Le poids du patrimoine dans l’économie freine la mobilité sociale, selon une étude
Plusieurs ménages posent un diagnostic pessimiste sur l’état de l’économie, même si cette dernière se montre plutôt résiliente. Une clé pour comprendre ce paradoxe réside dans la façon dont le patrimoine freine la mobilité sociale, avance une étude de Desjardins dévoilée lundi.
La perception que l’économie se porte mal semble ancrée chez plusieurs ménages. C’est le cas même si les salaires ont augmenté plus vite que l’inflation dans les dernières années, ce qui entraîne une augmentation du pouvoir d’achat.
Aux États-Unis, on peut notamment attribuer cette perception à une économie en forme de « K » : un groupe restreint de ménages aisés s’enrichit (les branches du haut de la lettre), tandis que les moins fortunés en arrachent (les branches du bas).
Au Québec, on n’en est pas là, constatent les économistes principaux de Desjardins Florence Jean-Jacobs et Sonny Scarfone. Ils notent à ce propos des inégalités de revenus qui ont légèrement diminué depuis 20 ans, une consommation « relativement bien répartie entre les différents groupes de revenu » et un taux d’endettement des ménages soit stable, soit en diminution depuis 15 ans.
Des décennies d’épargne pour s’enrichir
« Le pessimisme a une source », explique cependant au Devoir Sonny Scarfone. Pour comprendre, il faut se pencher sur l’importance relative du patrimoine et du revenu de travail dans l’économie.
« Depuis le début des années 2000, la valeur du patrimoine a augmenté beaucoup plus rapidement que les revenus dans plusieurs pays développés, dont le Canada, observent les auteurs. L’aisance financière des ménages dépend ainsi davantage de la détention d’actifs que par le passé. »
Or, ce patrimoine est de plus en plus long à bâtir. Pour un ménage québécois de deux adultes gagnant le salaire médian, « l’écart entre le premier et le troisième quintile de patrimoine représentait l’équivalent d’environ 9 années d’épargne en 1999, contre plus de 20 ans en 2023. L’écart entre le troisième et le cinquième quintile est quant à lui passé d’un peu plus de 50 à près de 90 années d’épargne. »
Le secteur immobilier démontre bien cette difficulté d’accumulation du patrimoine, indique M. Scarfone. Accumuler une mise de fonds pour acheter une propriété prend de plus en plus de temps, et « les frustrations s’accumulent » chez les ménages.
Le contrat social remis en question
Selon les auteurs, la progression rapide du patrimoine par rapport aux revenus de travail risque de nuire à la mobilité sociale. En effet, « [l]orsque le patrimoine joue un rôle croissant dans la détermination de la situation économique des individus, la transmission de la richesse d’une génération à une autre peut contribuer à réduire l’égalité des chances à la naissance ».
La conviction selon laquelle travailler fort permet d’améliorer sa condition économique s’effrite, ajoutent les économistes. « Si cette tendance se poursuit, c’est une partie du contrat social qui pourrait être remise en question. »
« Moins les ménages croient pouvoir progresser par leurs propres moyens, plus ils pourraient réclamer que les gouvernements corrigent la donne par la fiscalité et les transferts, avec les arbitrages difficiles que cela impliquerait », concluent les auteurs.
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