Israël : pas de majorité en vue, les partis arabes en faiseurs de rois

Aucune majorité ne se dessine mercredi en Israël après le dépouillement des trois quarts des suffrages exprimés lors des législatives, avec une spectaculaire poussée des partis arabes, qui s'imposent de plus en plus comme des faiseurs de rois.
Avec 77,6 % des bulletins comptabilisés, le Likoud (droite) de M. Nétanyahou et ses alliés ont une courte avance sur le bloc principal de l'opposition emmené par le centriste Gadi Eisenkot, avec un nombre de sièges estimé à 54 contre 49. C'est moins que les 61 nécessaires pour obtenir une majorité au Parlement.
En revanche, les deux listes majoritairement arabes israéliennes, Raam (Liste arabe unie, islamiste modéré) et la Liste unifiée (extrême gauche), semblent en passe de rafler environ 17 sièges, un record.
Le chef de la Liste unifiée, Youssef Jabareen, a appelé à conclure un véritable partenariat judéo-arabe
pour écarter M. Nétanyahou, 77 ans, dont 19 à la tête du gouvernement, une longévité inégalée en Israël.
Ces résultats partiels sont susceptibles de changer au fur et à mesure du dépouillement. Plusieurs sondages à la sortie des urnes publiés mardi mettaient les deux principaux camps au coude-à-coude.

Israël a tenu ses premières élections législatives depuis le 7 octobre 2023. (Photo d'archives)
Photo : Reuters / Ronen Zvulun
L'issue du scrutin est observée au-delà des frontières d'Israël, pays qui fait face à des critiques croissantes sur la conduite de sa guerre dévastatrice à Gaza et l'explosion de violences en Cisjordanie occupée.
Elle pourrait aussi avoir un impact sur la suite du conflit au Moyen-Orient, M. Nétanyahou ayant multiplié les menaces d'une nouvelle campagne militaire contre l'Iran ces derniers jours.
Pour l'heure, malgré une mobilisation au plus haut niveau depuis plus d'un quart de siècle lors de ce premier scrutin depuis les attaques sans précédent par le Hamas le 7 octobre 2023, les résultats partiels et les estimations des principaux médias dessinent un paysage fracturé.
Sarah Confino, une retraitée de 78 ans habitant à Tel-Aviv, se dit très déçue
, car elle espérait une victoire décisive de Gadi Eisenkot
. Un peu plus loin, Ben Tzion Vayolid, qui travaille dans la métallurgie et soutient le gouvernement sortant, qui, selon lui se préoccupe vraiment du peuple d'Israël
, qualifie de très positifs
les résultats initiaux.
Paysage transformé
L'incapacité apparente des deux camps, à ce stade, à réunir un minimum de 61 députés augure d'intenses tractations dans les semaines à venir.
Dans ce contexte, l'attention se porte sur d'éventuels signes d'alliance entre le bloc de M. Eisenkot et les partis arabes, deux forces farouchement hostiles à M. Nétanyahou qui, ensemble, pourraient former une majorité.

Une publicité pour une chaîne de télévision israélienne met en scène le premier ministre Benyamin Nétanyahou et l'ancien chef d'état-major Gadi Eisenkot, dirigeant du parti Yashar, à l'approche des élections législatives, à Tel-Aviv, le 21 octobre 2026. (Photo d'archives)
Photo : Reuters / Ammar Awad
Toutefois, un tel partenariat est loin d'être évident, dans un pays où la minorité arabe, 20 % de la population, est fortement discriminée et où l'idée de travailler avec ses représentants est inacceptable pour une partie de la majorité juive.
La participation arabe a augmenté de façon vraiment spectaculaire, au point de transformer le paysage
politique, déclare à l'Agence France-Presse Gideon Rahat, politologue à l'Université hébraïque de Jérusalem.
Mais les événements du 7 octobre 2023 ont généré beaucoup de suspicion et beaucoup de peur
au sein de la majorité juive envers la minorité arabe, ajoute-t-il.
Le chef de la gauche, Yaïr Golan, membre du bloc emmené par Gadi Eisenkot, a été le seul à ce stade à appeler de ses vœux une telle alliance.
Nous ne devons plus accepter la division raciste de Nétanyahou entre les voix juives et les voix arabes
, a-t-il écrit mercredi sur X.
Nous avons une responsabilité. Et nous avons l'occasion de former un gouvernement de changement en partenariat avec les citoyens arabes d'Israël.
Risque de nouvelles élections
Sans une telle alliance, la situation a pour l'instant des airs d'impasse, souligne Ilana Shpaizman, maîtresse de conférences en sciences politiques à l'université de Bar-Ilan.
Nétanyahou n'a aucun moyen de former un gouvernement
avec ses alliés actuels, et le bloc de M. Eisenkot devra soit former un gouvernement avec les partis arabes, soit établir un gouvernement minoritaire
, deux options jusque-là rejetées par le camp de l'opposition, dit-elle.
Les résultats définitifs sont attendus d'ici vendredi matin. Le président Isaac Herzog recevra ensuite les chefs des différents partis avant de désigner l'un d'eux pour tenter de former une coalition gouvernementale.
Si l'absence de majorité se confirme et que la paralysie s'installe, cette situation profiterait dans l'immédiat à M. Nétanyahou, qui restera premier ministre par intérim jusqu'à la formation du prochain gouvernement.
En cas d'impossibilité de sortir de l'impasse, de nouvelles élections seront organisées, comme cela a été plusieurs fois le cas dans l'histoire d'Israël.
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