Marie-Claude Sarrazin, désormais «devenue grande»
Marie-Claude Sarrazin a perdu une seule élection dans sa vie. Celle pour le poste de présidente de classe, en première secondaire, au Collège Durocher de Saint-Lambert, sur la Rive-Sud de la région de Montréal.
« C’était la première fois que j’avais une compétition aussi féroce ! » relate Sophie Truesdell-Ménard, qui a eu le dessus sur sa rivale. « Et je me suis dit : “Cette fille est comme moi. Elle va devenir mon amie.” » Les deux femmes sont proches depuis.
L’an dernier, à l’aube de ses 50 ans, Mme Sarrazin disait à la blague qu’elle cherchait ce qu’elle allait faire « quand elle allait être grande ». La réponse est venue le jour de la formation du Conseil des ministres, sous la forme d’une longue liste de responsabilités.
Depuis le 21 octobre, elle est ministre de la Justice, responsable des Affaires intergouvernementales canadiennes, des Relations avec les Québécois d’expression anglaise, de l’Accès à l’information, de la Protection des renseignements et de la Lutte contre le racisme et contre la discrimination envers les personnes LGBTQ+.
En entrevue, elle admet qu’elle ne s’attendait pas à en avoir autant. Sur le coup, elle a été « un petit peu étourdie », mais aussi « flattée ». « Parmi les responsabilités, il y en a des délicates, alors je vois ça comme une marque de confiance », dit-elle.
« Le racisme, ça peut mener à la colère. Et la colère, ça peut mener à des fractures sociales », souligne la ministre, avant d’affirmer sa volonté d’établir des liens avec des populations traditionnellement moins favorables au projet souverainiste, comme les anglophones.
Un engagement précoce
Les membres de son entourage avec qui Le Devoir s’est entretenu soulignent qu’elle est ultrapréparée, minutieuse, organisée. Depuis le secondaire, elle pratique aussi le multitâche.
Adolescente, elle fait de la danse, est monitrice de ski, joue à Génies en herbe. Au Collège André-Grasset, un seul étudiant arrive au premier cours (de chimie) avant elle. Il s’appelle Paul St-Pierre Plamondon. Elle le côtoie un peu à l’époque, mais leurs vies prennent des chemins différents.
Au milieu des années 1990, Marie-Claude Sarrazin s’implique dans les Fédérations étudiantes collégiale et universitaire du Québec (FEUQ), mais aussi dans la Fédération des femmes du Québec (FFQ), où elle fonde le comité des jeunes.
À la FEUQ, elle croise les futurs ministres Jean-François Roberge, Christine Fréchette et Nicolas Girard.
Après qu’elle eut terminé sa première année d’études en droit, Bertrand St-Arnaud, alors dans l’entourage de Louise Beaudoin, l’invite à faire de la politique. Puis, il retire sa proposition. « Il m’a dit : “Deviens avocate, et on se reparlera dans quelques années” », relate la nouvelle ministre.
Le rêve politique est donc sur la glace, mais pas tout à fait. Mme Sarrazin travaille à la relance du Conseil de la souveraineté. En 2007, elle est élue à l’exécutif national du Parti québécois (PQ).
Les convictions indépendantistes de Marie-Claude Sarrazin ne font aucun doute. « Toutes les questions de langue, de culture… ce n’était pas nécessairement des questions qui étaient à l’ordre du jour de nos réunions, mais dans sa façon de prendre la parole, on voyait déjà quelles étaient ses valeurs », se rappelle Vivian Barbot, qui l’a côtoyée à la FFQ durant sa présidence, de 2001 à 2003.
L’alliance PQ-PLQ
Dans sa vie professionnelle, elle se rapproche toutefois… d’un rouge. Avec son ami Nicolas Plourde, impliqué dans les instances du Parti libéral du Québec (PLQ), elle démarre en 2013 un cabinet d’avocats.
L’aventure dure 13 ans. En 2026, les associés Sarrazin et Plourde vendent leur pratique pour faire le saut en politique active : lui chez les libéraux, elle chez les péquistes. La députée Catherine Gentilcore persuade Mme Sarrazin d’affronter le ministre des Finances sortant, Eric Girard, dans Groulx.
« Elle m’a dit : “les femmes sont difficiles à convaincre et on a besoin de femmes compétentes pour former le prochain gouvernement”, relate Mme Sarrazin. Cette idée de contribuer à l’empowerment des femmes, je trouve ça important. »
La commission Gallant
Mme Sarrazin se révèle au public dans le cadre de la commission Gallant, chargée en 2025 d’enquêter sur le virage numérique de la Société de l’assurance automobile du Québec.
« Je lui ai donné des mandats et elle a livré », résume le procureur en chef de la commission, Simon Tremblay. Il la juge « équipée » pour vivre avec l’exposition médiatique associée à son nouveau rôle. « Il le faut, à la quantité de responsabilités qu’elle a ! » rigole-t-il.
Comme tous ses amis, Patrick Howe, qui la connaît depuis la FEUQ, s’inquiète des nombreuses responsabilités qui lui ont été confiées. « Quand on a un premier trio à l’avant, on ne lui demande pas de garder les buts et de s’occuper de la défensive. »
Nicolas Plourde, élu pour le PLQ dans Anjou–Louis-Riel, juge aussi que le cumul de tâches qui a été donné à Marie-Claude Sarrazin n’est « pas une bonne idée », peu importe la qualité de la personne à qui celles-ci sont confiées. Mais, remarque-t-il, « s’il y a quelqu’un qui peut arriver à faire tout ce qu’on lui demande, c’est bien Marie-Claude ».
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