Pas de preuves de « brownies » | « La vérité est sortie », clame Pablo Rodriguez

(Québec) Au bout du fil, Pablo Rodriguez est soulagé. « La vérité est sortie », souffle le politicien déchu. Et « cette autre version de l’histoire », celle qu’il martèle depuis le début, est « qu’il n’y a jamais eu de stratégies d’achats de votes » ou de fameux « brownies », en référence aux billets bruns de 100 $, pour remporter la course à la direction du Parti libéral du Québec (PLQ).
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La Presse révélait mardi que les enquêteurs de l’Unité permanente anticorruption (UPAC) et du Directeur général des élections du Québec (DGEQ) n’ont rien à reprocher à l’ex-chef libéral, au terme de plusieurs mois d’enquête. Celui qui lui a succédé à la tête du parti, Charles Milliard, croit qu’il devrait y avoir « une réflexion collective à faire au Québec sur ce qui s’est passé dans la dernière année ».
« Depuis le tout début, je sais que je me suis conduit de façon éthique et responsable. Ça a été la même chose du côté de mon équipe. Ce qui est important, c’est que les enquêteurs arrivent à cette même conclusion et que les Québécois puissent avoir cette autre version de l’histoire, qui en fait est la réalité », affirme M. Rodriguez, qui brise le silence depuis sa démission comme chef, en décembre dernier.
Les derniers mois ont été pénibles pour l’ancien politicien. « Ça a été une année très difficile. Les évènements ont été extrêmement violents. Ils se succédaient les uns après les autres. Ce n’étaient que des allégations, sans aucune preuve ni fondées. Mais ça a quand même mené à mon départ », déplore-t-il.
« J’ai dû démissionner comme chef sans avoir aucune accusation ou allégation à mon égard. Il ne faut plus jamais que ça arrive. Il faut protéger notre démocratie. Je ne le souhaite à personne d’autre comme individu. Il ne faut plus que ça se répète [comme société] », martèle M. Rodriguez.
Aucune accusation
Selon nos informations, les enquêtes de l’UPAC et du DGEQ sur la campagne à la direction de Pablo Rodriguez en 2025 sont désormais à peu de choses près terminées. Aucune accusation et aucun constat d’infraction n’est sur la table à ce stade-ci.
Sur les « brownies » qui ont fait couler beaucoup d’encre, les enquêteurs ne peuvent établir que les textos qui les mentionnaient, et qui avaient été cités par Le Journal de Montréal, sont authentiques. Ils soupçonnent même qu’ils seraient faux et qu’ils auraient été fabriqués pour nuire à M. Rodriguez. Le Journal de Montréal, qui a publié l’article sur les textos, n’est pas mis en cause dans leur fabrication potentielle. Il a toujours défendu son reportage « réalisé selon les règles de l’art ».
Le 12 février dernier, dans un rapport commandé par le PLQ, l’ancien juge en chef de la Cour supérieure, Me Jacques R. Fournier, avait pour sa part conclu que les textos sur les « brownies » étaient un « montage », un « collage » de différents messages tirés de l’échange. Il n’avait pu déterminer s’ils étaient vrais ou faux.
En entrevue, Pablo Rodriguez jure qu’il n’est pas amer de la tournure des évènements. Des gens pourraient-ils avoir fabriqué des textos dans le but de lui nuire ? « Il y a toutes sortes de théories. Moi, je fais confiance aux autorités en place. […] Je m’en remets aux autorités compétentes pour terminer l’enquête », déclare-t-il.
« Est-ce qu’il y avait des gens qui avaient l’intention de me nuire ? Si effectivement les textos sont trafiqués et que c’est un amalgame et un montage, oui, ce sont des gens qui ont voulu me nuire. Et d’ailleurs, ils ont réussi parfaitement », ajoute-t-il.
Une crise qui perdurait
Mais la crise qui a secoué le Parti libéral à l’automne 2025, et qui a mené au départ de Pablo Rodriguez, ne se résume pas qu’aux allégations de « brownies ». D’autres controverses ont également ébranlé la direction de l’ancien chef du PLQ.
Le 16 décembre, Le Journal de Montréal révélait qu’un homme d’affaires avait versé 500 $ à une vingtaine de personnes pour rembourser leur don à la campagne de Pablo Rodriguez lors d’un évènement. La Presse avait ensuite dévoilé qu’il s’agissait du producteur et importateur de portos et de vins Emanuel Cabral. L’enquête du DGEQ met en cause M. Cabral dans cette affaire et conclut que Pablo Rodriguez n’était pas au courant. Joint par La Presse, Emanuel Cabral nous a dirigés vers son avocat, qui n’a pas voulu faire de commentaires.
M. Rodriguez a également été questionné pour avoir utilisé le surplus de 14 000 $ de sa campagne à la direction pour verser 1000 $ à 14 de ses bénévoles les plus actifs. La démarche n’est toutefois pas interdite et il affirme avoir consulté le DGEQ avant de le faire. Il n’y a pas eu d’infraction non plus dans sa décision de louer un local dans un bureau appartenant à sa femme, au coût de 20 000 $.
« Maintenant, est-ce que je le referais ? Non. Je pense qu’avec le recul, je ne le ferais certainement pas. Je comprends la perception qui émane de ça. Et même si ça ne viole aucune loi ou aucun règlement, je comprends cette perception-là », dit-il.
Au sujet de son ancienne collègue Marwah Rizqy, qu’il avait nommée cheffe parlementaire avant de l’exclure du caucus libéral, après que celle-ci eut congédié la cheffe de cabinet qu’il avait choisie, Geneviève Hinse, Pablo Rodriguez limite ses commentaires.
« La seule chose que je dirais sur Madame Rizqy, c’est que je me suis senti profondément trahi. C’est quelqu’un que je connaissais. Je l’ai nommé au poste de cheffe parlementaire, les plus hautes fonctions avec tous les pouvoirs. Et la façon dont elle a agi, je me suis senti trahi. Je me suis senti profondément trahi. À ce jour, c’est le sentiment qui m’habite », dit-il. Geneviève Hinse a intenté depuis une poursuite en diffamation contre Marwah Rizqy.
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