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Monday, September 7, 2026

Deux fils de l’ex-président du Yémen jugés en France dans une affaire de «biens mal acquis» présumés

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Le procès d’Ahmed et Khaled Saleh, fils de l’ancien président du Yémen Ali Abdallah Saleh, s’ouvre ce lundi 7 septembre devant le tribunal correctionnel de Paris. Poursuivis pour blanchiment de détournement de fonds publics et de corruption en bande organisée, ils sont accusés d'avoir acquis des biens immobiliers de luxe à Paris pour un montant total de 16 millions d’euros, issus de la captation massive d’argent public dans leur pays. Ce qu’ils contestent. 

Renversé en 2012 puis assassiné cinq ans plus tard par des rebelles houthis, l’ex-président Ali Abdallah Saleh est soupçonné d’avoir massivement pillé les ressources de son pays durant les 33 années qu’il a passées au pouvoir (1978-2012) et d’avoir fait profiter ses proches de cette manne indue. Notamment son fils aîné, Ahmed Saleh, actuellement âgé de 54 ans, et son troisième fils, Khaled, 39 ans, aujourd’hui poursuivis. 

C’est en mars 2019 que le Parquet national financier (PNF) ouvre une enquête à la suite d’une demande d’entraide de la justice suisse qui s’intéresse à des mouvements de fonds suspects sur des comptes au nom d’Ahmed Saleh, transférés du Yémen vers Genève via Paris.  

Trois ensembles immobiliers de luxe au cœur des poursuites 

D’après sa note de synthèse aux fins de poursuites datée de mai 2025, les soupçons de « biens mal acquis » portent sur l’acquisition de trois ensembles immobiliers situés dans les huppés VIIIe et XVIe arrondissements de Paris, à proximité de l’Arc-de-Triomphe et des Champs-Élysées.

La première transaction concerne plusieurs appartements au sein d’un immeuble de la rue Galilée, achetés 7 millions d’euros en 2005 ; la seconde, un appartement rue de Tilsitt payé 6,5 millions d’euros en 2010 ; la troisième concerne une participation de 2,5 millions d’euros dans l’acquisition, en 2011, de deux hôtels particuliers avenue d’Iéna. Plusieurs de ces biens ont été saisis par la justice.  

Les investigations confiées à l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales (OCLCIFF) ont notamment permis d’identifier plusieurs comptes parisiens appartenant à Ahmed Saleh, dont l’un a été alimenté depuis le Yémen de plus de 26 millions d’euros entre 2009 et 2011, qui auraient contribué à financer les biens suspects. 

Le « régime kleptocrate » de Saleh soupçonné d’avoir détourné des dizaines de milliards de dollars 

Selon le PNF, l’origine frauduleuse de ces fonds est établie, car elle est « inextricablement liée au régime kleptocrate instauré par Ali Abdallah Saleh ». Cette analyse des magistrats repose en grande partie sur les investigations et les rapports du Groupe d’experts sur le Yémen désigné par le Conseil de sécurité des Nations unies. Le premier, en date de février 2015, pointe que l’ex-président « est soupçonné d’avoir amassé, pendant ses années au pouvoir, entre 32 et 60 milliards de dollars, dont la majeure partie aurait été transférée à l’étranger (…) dans 20 pays différents au moins ». 

Les experts onusiens détaillent plusieurs modes de captation des ressources du pays qu’aurait mis en place l’ex-président avec ses proches et alliés politiques. La redistribution de biens fonciers précédemment nationalisés ; des commissions prises systématiquement dans le cadre de contrats de vente d’armes, de gaz et de pétrole : un officiel du gouvernement yéménite de haut rang témoignait notamment en 2015 que « les compagnies pétrolières opérant dans le pays reversaient 20 % de commission à Ali Abdallah Saleh ».  

Des sommes considérables auraient aussi été détournées des services publics, « soit par l’existence de services fantômes », c’est-à-dire des allocations de fonds à l’armée, l’éducation, la santé n’aboutissant à aucune réalisation concrète ; « soit par le gonflement des coûts de projet, afin que des commissions puissent être dégagées, notamment dans le domaine des travaux publics, 16 % était reversé au régime. »  

Le rôle présumé des fils de l’ex-président dans un système de blanchiment 

Dans leurs rapports annuels suivants, publiés de 2016 à 2018, les experts s’intéressaient aux filières de blanchiment présumées, notamment via l’acquisition de biens immobiliers en France via deux sociétés « pour lesquelles le groupe d’experts disposait de la preuve qu’Ahmed Saleh en était le principal actionnaire ». Ils pointaient également le « rôle déterminant » endossé par le cadet Khaled Saleh, à compter du gel des avoirs par l’ONU d’Ali Abdallah Saleh en 2014 puis d’Ahmed Saleh en 2015.

Pour le PNF, Ahmed Saleh, ancien commandant de la Garde républicaine, tenait « un rôle central au sein du régime instauré par son père », auquel il « avait d’ailleurs vocation initiale à succéder », « ce qui le mettait nécessairement au cœur de cette oligarchie fonctionnant sous forme de family business ». Impliqué personnellement dans des actes de corruption, soulignent les magistrats, l’homme, nommé ambassadeur aux Émirats arabes unis après le soulèvement de 2012, aurait également joué « un rôle central dans le circuit de blanchiment mis en place en France ». 

Son cadet Khaled Saleh, lui aussi ex-membre de la Garde républicaine reconverti ensuite dans les affaires, est d’abord décrit par le parquet comme « bailleur de fonds agissant pour le compte ou sur ordre de son frère et de son père », avant que son rôle devienne « davantage central après l’inscription sur la liste de sanctions de l’ONU de son père et de son frère ». Les sanctions visant Ahmed Saleh (et son défunt père) seront finalement levées par le Conseil de sécurité à l’été 2024. 

L’origine illicite des fonds contestée par les prévenus et leurs avocats

Au cours de l’instruction, tous deux ont rejeté le travail des experts onusiens sur l’origine de la fortune familiale, Ahmed Saleh dénonçant des « propos provocateurs et mensongers », calqués sur « le discours de l’opposition politique ». Selon lui, les quelque 26 millions d’euros transférés en France proviendraient de « cadeaux » offerts par des chefs d’État étrangers, ce qu’il ne pourrait cependant prouver, les preuves ayant été détruites à cause de la guerre.  

Leurs avocats, Pierre-Olivier Sur et Clara Gérard Rodriguez, précisent à RFI que les deux hommes ne contestent pas être propriétaires des biens ciblés dans la procédure, mais se disent innocents des faits qui leur sont reprochés puisqu’ils démentent catégoriquement l’origine frauduleuse des fonds.  

« Dans cette affaire complexe, les poursuites sont fragiles. D’abord parce que le caractère prétendument illicite des fonds reçus par le père de nos clients résulte seulement d'allégations vagues et générales rapportées en sources ouvertes, sans aucun élément matériel pour les corroborer. Ensuite parce que le remploi des dites sommes, via l'acquisition de biens immobiliers par nos clients en France, a été effectué en totale transparence et légalité », soulignent-ils.  

Les avocats auraient d’ailleurs souhaité que les deux frères, qui résident aux Émirats arabes unis, apportent eux-mêmes leurs réponses au tribunal. Mais la situation sécuritaire actuelle au Moyen-Orient et les nombreuses annulations de vols ont empêché les conseils d’aller à la rencontre de leurs clients, « et font également obstacle à leur présence à l’audience », indiquent-ils.  

À noter que deux autres prévenus sont également poursuivis : un homme d’affaires yéménite proche de la famille Saleh, accusé d’avoir participé à la gestion de leurs avoirs, ainsi que la gérante d’une société patrimoniale créée par ce dernier. Le procès doit se tenir jusqu’au 14 septembre.

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