«Le Sénat reste une institution surannée qui ne représente pas la population», Gabrielle Cathala (LFI)

Au lendemain des élections sénatoriales, les Insoumis se frayent pour la première fois un chemin jusqu’au palais du Luxembourg : une « victoire » pour Gabrielle Cathala. « Nous avons déjoué tous les pronostics », affirme la députée LFI du Val-d'Oise. Le scrutin a pourtant démontré l'incapacité de la gauche à conclure des accords, confirmé la percée « très inquiétante » du Rassemblement national « qui n'est pas une surprise ». L'élue déplore surtout le manque de représentation du Sénat. « Les Républicains, qui n'ont pas fait 5% à l'élection présidentielle, restent la principale force politique. »
Les Insoumis se frayent pour la première fois un chemin jusqu'au palais du Luxembourg : Gabriel Amard, soldat de la garde rapprochée de Jean-Luc Mélenchon, a été élu dans le Rhône. Comment va-t-il s'imposer ? En faisant équipe avec les Écologistes ?
Cette présence de mon collègue Gabriel Amard est déjà une victoire puisque nous avons déjoué tous les pronostics. Et nous avons un second sénateur apparenté qui, lui, siègera avec les Écolos. Là où il y a une incohérence des Écologistes, c'est que la présence de monsieur Amard au sein de leur groupe leur permettrait d'avoir un groupe supérieur avec davantage de sénateurs que le Rassemblement national, et de montrer leur bonne foi quand ils disent que c'est à cause de La France insoumise qu'il n'y a pas eu une union plus vaste pour les élections. Vous parliez juste avant des élections des sénateurs des Français de l'étranger, c'est bien en raison de l'attitude des Écologistes qui ont préféré faire des unions avec les socialistes à divers endroits du territoire, notre collègue n'a pas été élue à trois voix près, ce qui aurait permis à la gauche d'avoir une sénatrice supplémentaire. Et c'est d'autant plus incohérent de la part des Écologistes qu'ils ont perdu des sièges suite à leur défaite à Bordeaux et à Strasbourg notamment.
La France insoumise s'est aussi maintenue dans la Creuse, ce qui a fait perdre le PS à six voix. Ces fractures ne privent-elles pas aussi la gauche de plusieurs sièges ?
Vous parlez de la gauche, mais il me semble que, eu égard aux derniers votes des socialistes et à leur attitude – je vous renvoie à tous les propos qu'ils peuvent tenir sur la candidature de Jean-Luc Mélenchon, qui est la seule personne capable d'arriver au second tour de l'élection présidentielle et de la remporter –, vu l'ensemble de leurs propos et de leurs votes à l'Assemblée nationale, je pense qu'une alliance avec eux aurait été mal comprise par nos électeurs, à la différence d'une alliance avec les Écologistes.
Mais alors que 2027 se rapproche, est-ce que ce scrutin ne démontre pas aussi l'incapacité de cette opposition à conclure des accords ?
Je pense qu'il démontre, là encore, la mauvaise foi de Mme Tondelier et des Écologistes. Ils prétendent vouloir l'union, mais dans les faits, bien que nous ayons tendu la main à la fois pour les sénatoriales, ensuite pour la présidentielle et pour les législatives dans le cadre d'un accord global que nous avons appelé la Nouvelle alliance populaire, Mme Tondelier a démontré qu'elle ne souhaitait pas s'allier pour les sénatoriales. Et nous voyons le résultat aujourd'hui. Mais je pense que ce n'est pas le seul enseignement de ces élections sénatoriales : le premier enseignement, c'est quand même que le Sénat reste une institution surannée, qui ne représente pas du tout la population. Les Républicains, qui n'ont pas fait 5 % à l'élection présidentielle, qui n'ont pas fait 6 % aux législatives, restent la principale force politique du Sénat. On voit que l'extrême droite y entre et que certains veulent déjà faire alliance avec cette extrême droite, que ce soit les LR ou l'extrême centre – l'extrême droite qui était déjà plus ou moins présente lorsqu'on regarde les votes de M. Retailleau, par exemple, sur la loi immigration. Et le troisième enseignement, ça reste notre entrée au Sénat, que vous avez qualifiée de symbolique, mais qui a là aussi quand même déjoué tous les pronostics.
L'autre enseignement, si ce n'est le principal, c'est que le RN passe de 3 à 15 élus. Avec leurs alliés de l'UDR, le parti d'Éric Ciotti, il y aura un groupe pour la première fois. Ça vous inquiète ?
Effectivement, c'est très inquiétant. Mais ce n'est pas une surprise, puisqu'après les municipales, nous savions que l'extrême droite allait malheureusement remporter un certain nombre de sièges. Ce qu'il faut faire, c'est évidemment faire en sorte qu'il y ait un réel cordon sanitaire, cordon sanitaire qui est depuis très longtemps tombé à l'Assemblée nationale, puisque de nombreux textes sont votés main dans la main par Les Républicains, les Macronistes et le RN. Tous les textes sécuritaires notamment. Peut-être bientôt le budget, où Mme Le Pen a annoncé ne pas censurer M. Lecornu. Mais là, je m'étonne de certaines déclarations qui ont déjà pu être faites par certains sénateurs, qui appellent à gouverner dans une sorte d'alliance jusqu'à l'extrême droite au Sénat.
Comment La France insoumise compte répondre à cette progression du RN dans les territoires ?
La popularité de l'extrême droite, on y répond en démontrant son projet néfaste pour les classes populaires, en analysant ses votes, puisque là aussi, elle va prétendre défendre les plus modestes. On voit que l'extrême droite est toujours main dans la main avec le bloc central lorsqu'il s'agit de faire des cadeaux fiscaux aux plus riches, aux grandes entreprises, lorsqu'il s'agit de refuser de geler les loyers, d'augmenter le Smic, d'indexer les salaires sur l'inflation. Donc il faut faire de la pédagogie pour montrer l'arnaque sociale qu'est l'extrême droite, aussi rappeler sa violence. Là, on en a un nouvel exemple avec les sénateurs qui ont été élus, qui sont présentés comme des « brebis galeuses », mais on retrouve des personnes historiquement condamnées pour violence, on retrouve des anti-IVG, on retrouve des nostalgiques de l'Algérie française, on retrouve des propos négationnistes. C'est toujours les mêmes profils. Et ensuite, il faut s'appuyer aussi sur la faiblesse de l'extrême droite, c'est-à-dire son absence de soutien au sein de la société parmi les artistes, les intellectuels, les économistes, déjouer finalement et démontrer tout ce qu'elle peut avoir d'imprécis. Finalement, ça revient à ce que je disais juste avant : montrer que l'extrême droite, c'est une arnaque sociale et que c'est un projet politique qui ferait sombrer le pays dans le chaos.
J'aimerais, Gabrielle Cathala, revenir aussi sur cette France en crise. On parle du prix du litre d'essence qui pourrait bientôt frôler les 3 euros, certains parlent d'un mouvement social de grande ampleur à venir. Cette exaspération des Français, selon vous, elle doit s'exprimer dans les rues maintenant ?
Évidemment, elle s'exprimera d'abord demain avec la grève massive des fonctionnaires, dont le point d'indice est gelé depuis des années, dont les salaires stagnent, dont les conditions de travail se détériorent. Et là aussi, cette situation sociale montre une alliance extrême droite-Macronistes. Si vous prenez par exemple les prix des carburants, qui sont une des revendications centrales, puisque le prix au litre du gazole dépasse les 2,40 euros, nous, nous proposons le blocage des prix qui ferait peser le coût de ces augmentations sur les grandes entreprises et de bloquer les prix à 1,70 euro, qui est une possibilité qu'offre le Code de commerce par simple décret et qui a déjà été utilisée, notamment pendant la guerre du Golfe. Là, que ce soit Sébastien Lecornu, Emmanuel Macron ou Madame Le Pen, ils refusent cette proposition extrêmement saine pourtant, appliquée en Corée du Sud, en Croatie et dans d'autres pays, et qui a démontré qu'elle permettait de soutenir le pouvoir d'achat de nos concitoyens.
Mais si vous voulez bloquer les prix, comment vous financez ces mesures ?
Il n'y a pas de financement puisque ce serait faire peser le blocage sur les grandes entreprises. Aujourd'hui, c'est Total qui réalise des superprofits. L'industrie pétrolière française a réalisé un superprofit de plus de 8 milliards d'euros depuis mars. Total a spéculé sur la guerre. Nous avons eu la confirmation ce matin que les dividendes perçus par les actionnaires vont augmenter de 5% par an jusqu'à 2030, rien que pour Total. Et donc il faut à la fois taxer les superprofits, ce qui nous permettrait de ramener 20 milliards d'euros dans les caisses, et bloquer les prix, parce que Total nous enfume avec son blocage à 1,99 euro, qui est uniquement fait pour attirer des clients dans ses propres stations. C'est une dynamique uniquement concurrentielle, mais ce n'est à aucun moment pour faire des cadeaux de pouvoir d'achat. Donc bloquer à 1,70 euro, ça ne coûterait strictement rien à l'État, puisque ce serait complètement à la charge des entreprises.
C'est la fin de cette visite du pape en France, où il a précisé que ce qui était légal n'était pas forcément moral. Ce matin, le Planning familial alerte justement sur un accès à l'IVG de plus en plus difficile. Qu'est-ce que vous en pensez ?
Je préférerais que de l'argent public soit dépensé pour que les associations puissent faire leur travail auprès des femmes qui doivent, qui peuvent et qui réclament d'avoir recours à l'IVG, plutôt que l'argent public soit dépensé pour des cérémonies religieuses qui ne regardent pas l'État. On a 80% des associations qui disent être en difficulté pour aider les femmes qui demandent à avoir recours à l'IVG. Je vois que, bien que ce droit soit inscrit dans la Constitution, il n'est toujours pas effectif.
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