René Malo, producteur et bâtisseur du cinéma québécois, n’est plus
René Malo, figure majeure du cinéma québécois et canadien, est mort hier à l’âge de 84 ans, après une courte hospitalisation au CHUM. L’homme aura profondément marqué la culture québécoise, de la production musicale au cinéma, en passant par la distribution et la défense de la souveraineté culturelle de sa petite nation.
« Je lui dois d’avoir fait Le déclin de l’empire américain », explique au Devoir le cinéaste Denys Arcand. « Roger Frappier était à l’époque à l’Office national du film. Il avait besoin de plus de moyens que nous n’en avions pour produire Le déclin. Il frappait à la porte de René Malo, parce que personne d’autre ne voulait s’embarquer dans ce film. »
Le cinéaste raconte que Malo s’est démené auprès des organismes subventionnaires. « Il s’est battu auprès de Téléfilm Canada. Au final, il en a été largement récompensé. » Le déclin de l’empire américain est le premier film canadien à être nommé à l’Oscar du meilleur film en langue étrangère, en 1987.
Malo commence sa carrière dans les années 1960 dans le monde de la musique et du spectacle. Il produit notamment des artistes qui deviendront parmi les grandes figures de la chanson québécoise, dont Robert Charlebois, Claude Dubois, Yvon Deschamps, Diane Dufresne, Sol et Offenbach.
À l’Expo 67, il produit plus de 1450 heures de spectacles au Pavillon de la Jeunesse. L’année suivante, il se joint à la première équipe de direction de Radio-Québec.
Ce sera ensuite le cinéma. En 1971, il fonde Corporation Image M&M, consacrée notamment à la production de films et de programmes éducatifs, puis crée Malofilm Distribution en 1973.
À partir de 1976, il produit ses premiers longs métrages et entreprend de construire ce qui deviendra un important empire québécois de production cinématographique et de distribution.
À la tête de Malofilm Communications, il œuvre dans la production, la distribution et la vente internationale de films entre 1970 et 1996. Dans ce secteur, il devient l’un des principaux joueurs canadiens.
Parmi ses productions figure notamment Sonatine, un film de Micheline Lanctôt sorti en 1984 qui remporte le Lion d’argent à la Mostra de Venise, ainsi que de nombreux autres films québécois et étrangers. Au Devoir, Micheline Lanctôt confie lui devoir beaucoup. « C’est à lui que je dois ma carrière de réalisatrice. C’est lui qui m’a lancé en distribuant mes deux premiers films. » Elle conserve le souvenir d’un homme attachant. « C’était un gai luron ! René Malo était un homme très entreprenant, du point de vue des affaires. On a eu nos différends, mais oui, c’était quelqu’un de très attachant. »
Pour une cinématographie nationale
Au cours de sa carrière, il milite pour la protection du marché culturel québécois et pour le développement d’une cinématographie nationale. Il participe entre autres à l’établissement de la Loi sur le cinéma du Québec et à la création de mécanismes de financement destinés à soutenir la distribution et le long-métrage canadien, notamment au sein de Téléfilm Canada.
Il reçoit plusieurs reconnaissances au fil des ans, dont le Prix Air Canada de l’Académie canadienne du cinéma et de la télévision. Il est également honoré par la Cinémathèque québécoise, reçoit un Prix Jutra hommage, est intronisé au Temple de la renommée du cinéma canadien Playback et obtient un doctorat honoris causa de l’UQAM. En 2013, il est nommé chevalier de l’Ordre national du Québec, en reconnaissance notamment de son engagement envers la souveraineté culturelle du Québec et du Canada.
Son engagement envers la formation et la relève se poursuit avec la création, en 2006, de la Chaire René Malo en cinéma et en stratégies de production culturelle et médiatique de l’UQAM. Cette initiative sera à l’origine du programme Tremplin, que sa fondation continuera de soutenir.
Figure du monde culturel bien en vue, René Malo a siégé à de nombreux conseils d’administration, notamment ceux du Musée des beaux-arts de Montréal, de l’Orchestre Métropolitain, de la Cinémathèque québécoise et du Festival du nouveau cinéma de Montréal. Il a notamment présidé le comité d’acquisition d’art canadien et le comité d’audit du Musée des beaux-arts de Montréal. Né à Joliette en 1942, René Malo vivait depuis plusieurs années avec la maladie de Parkinson.
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