Arménie: des chercheurs français en quête de semences pour affronter le réchauffement climatique

Avant la COP17 sur la biodiversité, qui s'ouvre ce lundi 19 octobre en Arménie, des scientifiques français ont parcouru le pays à la recherche de semences locales. Face au changement climatique, ils cherchent dans cette diversité génétique des plantes capables de s'adapter aux conditions de demain. Reportage de Marie Penin pour RFI.
« Nous sommes de l'université agraire, et nos collègues français vont arriver dans un instant. Ils s'intéressent aux plantes que vous cultivez dans votre village. Est-ce qu'on pourrait aller les voir dans votre jardin ? », demande Andrea Melikyan. « Si vous étiez arrivés un peu plus tôt, vous auriez pu goûter le tolma [au chanvre] de ma belle-mère », lui répond Gohar Khachatryan.
Dans leur jardin à Vaghatin, Gohar et Seyran Khachatryan cultivent pommes de terre, tomates, haricots... Les Français, eux, s'intéressent aux asperges. « Depuis 25 à 30 ans, grâce à nos amis américains et à notre travail, nous continuons à cultiver ces variétés de Mary Washington », explique Seyran. « On collecte les graines, mais on collecte les savoirs qui vont avec. Elle est précoce, elle est tardive, elle est irriguée, pas irriguée, elle est sensible à telle maladie ou pas », souligne Stéphane Crozat, co-directeur du Centre de ressources de botanique appliquée, qui dirige cette mission.
S'adapter au nouveau climat
Ici, les scientifiques cherchent des semences plus résistantes au réchauffement climatique et aux maladies. Elles seront ensuite étudiées et testées à Lyon avec des agriculteurs français. « L'idée, c'est d'aller chercher dans des zones hypercontinentales – l'Arménie se trouve, en pointes extrêmes, de -22°C à pas loin de 50°C – pour pouvoir adapter nos futurs légumes, céréales et autres à notre nouveau climat. La plante va enregistrer petit à petit, progressivement, ces informations et va les inscrire progressivement dans son génome. Cette notion de coévolution est fondamentale parce que c'est ce qui peut nous permettre de nous adapter », ajoute-t-il.
Une génétique très large
Johan Cottreel, agronome au Centre de ressources de botanique appliquée (CRBA), recherche en priorité des variétés locales, familiales, avec une grande diversité génétique : « Ici, en Arménie, les croisements se font dans le jardin, soit par le vent, soit par les insectes. Ils n'ont pas peur du brassage génétique. C'est une des pistes aussi, d'aller voir une génétique très large pour résister aux conditions très aléatoires d'une année sur l'autre. »
Direction la banque de semences. « Nous allons le faire sécher. Il faut ensuite mettre 300 graines dans une enveloppe, puis la placer au réfrigérateur pour les conserver », détaille la scientifique Margo Ghazaryan. Ces graines rejoignent la banque de semences arménienne, qui conserve déjà 12 000 ressources génétiques. « Nous essayons de collecter les graines de toutes les espèces de plantes présentes en Arménie, notamment les ressources génétiques qui sont menacées de disparition. Si certaines venaient à disparaître, nous pourrions les restaurer », estime Andrea Melikyan, qui dirige ce centre scientifique.
Une partie de ces ressources sera étudiée à Lyon par l'équipe française. Les résultats seront présentés conjointement à la COP17. Des graines arméniennes, donc, qui pourraient bien se retrouver au cœur des discussions sur l'avenir de notre agriculture.
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