Petites annonces sur MarketPlace et Kijiji | Sur la piste des receleurs d’outils

Mars dernier. Des enquêteurs du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) établissent une surveillance sur un jumelé construit devant un parc, dans un paisible quartier résidentiel de Laval. Ce qu’ils découvriront a de quoi étonner.
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Les enquêteurs des Produits de la criminalité de la Division du crime organisé du SPVM installent une caméra pointée vers l’entrée de la résidence. Celle-ci est une véritable porte tournante. En à peine une semaine, 97 personnes s’y présentent et repartent avec une boîte ou un sac. Plus tôt en janvier, ce sont 82 personnes en huit jours qui ont été observées en train d’y faire un court passage.
Ces personnes ont répondu à des annonces diffusées sur MarketPlace ou Kijiji offrant des outils neufs à presque la moitié du prix. Mais ces outils avaient été volés dans des magasins de rénovation à grande surface par des individus dont le SPVM a annoncé les arrestations au début du mois de septembre1.
La résidence est occupée par deux présumés receleurs de ces outils volés, Artashes Nahapetyan, 45 ans, et Armine Davityan, 43 ans. L’homme et la femme ont été formellement accusés mardi, au palais de justice de Montréal.
Les autorités ont également obtenu d’un juge le blocage de la maison ainsi que le blocage de la résidence, du véhicule et des comptes de banque d’un autre couple de présumés receleurs de Kirkland, mais ces derniers n’ont pas encore été accusés et nous avons choisi de ne pas les nommer pour le moment.
PHOTO TIRÉE D’UNE ORDONNANCE DE BLOCAGE
Des centaines d’outils neufs volés ont été découverts dans le sous-sol de la résidence d’un présumé receleur de Kirkland.
Mais les deux ordonnances de blocage – gel des avoirs par un tribunal avant une confiscation possible aux profits de l’État – contiennent plusieurs détails de l’enquête.
Des centaines d’outils récupérés
Ce sont les enquêteurs de l’unité Brocanteur du SPVM (voir autre onglet) qui ont lancé une partie de l’enquête après avoir reçu des plaintes de magasins pour des vols d’outils à grande échelle. Des vidéos tournées par les caméras de surveillance de ces commerces montraient des individus qui quittaient les lieux en courant, avec des paniers pleins, et qui démarraient en trombe des stationnements, parfois les portières encore ouvertes.
Les voleurs, très organisés, envoyaient des photos des étagères des magasins à leurs présumés receleurs et leur demandaient ce qu’ils voulaient.
Des agents d’infiltration de la police ont effectué plusieurs achats auprès des receleurs qui demandaient à être payés comptant. Un exemple, un agent double a payé 240 $ une scie qui coûte en réalité, neuve, 425 $.
Si le policier demandait s’il y avait une garantie ou un reçu, le receleur lui disait de retourner au magasin et de faire croire qu’il avait perdu la facture afin d’obtenir un nouvel outil.
Les présumés receleurs de Laval recevaient les clients à la maison et les agents doubles ont pu observer des boîtes d’outils partout, du salon au sous-sol, en passant par les escaliers.
PHOTOS TIRÉES D’UNE ORDONNANCE DE BLOCAGE
Des outils ont été retrouvés dans presque toutes les pièces de la maison des présumés receleurs de Laval.
Lors d’une perquisition, les enquêteurs ont saisi plus de 400 outils, batteries ou autres, d’une valeur de quelques centaines de milliers de dollars, et trouvé 125 000 $ dans un coffre-fort.
Ils ont aussi mis la main sur 200 000 $ en argent, cinq lingots d’or et des bijoux valant 150 000 $ dans un coffret dans une institution financière.
PHOTOS TIRÉES D’UNE ORDONNANCE DE BLOCAGE
Plusieurs pièces de la résidence de Laval servaient à entreposer des outils.
Chez les autres présumés receleurs de Kirkland qui n’ont pas encore été accusés, les policiers ont découvert 850 outils neufs et batteries, d’une valeur de plus de 300 000 $, et 160 000 $ cachés dans le réservoir à poussière de l’aspirateur central.
PHOTOS TIRÉES D’UNE ORDONNANCE DE BLOCAGE
Les 160 000 $ trouvés par les policiers dans le réservoir à poussière de l’aspirateur central de la résidence de Kirkland.
Train de vie incompatible
Les enquêteurs ont fait appel à un juricomptable qui a procédé à une analyse exhaustive du train de vie des présumés receleurs comparativement à leurs revenus déclarés, la plupart du temps inférieurs à 30 000 $ par année.
Par exemple, les présumés receleurs de Kirkland, qui bénéficiaient de subventions gouvernementales, envoyaient leurs deux enfants dans une école privée et ont effectué des remboursements anticipés sur leur prêt hypothécaire de 100 000 $ en 2023 et de 62 000 $ en 2024.
« En 2023-2024, le couple a effectué l’achat de deux véhicules en argent comptant pour environ 74 000 $ en plus d’une avance sur leur hypothèque de 162 000 $. Le tout en déclarant un revenu familial total de 41 996,60 $ et 37 617,35 $ pour les deux années. […] Un grand débalancement existe entre les revenus déclarés [des suspects] pendant les années visées et les montants retrouvés dans les comptes », écrit notamment le sergent détective Guy Paul St-Laurent dans une déclaration sous serment au soutien des ordonnances de blocage.
PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE
La résidence de Kirkland qui fait l’objet d’une ordonnance de blocage.
Les résidences des présumés receleurs ont été bloquées, car selon la théorie de la poursuite, elles ont servi à commettre une infraction. La maison des accusés de Laval est évaluée à environ 500 000 $ et celle des suspects de Kirkland, à plus de 900 000 $.
Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.
1. Lisez l’article « 800 000 $ d’outils neufs saisis, deux réseaux démantelés »
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