DNS 9.9.9.9 : Quad9 coupera son service en France le 24 novembre après une condamnation liée au piratage
Condamnée ce mercredi 21 octobre par le tribunal judiciaire de Paris à une astreinte de 1 000 euros par jour, la fondation suisse Quad9 coupera son résolveur DNS 9.9.9.9 en France le 24 novembre 2026. Elle refuse de bloquer 58 sites qui piratent des matchs de tennis diffusés par beIN Sports.
Si vous avez réglé votre box, votre ordinateur ou votre smartphone sur le résolveur DNS 9.9.9.9, il va vous falloir trouver une alternative très vite : dans un mois, le service que fournit Quad9 ne fonctionnera plus en France. Dans un billet de blog publié ce jeudi 22 octobre 2026, la fondation suisse qui gère ce résolveur DNS gratuit annonce plier bagage.
La fermeture du service en France est fixée au mardi 24 novembre et fait suite à une décision rendue ce mercredi 21 octobre par le tribunal judiciaire de Paris, dont L’Informé s’est fait l’écho. Le jugement condamne en effet Quad9 à 1 000 euros d’astreinte par jour tant qu’elle refuse de bloquer une liste de 58 noms de domaine associés à des sites pirates, et ce jusqu’au 14 novembre, date à laquelle la mesure de blocage prend fin.
Un résolveur DNS ?
C’est une sorte d’annuaire qui traduit le nom de domaine du site web recherché en adresse IP du serveur sur lequel le site est hébergé. Les opérateurs utilisent le leur par défaut, mais on peut employer celui de son choix.
Les particuliers ne seront pas les seuls touchés. Dans son billet de blog, Quad9 publie une liste partielle des réseaux français depuis lesquels elle observe du trafic vers son résolveur. On y trouve la SNCF, EDF, la direction interministérielle du numérique (Dinum), France Télévisions, le réseau des universités (Renater), France Travail, Vinci, Thales, Dassault Systèmes et des collectivités territoriales.
Tout part d’une décision rendue le 13 mai 2026. Ce jour-là, à la demande de la chaîne beIN Sports France, la justice ordonne à plusieurs résolveurs, dont Google, DNS4EU et Quad9, d’empêcher les internautes d’accéder aux sites diffusant illégalement des matchs du circuit de tennis féminin WTA. La liste, qui comptait d’abord six noms de domaine, est ensuite passée à 58.

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Google et DNS4EU, le résolveur soutenu par l’Union européenne, ont suivi l’ordre judiciaire. Quad9 a refusé. Début septembre, la chaîne qatarie a donc assigné une nouvelle fois la fondation en réclamant 580 000 euros par jour, soit 10 000 euros pour chaque domaine encore accessible. Cependant, le tribunal a ramené l’astreinte à 1 000 euros par jour au total.
Pourquoi Quad9 préfère partir plutôt que payer ?
On pourrait juger l’addition modeste. Selon le calcul de Quad9, l’astreinte atteindra au plus 24 000 euros d’ici au 14 novembre (hors frais d’avocat), bien loin des 580 000 euros par jour que réclamait beIN Sports. Quad9 assure toutefois que la question n’a jamais été uniquement financière, et met en avant des obstacles techniques autant que des principes.
Quad9 affirme ne pas pouvoir appliquer le jugement, dans la mesure où son service ne demande ni compte ni identité. Il n’y a donc pas de liste d’usagers français sur laquelle s’appuyer. Quant au filtrage par géolocalisation de l’adresse IP, Quad9 l’a déjà essayé, et l’expérience s’est retournée contre elle.
Lors d’un procès qui l’opposait à Sony Music en Allemagne, entre 2021 et 2023, Quad9 avait mis en place un blocage par géolocalisation en attendant le jugement. La maison de disques l’a contourné avec un VPN, et le tribunal a sanctionné Quad9 pour non-respect de la décision. La fondation a fini par gagner le procès, mais au prix de plusieurs années de combat et de centaines de milliers d’euros de frais.

Quad9 reconnaît qu’un blocage des 58 noms de domaine pour tous ses utilisateurs, dans le monde entier, satisferait le tribunal. Mais la fondation refuse d’imposer à la planète entière une décision de justice française, prise à la demande d’une entreprise privée. Quant au filtrage géographique, il ne résiste pas aux internautes dégourdis, comme l’a montré l’épisode allemand.
D’où la décision de quitter le pays, une histoire qu’on a d’ailleurs déjà vue : OpenDNS, le résolveur de Cisco, a quitté la France le 28 juin 2024 après une procédure du même type lancée par Canal+. Quad9 n’en a d’ailleurs pas fini avec la justice française. La fondation dit faire face à une vingtaine d’autres procédures en France, visant elle et d’autres résolveurs, qui exigent le blocage de centaines de noms de domaine. C’est l’accumulation de ces astreintes potentielles qu’elle dit ne pas pouvoir encaisser.
Quad9 souligne par ailleurs que mettre la pression sur les intermédiaires techniques ne règle rien sur le fond : bloquer un nom de domaine chez un résolveur ne supprime aucun contenu piraté, qui reste en ligne sur ses serveurs. Le mal n’est pas traité à la racine, et la bascule sur un VPN ou un autre résolveur redonne l’accès.
Que faire si vous utilisez 9.9.9.9 ?
La première chose à faire est de vérifier vos réglages DNS sur la box, sur le PC (Windows, macOS ou Linux) et sur le smartphone. Les adresses à repérer sont 9.9.9.9 et 149.112.112.112, ou 2620:fe::fe et 2620:fe::9 en IPv6. Les variantes du service, comme 9.9.9.10 (sans filtrage des menaces), seront elles aussi coupées. Si vous ne changez rien, les sites paraîtront inaccessibles après le 24 novembre alors que la connexion marche.
Malgré son départ annoncé, Quad9 a fait appel du jugement. La fondation demande aussi aux internautes français d’interpeller leurs députés et l’Arcom, le régulateur de l’audiovisuel et du numérique.
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