Pourquoi la colère contre «la vie chère» gagne-t-elle les rues de France?
Des centaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues en France samedi pour se mobiliser contre la « vie chère », à six mois des élections présidentielles. Dans la foulée des mobilisations lycéennes, les jeunes ont été rejoints par plusieurs groupes de la société. Explications.
Des milliers de manifestants
De Paris à Marseille, en passant par Lille et Lyon, des centaines de milliers de Français de tous horizons se sont rassemblés pour exprimer leur mécontentement face notamment au coût de la vie. Selon une analyse du Monde, cette mobilisation est partie d’une vidéo virale publiée sur TikTok par la page « V2 ». L’appel a ensuite repris des revendications du mouvement des gilets jaunes (2018), notamment le prix de l’essence et le coût de la vie.
« Il s’agit d’une mobilisation qui donne à voir un mécontentement général en France, en lien avec les conditions de vie », explique Valérie Becquet, sociologue et professeure à l’université CY Cergy Paris, jointe en France par Le Devoir.
Face à l’ampleur des manifestations lycéennes et de la réponse des forces de l’ordre, les manifestants se sont joints à la voix des jeunes, qui se mobilisent depuis la fin du mois de septembre pour dénoncer les pénuries d’enseignants, les classes surchargées et les bâtiments vétustes.
Selon les organisateurs, les manifestations de samedi ont rassemblé près de 800 000 personnes.
Une « convergence des luttes »
Les associations, les syndicats, les salariés, les fonctionnaires, les jeunes ou, encore, les retraités étaient appelés à descendre dans la rue samedi, aux côtés des lycéens.
Mme Becquet évoque ainsi une « convergence des luttes ». « Quel que soit l’âge ou la situation, les personnes partagent un certain nombre de revendications et d’inquiétudes, qui, là en l’occurrence, sont autour des conditions de vie et de la dégradation des conditions de travail ».
Pour l’autrice du livre Géopolitique de la jeunesse. Engagement et (dé) mobilisations, coécrit avec le sociologue Paolo Stuppia, « il y a un effet miroir avec le mouvement des gilets jaunes » dans les mobilisations des jeunes. Elle cite en exemple l’expression « gilets jeunes » largement relayée sur les réseaux sociaux.
Plusieurs appels avaient d’ailleurs été lancés pour bloquer des ronds-points ou des péages, comme cela avait été le cas lors des mobilisations historiques des gilets jaunes. Peu de blocages ont toutefois été constatés par les journalistes de l’Agence France-Presse, avec néanmoins des ronds-points occupés dans quelques villes de France.
Des débordements ?
En réaction au blocage des lycées, le gouvernement français a déployé un important dispositif de maintien de l’ordre, dont les méthodes ont suscité de vives critiques.
Le 9 octobre dernier, le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme a exprimé son « inquiétude » face aux « incidents » survenus en marge des manifestations, appelant à garantir le droit de manifester de façon pacifique et à veiller à un usage proportionné de la force.
Ces inquiétudes font écho à plusieurs « incidents » survenus ces dernières semaines. Le 5 octobre, un adolescent de 15 ans a eu la main arrachée par une grenade, tandis qu’un lycéen de 16 ans a perdu l’usage d’un œil lors d’un blocus, le 30 septembre.
Ce samedi, un nouvel incident s’est produit à Saint-Étienne, dans le sud de la France : un manifestant a eu la main arrachée par une grenade lancée par les forces de l’ordre, selon l’Agence France-Presse, qui cite une source proche du dossier.
Pour Valérie Becquet, les autorités françaises ont « traité le mouvement lycéen comme un mouvement d’émeute », ce qui a conduit à des interventions « immédiates ».
Si les mobilisations ont également donné lieu à plusieurs débordements de la part de certains jeunes, notamment des incendies de bâtiments et de poubelles, ces actes ne représentent pas « le cœur du mouvement », observe Mme Becquet.
Le gouvernement français mise sur un essoufflement
Le gouvernement français semble compter sur les vacances scolaires, qui ont débuté samedi pour une durée de deux semaines, pour que le mouvement lycéen s’essouffle.
Pour Mme Becquet, plus les politiciens espèrent un retour à la normale, plus les jeunes vont continuer leur mobilisation. « Beaucoup d’entre eux réfléchissent à comment ne pas essouffler [le mouvement] », explique la sociologue.
Si les jeunes seront peut-être moins présents dans la rue pendant les vacances, ils le seront toujours sur les réseaux sociaux, qui « prendront le relais ». Les plateformes jouent un rôle central dans les mobilisations des jeunes en France, permettant d’organiser les rassemblements, mais aussi de diffuser leurs messages à une plus grande audience.
Dans la foulée des contestations lycéennes, plusieurs organisations syndicales ont appelé, le 5 octobre dernier, les salariés des secteurs public et privé, les jeunes et les retraités à faire la grève et à manifester le 5 novembre.
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