Avec déjà 100 millions de plus dans les caisses de l’Etat, et si on diminuait les accises sur le carburant ? Voici de combien pourraient diminuer l’essence et le diesel !


Journaliste à la Rédaction générale, éditorialiste
Suivre Sudinfo sur GoogleCe mercredi, le prix du diesel va atteindre un nouveau sommet, à 2,468 euros, soit pas loin des 2,489 euros atteints le 9 avril dernier. En cause, la situation au Moyen-Orient, comme nous l’évoquions ce mardi matin, et un prix du baril de pétrole qui reste haut, même s’il a légèrement baissé. Il est toujours largement au-dessus des 100 dollars pour le Brent.
Par Benoit Jacquemart Journaliste à la Rédaction générale, éditorialisteConnaissiez-vous le détroit de Bab el-Mandeb. Sauf si vous êtes un habitué de la mer Rouge et du golfe d’Aden, il y a peu de chance que ce nom vous soit familier. Avec le désormais célèbre détroit d’Ormuz, dans le golfe Persique, le détroit de Bab el-Mandeb est la nouvelle épine dans le commerce mondial de pétrole. Situé à l’ouest du Yémen, il contrôle l’entrée et la sortie du pétrole en mer Rouge.
Problème : depuis vendredi 11 septembre, cet endroit est contrôlé par les Houthis. Et par ce détroit, les Saoudiens font passer leur pétrole empêché d’emprunter le détroit d’Ormuz. Un immense oléoduc transporte le pétrole de l’est de l’Arabie saoudite vers l’ouest et la mer Rouge. De là, le pétrole peut être acheminé vers l’Europe, via le canal de Suez, ou vers l’Asie, via le détroit de Bab el-Mandeb. Les Houthis sont une organisation politique et militaire islamiste proche de l’Iran. Et vendredi, pour enfoncer le clou contre le pétrole saoudien, l’oléoduc était attaqué depuis l’Irak.

Approvisionnement assuré
« C’est un problème qui s’ajoute à celui d’Ormuz », commente Jean-Benoît Schrans, porte-parole d’Energia (anciennement fédération pétrolière belge). « Ça va ajouter une couche en plus. » Cependant, tempère M. Schrans, « le pétrole consommé en Belgique vient seulement à 3 % du Moyen Orient. Nous sommes à l’abri des problèmes d’approvisionnement. »
Le pétrole consommé chez nous vient en priorité d’Europe (Grande-Bretagne, Norvège, Kazakhstan…), en partie des États-Unis, d’Afrique… De plus, comme nous l’avons déjà expliqué, la Belgique produit largement plus d’essence, de mazout ou de kérosène qu’elle en consomme elle-même. « En 2025, selon les chiffres transmis par M. Schrans, la Belgique a produit 13,6 millions de tonnes de diesel et de mazout de chauffage, pour une consommation de 8,3 millions de tonnes. Nos raffineries ont également produit 3,3 millions de tonnes d’essence, pour une consommation de 2,8 millions de tonnes », écrivions-nous en avril.
« En Belgique, nous avons le contrat-programme qui limite les hausses (et les baisses) de prix »

Nous sommes donc à l’abri d’une pénurie mais pas à l’abri du côté des prix. Tout ce qui empêche ou ralentit le trafic mondial de pétrole a forcément un impact sur les marchés mondiaux. Ce lundi, le baril de brent s’était stabilisé autour des 109 dollars, ce qui est un prix très élevé. Le 16 décembre, deux mois et demi avant l’attaque américano-israélienne sur l’Iran, le baril coûtait un peu moins de 59 dollars. Et début juillet, après la flambée de mars, il était redescendu autour des 71 dollars.
Pas encore à 3 euros
Mais avec toute cette instabilité et les nouvelles menaces sur le marché mondial, pourrait-on voir prochainement un litre de diesel à 3 euros. Ce mardi, il coûte 2,40 euros, prix maximum. Trois euros ? « Je ne vois pas ça pour l’instant », répond Jean-Benoît Schrans. « Vous le savez, en Belgique, nous avons le contrat-programme, qui limite les hausses et les baisses. On a déjà connu des situations plus compliquées. »
Voilà qui est légèrement rassurant. Autre point rassurant : la Chine a un peu diminué sa consommation, ce qui soulage les prix. Par contre, nous approchons de l’hiver dans l’hémisphère nord. Avec un effet saisonnier bien connu : la demande en diesel et en mazout de chauffage sera plus grande avec des prix possiblement tirés vers le haut.
Notons que les prix sont plutôt disparates en Europe. Ainsi, aux Pays-Bas, où ils sont libres, les hausses du baril sont répercutées dès le lendemain à la pompe. Ce qui peut rendre les carburants nettement plus chers que chez nous. À l’inverse, les conducteurs espagnols payent leur carburant nettement moins cher que nous. Ce qui pousse d’ailleurs de nombreux frontaliers français à aller faire le plein de l’autre côté de la frontière. Ici, c’est une fiscalité plus faible qui explique cette différence.
Ajoutons enfin que les prix des carburants en Belgique sont, selon M. Schrans, aussi touchés par l’obligation d’intégrer 12 % de biocarburants dans ce qui est vendu à la pompe. Or, ces biocarburants ont « un coût plus élevé que celui du raffinage et du baril de pétrole », avance le porte-parole d’Energia.
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