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Tuesday, October 20, 2026

El Niño : la Nasa détecte les signes d’un épisode « potentiellement historique » dans l’océan Pacifique

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La Nasa surveille étroitement l’évolution du phénomène El Niño depuis l’espace. Les données des satellites montrent des changements déjà nets dans le Pacifique : une eau plus chaude, un niveau de la mer plus haut et un océan plus bleu.

« Un phénomène plus rare qu’une éclipse solaire et plus puissant que n’importe quel système orageux » : c’est en ces termes que la Nasa décrit l’évolution actuelle d’El Niño. Le 15 octobre 2026, l’agence spatiale a attiré l’attention sur ses observations par satellite du phénomène, qui s’annonce comme l’un des plus intenses depuis des décennies.

La Nasa confirme ainsi ce qu’annoncent les agences météorologiques depuis le printemps. Depuis juin 2026, le phénomène climatique El Niño a officiellement commencé. Selon l’Organisation météorologique mondiale (OMM), El Niño devrait se maintenir jusqu’en février 2027. Désormais, c’est la Nasa qui indique que ses satellites détectent des signes d’un épisode d’El Niño potentiellement « historique » cet automne.

El Niño revient environ tous les 2 à 7 ans, rappelle la Nasa, mais l’épisode de 2026 sort du lot par son intensité. En octobre, l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA) estimait à 83 % la probabilité qu’il s’agisse du plus fort El Niño depuis 1950.

El Niño : de quoi parle-t-on exactement ?

El Niño est une composante d’un phénomène climatique naturel, El Niño-oscillation australe (ENSO). L’ENSO correspond à des variations des températures de surface de l’océan, dans le centre et l’est du Pacifique. El Niño en est la phase chaude, La Niña la phase froide, et le troisième état est appelé « ENSO neutre ».

Le phénomène El Niño est naturel. Selon l’OMM, rien ne prouve que le changement climatique augmente la fréquence ou l’intensité de ces épisodes. Il peut en revanche en amplifier les effets : un océan et une atmosphère plus chauds donnent plus d’énergie et d’humidité aux vagues de chaleur et aux fortes pluies. El Niño, lui, tire en général les températures mondiales vers le haut, ce qui rend les records plus probables. Un peu partout sur la planète, agriculteurs, pompiers et habitants des zones côtières subissent déjà les conséquences d’El Niño, souligne la Nasa.

La température de l’eau de mer est l’un des indicateurs les plus connus d’El Niño. Or, « déjà les températures de surface de la mer dans l’est du Pacifique sont environ 1,7 °C supérieures à la moyenne à long terme et pourraient encore augmenter d’une fraction de degré au cours des prochains mois », relève Josh Willis, responsable scientifique des missions de mesure du niveau de la mer au Jet Propulsion Laboratory (JPL) de la Nasa, cité par l’agence spatiale.

Les satellites ont pu suivre cette énergie thermique de la surface de la mer depuis le début de l’année. La Nasa utilise aussi les satellites Sentinel-6, qui mesurent la hauteur de l’ensemble de l’océan tous les 10 jours. Leurs données complètent celles des capteurs et des bouées de la NOAA, l’agence océanique et atmosphérique américaine.

Une onde de Kelvin est une onde d’eau chaude, longue de milliers de kilomètres, qui se déplace lentement dans l’océan : elle peut mettre 2 à 3 mois à traverser le Pacifique pour atteindre l’Amérique du Sud.

Dès janvier 2026, les satellites de la Nasa ont repéré les premiers signes du phénomène : une onde de Kelvin chargée d’eau chaude, près de la Micronésie, dans l’ouest du Pacifique. Ces ondes se sont propagées vers l’est et ont déplacé d’importantes quantités de chaleur, favorisant la hausse des températures et du niveau de la mer dans le Pacifique oriental.

Pourquoi le niveau de la mer monte-t-il ? Parce que l’eau chaude prend plus de place que l’eau froide. Début avril, quand les ondes de Kelvin ont atteint l’est du Pacifique, le niveau de la mer y a gagné par endroits 30 à 40 centimètres, d’après les mesures des satellites Sentinel-6. À l’inverse, autour de l’Indonésie et du nord de l’Australie, il est descendu 15 à 20 centimètres sous la normale. « Les ondes de Kelvin sont comme le battement de cœur d’El Niño », résume Josh Willis, du JPL.

Une immense bande d’eau chaude sur les cartes de la Nasa

Une « bande d’eau plus chaude que la normale » a été cartographiée. Elle apparaît en rouge foncé sur les images ci dessous et s’étend sur plusieurs millions de kilomètres carrés, du cœur du Pacifique jusqu’aux côtes de l’Amérique du Sud ». La comparaison suivante se lit à deux niveaux :

  • Chaque image (contenant une carte en haut et en bas) compare les températures de surface de la mer entre 2026 et 2025 (année avec un faible phénomène La Niña), au même mois.
  • En faisant bouger le curseur (de façon horizontale), vous comparez la situation entre juin et octobre 2026 (en haut de l’image) et entre juin et octobre 2025 (en bas de l’image).

Les eaux chaudes modifient même la couleur de l’océan sous l’effet d’El Niño

Autre phénomène observé par la Nasa : ces eaux chaudes modifient la couleur de l’océan. Son satellite PACE, lancé en 2024, suit ces changements subtils de teinte : c’est le premier épisode El Niño qu’il observe. « Les eaux du Pacifique équatorial sont devenues sensiblement plus bleues au cours des derniers mois », indique la Nasa.

Pourquoi l’océan change-t-il de couleur ? À cause du phytoplancton, des algues microscopiques qui nourrissent une grande partie de la vie marine et qui donnent à l’eau des teintes vertes ou brunes. Il prospère dans les eaux fraîches et riches en nutriments. Or, pendant un épisode El Niño, les alizés faiblissent et font moins remonter vers la surface l’eau profonde, chargée de nutriments. Privé de nourriture, le phytoplancton se raréfie, et l’océan bleuit. Ce déclin peut « déclencher des effets en cascade dans l’ensemble de la chaîne alimentaire marine, forçant d’autres espèces marines à se déplacer vers de nouvelles zones d’alimentation », prévient la Nasa.

Comparaison de la couleur de l'océan en 2025 et 2026. // Source : NASA's Scientific Visualization Studio
Comparaison de la couleur de l’océan entre octobre 2025 et octobre 2026. Plus l’océan est bleu foncé, plus la concentration de phytoplancton est faible ; au contraire, cette concentration est plus élevée là où l’on voit des couleurs vertes et jaunes. // Source : NASA’s Scientific Visualization Studio

La Nasa prévoit de continuer à observer ces signes du phénomène El Niño, et ses impacts, à l’aide de ses satellites. Mais les données récoltées depuis janvier montrent un Pacifique déjà transformé par El Niño, avec des changements qui pourraient perturber la météo dans de nombreuses régions du monde.

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