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Saturday, November 7, 2026

Guerre culturelle

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Presque un an s’est écoulé depuis que Paul St-Pierre Plamondon a publié sa dorénavant fameuse diatribe accusant les porte-parole du milieu culturel québécois de « vacuité intellectuelle » et d’« aplaventrisme » après qu’ils eurent salué la nomination de Marc Miller comme ministre fédéral de l’Identité et de la Culture canadiennes.

Le chef du Parti québécois essaie depuis de réparer les pots cassés auprès d’une clientèle qui avait été auparavant au cœur du projet souverainiste. La nomination de Pascal Bérubé, le plus expérimenté des députés péquistes, comme ministre de la Culture dans son tout nouveau gouvernement ne serait pas étrangère à l’objectif de rallier les artistes québécois une autre fois à la cause.

« Si j’avais à résumer en une seule phrase mon programme et mon attitude, c’est que je vais beaucoup aimer les artistes, et ça va paraître dans toutes mes actions », a d’ailleurs lancé M. Bérubé la semaine dernière lors d’une rencontre avec la présidente de l’Union des artistes, Tania Kontoyanni. « Je vais les associer aux luttes qu’on devra faire. »

Quelles luttes ? Certes, il y a la bataille contre les géants numériques américains, auxquels Québec veut imposer des quotas de contenu francophone et l’obligation de contribuer financièrement aux productions locales. À la veille du Gala de l’Adisq, qui aura lieu dimanche soir, M. Bérubé s’est aussi engagé à travailler pour que les Québécois écoutent davantage de musique en français. Le récent rapport du Commissaire à la langue française, qui a révélé que le Québec est le marché non anglophone où on écoute le moins de musique dans sa langue nationale, souligne l’immensité du défi.

Les efforts du nouveau gouvernement péquiste pour courtiser le milieu artistique feront toutefois face à des limites importantes en raison des contraintes budgétaires. Québec ne dispose simplement pas des mêmes ressources qu’Ottawa. Et tout indique que l’arrivée d’un gouvernement péquiste à Québec pousse le fédéral à se prévaloir de son pouvoir de dépenser pour contrer la menace souverainiste.

Le budget qu’a déposé jeudi le ministre fédéral des Finances, François-Philippe Champagne, quadruple les investissements dans la culture par rapport à 2025. Ce sont environ 4 milliards de dollars qu’Ottawa prévoit investir au cours des prochaines années pour promouvoir la souveraineté culturelle canadienne. « Car la souveraineté, c’est bâtir un pays où la culture canadienne s’épanouit, où les Canadiens se reconnaissent dans leurs histoires, leur musique, leurs chansons et leurs films, et où nous sommes unis, tant sur le plan culturel que géographique, pour bâtir un Canada fort », y lit-on.

Ottawa alloue ainsi 783 millions de dollars sur cinq ans pour soutenir les musées nationaux afin qu’ils puissent « rénover et moderniser leurs installations vieillissantes, protéger des collections d’intérêt national et maintenir l’offre des expositions, de spectacles et des services qui mettent les Canadiens en contact avec l’histoire et la culture d’ici ». Le budget propose de rendre permanente la gratuité de l’entrée aux musées pour les moins de 25 ans. Il consacre aussi 76 millions de dollars au renouvellement du laissez-passer Un Canada fort, qui offre un accès gratuit ou à tarif réduit aux parcs nationaux, aux musées et aux voyages en train.

Quant à CBC/Radio-Canada, le diffuseur public se voit octroyer 300 millions de dollars de plus sur deux ans, ce qui hausse ainsi sa subvention fédérale annuelle à plus de 1,5 milliard de dollars en moyenne. Les fonds additionnels aideront CBC/Radio-Canada à couvrir les coûts de sa participation à l’Eurovision, projet fétiche du premier ministre Mark Carney, qui souhaite rapprocher les Canadiens et les Européens par l’entremise du concours de chanson le plus populaire de la planète.

Toujours selon le budget, Ottawa consacrera 325 millions de dollars à la création d’un Fonds Canada 160, « une initiative phare des célébrations du 160e anniversaire de la Confédération » en 2027. Il s’agit d’une occasion « de mettre de l’avant les récits, les lieux, les expériences qui renforcent le sentiment d’appartenance et de fierté nationale », lit-on dans le document.

Toutefois, le budget ne fournit pas de détails sur les 600 millions de dollars qu’Ottawa promet aux secteurs de l’audio et de l’audiovisuel en guise de remplacement du financement après l’annulation par le gouvernement Carney de la taxe sur les services numériques et l’abandon des règles visant à forcer des plateformes étrangères à soutenir les créateurs d’ici. Or, le milieu artistique insiste sur l’urgence de toucher ces sommes alors que la survie des productions originales en langue française est en jeu. Devra-t-il encore s’aplaventrir devant M. Miller pour voir la couleur de cet argent ?

Le livre bleu sur l’indépendance du Québec qu’a publié le PQ plus tôt cette année fait état de la mise en place, dans la foulée du référendum de 1995 et par le gouvernement fédéral, « d’un véritable plan visant à conquérir le monde artistique québécois et à l’asservir par la puissance de l’argent ». À la lecture du budget dévoilé jeudi, les péquistes pourraient se demander si l’histoire ne serait pas en train de se répéter.

Le livre bleu fait miroiter un avenir glorieux où un Québec indépendant rapatriera l’ensemble des budgets et des compétences en matière de culture et de communications. Où les centaines de millions de dollars auxquels les contribuables québécois contribuent chaque année pour garnir les budgets de Patrimoine Canada et de CBC/Radio-Canada seront réinvestis directement dans les institutions du Québec, comme la SODEC, le Conseil des arts et des lettres du Québec et Télé-Québec. Où cette dernière deviendra un diffuseur public « solidement enraciné dans la réalité québécoise, à l’abri des pressions politiques et institutionnelles, de même que des dérives idéologiques de quelque nature qu’elles soient, comme celles dont nous avons été témoins au courant des dernières années ».

Or, en attendant le grand jour, MM. St-Pierre Plamondon et Bérubé ont beau promettre beaucoup d’amour aux artistes québécois, ils ne pourront jamais concurrencer Ottawa sur le plan financier. Le budget en fournit la preuve.

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