À Limoilou, une mère congolaise et son fils sont au bord de l’expulsion
Les portes se referment et il minuit moins une pour une mère et son fils en instance de renvoi vers le Congo-Brazzaville, un pays où ils disent craindre pour leur vie. Pour soutenir les principaux intéressés, une communauté de parents de l’école de Limoilou, que fréquentait le garçon de 7 ans, multiplie les manifestations et implore les ministres responsables de stopper cette expulsion qui aura lieu samedi.
« Le sursis est encore possible », soutient Émilie Bevan, une maman qui fait partie de la communauté de l’école. « On sait que la ministre de l’Immigration et celui de la Sécurité publique sont au fait du dossier. On est à moins de 24 heures du renvoi… J’ai encore espoir. »
Le 15 septembre dernier, Le Devoir avait rapporté l’histoire de cette mère de famille congolaise qui, après la disparition de son mari qui était un proche collaborateur d’un ministre, avait fui pour le Canada. La demande d’asile qu’elle a déposée en 2023 pour elle et son fils a été rejetée en première instance et en appel. La famille a eu le soutien de toute une communauté autour de l’école Saint-Fidèle à Limoilou, qui ont organisé plusieurs mobilisations ayant attiré de nombreux médias.
« Je ne dors pas la nuit, j’ai des maux de tête », a confié Angélique, qui demeure anonyme pour des raisons de sécurité.
« Mon fils compte les jours, il n’arrive pas à y croire. C’est troublant. » Le garçon de 2e année du primaire aurait demandé à ses amis de lui faire leurs adieux dans une partie de soccer après l’école.
Une dernière grande porte vient de se refermer pour cette famille, alors que la Cour fédérale a rejeté sa demande de report de renvoi jeudi, le juge ayant notamment estimé que la preuve n’avait pas été faite que la vie de cette mère et de son fils était menacée s’ils retournaient au Congo-Brazzaville.
Au-delà des raisons du rejet, Angélique, qui travaille dans l’entretien ménager dans un hôpital, déplore surtout la manière de traiter des cas de renvoi comme le sien, qui arrive trop vite et en pleine année scolaire.
« La moindre des choses c’est que les personnes se préparent. On nous renvoie comme ça, en si peu de temps », dit-elle. Elle n’a été informée qu’environ un mois à l’avance de la date de son renvoi le 26 septembre. « C’est difficile à digérer sachant qu’on avait toute une communauté avec nous. »
Émilie Bevan aimerait qu’un moratoire puisse être imposé sur les renvois vers le Congo-Brazzaville, un pays limitrophe de la République démocratique du Congo (RDC), où aucune déportation n’est effectuée en raison de l’épidémie d’Ebola. « On ne renvoie pas les gens vers Kinshasa [en RDC], mais on les renvoie à Brazzaville qui est de l’autre côté du fleuve. C’est l’équivalent de Québec-Lévis ! C’est difficile pour nous de s’expliquer ça. »
Accélération des renvois
Gabrielle Thiboutot, coprésidente de l’Association québécoise des avocats et avocates en immigration, note une nette tendance du gouvernement fédéral à accélérer les renvois. « Pour les dossiers de renvoi procédural, ils sont beaucoup plus rapides qu’avant, surtout pour aller chercher les “low hanging fruits”, c’est-à-dire les déportations qui sont faciles à faire », souligne-t-elle.
Une personne ayant un passeport expiré a plus de chance de ne pas être expulsée rapidement, car il faudra redemander des documents de voyage, ce qui implique des démarches souvent longues et complexes avec le pays d’origine, précise-t-elle.
L’avocate souligne par ailleurs que les décisions d’imposer des moratoires sur les renvois dans des pays sont l’entière prérogative du gouvernement.
Cela n’empêche pas qu’elle doit faire face de plus en plus à des situations difficiles quelles qu’elles soient. « C’est complètement une nouvelle ère en immigration. Je dirais qu’être avocate dans ce domaine, ce n’est pas facile, tant sur le plan juridique que sur le plan humain. »
Le ministre de la Sécurité publique, Gary Anandasangaree, ne commente pas les cas spécifiques, indique son cabinet. Du côté de la ministre de l’Immigration, Lena Metlege Diab, on répond que la décision de renvoi survient une fois tous les recours épuisés et « n’est pas prise à la légère ». Les interventions ministérielles sont très rares, a ajouté son cabinet. Concernant Ebola, le ministère de l’Immigration suit l’évolution de la situation dans la région et « adaptera sa réponse au besoin ».
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