Pendant 60 ans, des milliers de touristes sont passés devant un trésor préhistorique en Espagne sans jamais le voir

Redécouverte en 1853, elle a depuis été parcourue par des milliers de visiteurs. Il faut dire que la grotte de la Font Major, située en Catalogne (Espagne), a de quoi impressionner ! Elle appartient en effet à un vaste réseau karstique, dont les galeries cartographiées s'étendent sur près de 3,6 kilomètres. On pourrait donc penser que ce site touristique, largement exploré par les spéléologues, aurait depuis longtemps dévoilé tous ses secrets. Mais il n'en est rien.
280 motifs préhistoriques cachés au milieu des graffitis
Pendant plus de six décennies, les visiteurs sont ainsi passés devant les parois de la grotte sans se rendre compte qu'elles comportaient la plus importante concentration de gravures pariétales actuellement connue en Catalogne. Et pourtant, elles n'étaient pas cachées ! Comment expliquer alors que ces quelque 280 motifs n'aient été identifiés qu'en 2019 ?
Partie antérieure d'un auroch gravée sur la paroi de la grotte de la Font Major. © Josep Maria Vergès Bosch et Míriam Salas-Altès, 2026, Antiquity
Les chercheurs avancent deux raisons principales.
La première tient à la nature des parois. La grotte s'est en effet développée dans des conglomérats, des roches constituées de galets et de graviers cimentés, dont les surfaces sont très irrégulières en relief et en couleur. Ces caractéristiques étaient considérées comme peu favorables à la réalisation d'œuvres pariétales. Pourtant, les gravures ont été réalisées sur de fines couches de marne intercalées entre les conglomérats. Plus homogènes et moins résistantes, elles se prêtaient particulièrement bien à la gravure.
Les œuvres préhistoriques sont largement reconnues, mais saviez-vous que notre espèce n’est pas la seule à en avoir produit ? La question de l’art chez les Néandertaliens est complexe et sujette à controverse, mais il semblerait bien que cette pratique précède le contact entre Sapiens et Néandertal !... Lire la suite
La seconde raison est directement liée à la fréquentation de la grotte : au fil des décennies, les visiteurs ont couvert de larges portions des parois de graffitis, parfois directement superposés aux représentations préhistoriques... et les noyant totalement.
Une découverte qui bouscule la carte de l’art pariétal européen
C'est finalement lors d'une campagne de fouilles archéologiques qu'un chercheur remarque plusieurs tracés présentant des caractéristiques paléolithiques au milieu des inscriptions modernes. Une prospection plus approfondie révèle alors l'ampleur de l'ensemble.
Parmi les 280 motifs répertoriés, 55 représentent des animaux : équidés, cervidés, caprinés, bovinés et même un ours. Le reste est constitué de représentations non figuratives, principalement des lignes parallèles, mais aussi des formes circulaires et divers motifs géométriques.
Outres les représentations animales, de nombreuses gravures non figuratives ont également été découvertes. © Josep Maria Vergès Bosch et Míriam Salas-Altès, 2026, Antiquity
La grotte de la Font Major constitue désormais le troisième plus important assemblage d'art pariétal de la façade méditerranéenne de la péninsule Ibérique, derrière les sites d'Ardales et de La Pileta, en Andalousie. Une découverte majeure pour une région jusque-là considérée comme relativement pauvre en représentations pariétales paléolithiques.
Une datation encore incertaine
La datation de ces gravures reste toutefois problématique. Si la façon de tracer les membres postérieurs ou les têtes présente des similitudes avec celle d'autres ensembles méditerranéens attribués à des périodes antérieures au Magdalénien, seule une datation directe par uranium-thorium de la calcite recouvrant certaines figures pourra apporter des informations plus précises. Elle pourra alors être comparée aux datations radiocarbone réalisées sur les traces de présence humaine dans les galeries profondes, qui révèlent deux grandes périodes de fréquentation : entre environ 40 800 et 35 200 ans calibrés avant le présent, puis entre 26 400 et 25 850 ans.
Ces nouvelles données, publiées dans la revue Antiquity, pourraient ainsi conduire à réévaluer la place du nord-est de la péninsule Ibérique dans la géographie de l'art pariétal paléolithique.
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.