Guerre commerciale | Trump « veut détruire nos grandes industries », dénonce Carney

(Lévis) Malgré la réplique acerbe de Donald Trump, Mark Carney demeure intraitable sur sa stratégie de répondre « dollar pour dollar » aux droits de douane et n’exclut pas de couper l’électricité et les minéraux critiques aux Américains. Christine Fréchette promet que le Québec « ne se laissera pas intimider ».
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« Ce que nous avons appris [de la négociation, c’est] que les Américains veulent détruire nos grandes industries, y compris l’industrie de l’automobile, l’industrie de l’acier et de l’aluminium avec des termes de négociations qui ne sont pas équitables », a pesté le premier ministre canadien, lundi, lors d’une annonce de contrats fédéraux « historiques » de 11,3 milliards pour le chantier Davie à Lévis, en compagnie de Christine Fréchette.
PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE
Travailleurs du chantier Davie, lundi, lors de l’annonce
Mark Carney a dit lundi ne pas être surpris de la riposte du président américain, qui a menacé d’imposer de nouveaux droits de douane de 50 % sur l’industrie automobile au 1er janvier 2027. La réaction du locataire de la Maison-Blanche a cependant provoqué la colère du premier ministre ontarien, Doug Ford, qui est prêt à couper l’électricité aux Américains ainsi que l’accès aux minéraux critiques.
Or, Mark Carney n’exclut pas une telle réplique en guise de représailles, mais pas pour l’instant. La première ministre Fréchette est allée dans le même sens.
« Nous serons calmes. Nous serons positifs. Nous allons coopérer afin de bâtir de vrais jobs, de vraies carrières ici au Québec et à travers le Canada. Et oui, si c’est nécessaire de faire d’autres choses, on verra », a expliqué le premier ministre canadien, rappelant l’importance de la fiabilité du Canada comme fournisseur. Il a d’ailleurs mis « la Russie et les États-Unis » dans le même panier à titre de partenaire économique.
Je ne veux rien exclure en termes de mesures, mais jusqu’à maintenant, je n’ai jamais envisagé celle évoquée [par Doug Ford], mais rien n’est exclu à ce stade-ci, on entre dans une nouvelle phase.
Le ministre de l’Énergie et de l’Économie, Bernard Drainville, n’a pas non plus voulu se prononcer sur la faisabilité d’une telle mesure, en vertu des contrats entre Hydro-Québec et les États-Unis.
« On ne se laissera pas intimider »
Mark Carney et Christine Fréchette – qui étaient également ensemble à Terre-Neuve lundi dernier pour confirmer une entente d’approvisionnement en électricité – ont fait valoir ces exemples de collaboration pour répondre aux effets de la guerre commerciale.
L’annonce de lundi doit permettre la construction de six brise-glaces intermédiaires pour la Garde côtière canadienne, en plus de créer et de consolider 5000 emplois à Québec pour une dizaine d’années, a-t-on indiqué. Le chantier naval a promis que ces brise-glaces seront construits à Lévis.
« On ne se laissera pas faire, on ne se laissera pas intimider, on ne se laissera pas marcher sur les pieds », a tonné Mme Fréchette devant un parterre de travailleurs et de gens du milieu économique régional. « On va se tenir jusqu’au bout », a ajouté la première ministre, qui promet, à quelques jours du déclenchement des élections, que le Québec « ne cédera pas aux menaces » du président américain.
Le Parti québécois accuse Christine Fréchette « de confisquer et de détourner le débat électoral dans l’espoir d’éviter le bilan nécessaire de sa gouvernance ».
Dimanche, Christine Fréchette a émis des réserves quant à la volonté de Mark Carney de mener une riposte « dollar pour dollar » avec les États-Unis. La première ministre plaide plutôt pour une réplique plus ciblée afin de limiter les effets sur les entreprises québécoises. Elle a réitéré ses demandes lundi devant Mark Carney.
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Christine Fréchette
« La portée symbolique des mesures de représailles serait très importante. Je pense qu’il faut aller là où c’est peut-être un peu plus sensible », a-t-elle dit.
Protection du français
Mark Carney a répété lundi que « le respect de la souveraineté du Canada, de la langue et de la culture françaises » sont non négociables. Il a rappelé que le Canada avait été « pragmatique et patient » devant les États-Unis.
Samedi, il a révélé que les Américains ont ajouté une série de conditions à la toute fin de l’échéance des négociations, dont un droit de regard sur les ententes commerciales que le Canada pourrait conclure avec d’autres pays et le retrait de l’obligation en matière d’affichage en français au Québec et d’étiquetage bilingue.
Pour les Américains, les questions sur la langue française, la culture québécoise, la culture francophone, la culture canadienne sont des irritants. Non, ici au Québec, ici au Canada, ils sont des droits, des droits fondamentaux.
« Il y a un écart énorme entre les perspectives américaines et les perspectives canadiennes », a ajouté M. Carney, provoquant des applaudissements.
Québec a annoncé deux programmes d’aide pour les entreprises samedi. Le premier, nommé FORCE, est destiné aux manufacturiers au chiffre d’affaires de plus de 2 millions de dollars qui sont touchés par des droits de douane de 25 % et plus. Ils pourront obtenir des liquidités pour maintenir leurs activités et bénéficieront d’un moratoire allant jusqu’à 24 mois pour le remboursement ainsi que d’un congé d’intérêts pendant 12 mois.
Le second programme s’adresse aux PME avec un chiffre d’affaires compris entre 1 et 2 millions. Les PME touchées par les droits de douane ainsi que leurs fournisseurs seront admissibles. Lundi, Bernard Drainville a expliqué attendre de connaître les programmes d’aide qui seront offerts par le fédéral. La stratégie québécoise sera ensuite ajustée et d’autres programmes pourraient être annoncés, a-t-il dit.
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