Selon Bitdefender, la faille pourrait aussi servir à empêcher la désinstallation d’une application malveillante, ou à faire planter certains outils de sécurité au moment où ils scannent une application. « Toutes les voies permettant de supprimer l’application plantent avant d’y parvenir, donc l’application reste installée et le malware continue de fonctionner », détaille le chercheur. Pour le moment, rien n’indique que la brèche a été activement exploitée dans des attaques.
Pas de correctif pour le moment
Bitdefender a signalé le problème à Google à deux reprises, les 20 et 25 août 2026. Le géant de Mountain View a d’abord classé le premier signalement avec la mention « Won’t Fix (Not Reproducible) », estimant que le problème n’était pas reproductible. Le second signalement émis par les chercheurs a été jugé hors du « périmètre des correctifs de sécurité ». D’après la seconde réponse de Google, citée par les chercheurs, le problème « ne sera pas traité par une mise à jour de sécurité ».
Google a néanmoins transmis le dossier à une autre de ses équipes. Celle-ci pourrait éventuellement corriger la faille dans une future version d’Android, mais il n’y a aucune garantie à ce stade. En attendant, aucun correctif n’est disponible, regrettent les chercheurs. Google ne semble pas pressé de se pencher sur le problème.
Comme toujours, on vous recommande de rester prudent en vous contentant d’applications connues et réputées du Play Store, et d’éviter les applications sous forme d’APK dénichées sur la toile. Prenez aussi l’habitude de sauvegarder régulièrement toutes vos données.
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