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Monday, August 31, 2026

Budget de l’enseignement (2/3) : nos profs font-ils grimper nos dépenses en travaillant moins qu’ailleurs ?

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Non seulement, les professeurs sont plus nombreux, par rapport au nombre d’élèves, que dans d’autres pays (nous l’avons vu dans le volet précédent de notre focus), mais en plus, ils passent moins d’heures à enseigner. C’est l’autre élément mis en avant dans son rapport par le Fonds monétaire international (FMI) pour expliquer le poids de la masse salariale des enseignants, et donc le coût de notre enseignement.

Selon le FMI "dans les deux communautés francophones et flamandes, le temps d’enseignement statutaire des enseignants est significativement plus bas que dans les autres pays de comparaison (la France, l’Allemagne et les Pays-Bas, ndlr)." Toujours selon le FMI, le temps passé devant les élèves en Belgique représente entre 72% et 98% du temps d’enseignement observé dans ces autres pays. Mais il précise que ce temps est plus élevé en communauté française qu’en communauté flamande. Et il se base sur des chiffres de 2021.

Les données présentées ci-dessous portent sur 2023, et distinguent Fédération Wallonie-Bruxelles et Flandre. Elles montrent que les enseignants belges francophones prestent en "face classe" un nombre d’heures similaires à la Flandre (légèrement plus), à l’Allemagne et à la moyenne des pays de l’Union européenne, tous niveaux confondus. Ils donnent par contre moins d’heures de cours qu’en France et qu’aux Pays-Bas (de 10 à 25% d’heures en moins, selon les niveaux, 15% en moins dans le secondaire supérieur), et que par rapport à la moyenne des pays de l’OCDE.

En Fédération Wallonie-Bruxelles, les profs prestent officiellement 24 périodes de 50 minutes face classe en primaire, 22 dans le secondaire inférieur et 20 dans le secondaire supérieur, où cela sera donc augmenté à la rentrée prochaine de deux périodes.

Travail de l’ombre

Quel que soit le niveau, il faut évidemment ajouter à ces heures d’enseignement le nombre d’heures passées à travailler hors classe, à préparer les cours, corriger les copies, collaborer avec les collègues, communiquer avec les parents, rassurer les élèves, assumer les tâches administratives etc.

Actuellement, c’est donc le temps de travail des professeurs du secondaire supérieur qui se retrouve au centre des débats. Aucune étude n’objective leurs heures de travail hors classe.

"Pour moi, deux fois 50 minutes 'face classe', ça représente environ cinq heures de travail au total", déclarait Yannick, professeur de sciences dans l’enseignement qualifiant et général dans Les Clés en juin, en réaction aux mesures d’économie annoncées.

Ce temps de travail invisible a, par contre, été estimé pour les primaires et pour le premier degré du secondaire au sein d’une étude dirigée par l’OCDE (TALIS 2024), et réalisée en Belgique francophone par l’ULiège. La répartition des tâches pour le premier degré du secondaire se retrouve dans le graphique ci-dessus.

Quant aux nombres d’heures prestées, "une fois les données nettoyées, la moyenne des heures de travail hors classe serait de 19,2 heures par semaine pour les enseignants du 1er degré du secondaire travaillant à temps plein (pour 22 périodes de cours de 50 minutes, ndlr), et de 20,3 heures en primaire (pour 24 périodes de cours de 50 minutes, ndlr)", explique Valérie Quittre, coordinatrice de l’étude.

La moyenne est encore sous-estimée.

Valérie Quittre, chercheuse à la Faculté des Sciences de l’éducation de l’Uliège.

Ce qui positionne les enseignants francophones tout en bas du classement de l’OCDE. Ils travaillent moins d’heures que les autres, que l’on inclue tous les pays de l’organisation, ou uniquement les pays européens comme nous l’avons fait ici. On retrouve également en bas de classement leurs collègues français, danois ou finlandais.

Les données du premier degré du secondaire ne sont pas transposables telles quelles au secondaire supérieur, insiste la chercheuse au Service d’analyse des Systèmes et des Pratiques d’enseignement de la Faculté des Sciences de l’éducation de l’Uliège.

Par ailleurs, "comme toute étude, celle-ci a ses limites", précise-t-elle encore : les professeurs interrogés n’étaient amenés à répondre que concernant leur travail dans une seule école. Or, nombreux sont ceux qui donnent cours dans plusieurs établissements différents (27% des enseignants dans le premier degré du secondaire), ce qui démultiplie évidemment le travail. "La moyenne est donc encore sous-estimée." Notons par ailleurs que l’étude se base sur les déclarations des enseignants, amenés à estimer leur temps de travail a posteriori. Il ne s’agit pas d’un chronométrage.

Avec la préparation, les corrections, les délibés, le travail collectif dans l’école, l’organisation de voyages scolaires, etc. Ça ne me paraît pas possible

Magali Verdonck, docteure en économie, chercheuse spécialisée en finances publiques (ULB)

Magali Verdonck, docteure en économie, chercheuse spécialisée en finances publiques et en évaluation des politiques publiques à l’ULB (Dulbea), est sceptique. "19 heures de travail hors classe, cela voudrait dire que les enseignants travailleraient moins d’une heure hors classe pour donner une heure de cours face classe ? Avec la préparation, les corrections, les délibés, le travail collectif dans l’école, l’organisation de voyages scolaires, etc. Ça ne me paraît pas possible." D’autant, insiste-t-elle, que les professeurs francophones ne recourent pas aux manuels, comme cela se fait en Flandre. Ils doivent préparer eux-mêmes tous leurs cours. 

"Nous n’avons pas été entendus"

Magali Verdonck (ULB) fait partie du comité d’experts mandatés par le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour se pencher sur le budget de l’entité. Ces experts ont alerté sur le risque d’emballement de la dette de la Fédération. Et ils ont émis ils ont suggéré une série de pistes à explorer, destinées à faire des économies, dont celles de faire passer les professeurs du secondaire supérieur de 20 à 22 périodes par semaine. "Avec le comité, on avait dit ‘allons voir dans les pays voisins ce qui fait la différence en ce qui concerne les heures 'face classe’. Et on avait aussi dit qu’il faudrait vérifier ce qu’il en était du travail hors classe. Mais nous n’avons pas été entendus. Et les mesures ont été appliquées sans analyse préalable."

Côté flamand, une étude a été menée par la VUB en 2018, à la demande de l'ancienne ministre de l’Education, Hilde Crevits. 9600 professeurs ont tenu un journal et consigné leurs activités, tant pendant l’année scolaire que pendant les vacances. Résultats : le temps de travail total (en classe et hors classe), pour un professeur à temps plein, atteint 49h30 par semaine en primaire, et 47h59 en secondaire. Durant les vacances, les professeurs travaillent 16h30 par semaine en primaire, et 19h01 en secondaire. Cette étude non plus n’est pas transposable chez nous, mais c’est un autre indicateur.

À l’image du manque de données concernant l’impact financier de l’organisation de notre enseignement en différents réseaux, les chiffres qui permettraient une véritable objectivation du temps de travail des enseignants sont manifestement inexistants ou incomplets. Il en existe d’autres, qui permettent d’évaluer les performances du système éducatif francophone. C’est sur ceux-là que nous nous pencherons dans le 3e volet de notre focus sur le budget de l’enseignement, puisque l’on reproche justement à ce système de coûter trop cher au regard de ses résultats.

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