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Thursday, October 8, 2026

Qui sont les antifas ? Que font-ils ? Contre quoi et contre qui se mobilisent-ils ?

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De qui parle-t-on lorsqu’il est question d’antifas ? Contre quoi et qui ces personnes se mobilisent-elles ? "Je ne peux pas représenter le mouvement Antifa à moi toute seule et encore moins prétendre faire partie des minorités les plus présentes dans le mouvement", explique Clara, qui se définit comme "militante antifasciste" et qui a accepté de témoigner pour exposer sa vision de l’antifascisme.

Elle souligne que l’antifascisme "a toujours été un mouvement réactionnaire, en réaction à la montée du fascisme". "Sans Antifas, il y a toujours du fascisme. Par contre, sans fascisme, il n’y a plus d’Antifas", ajoute-t-elle.

"C’est comme des anticorps, on veut se défendre, c’est une autodéfense populaire", explique de son côté Cédric Simon, syndicaliste et militant antifasciste. "S’il n’y a pas d’extrême droite, si on est dans une démocratie qui fonctionne, où les conflits sociaux se résolvent par des mécaniques normales, alors il n’y a pas besoin d’antifascisme", précise-t-il. Il ajoute que l’antifascisme est "pluriel", traversé de courants idéologiques divers. "On ne peut pas résumer l’antifascisme à une seule idée, à un seul groupe, […] et on peut même pour moi être libéral et antifasciste" ajoute-t-il.

Julien Dohet, historien, spécialiste du mouvement antifasciste et lui-même militant du Front antifasciste liégeois, explique que dans ce mouvement, il n’y a pas que "des gens qui se revendiquent, qui s’intitulent et participent à un mouvement dit antifasciste". Au-delà de ça, "on a toutes les personnes qui luttent contre l’extrême droite dans des associations, dans la société civile, dans les syndicats, dans des asbl, et qui, par le travail d’éducation permanente ou le travail social qu’ils font, luttent aussi contre le fascisme, contre l’extrême droite", explique-t-il.

Clara, la militante que notre rédaction a rencontrée explique être aujourd’hui "moins sur le terrain qu’il y a deux ans". Avant cela, "j’ai participé à des actions de désobéissance civile", dit-elle. Un type d’action qu’elle considère comme "un des moyens primordiaux pour contrer la fascisation du système". 

L’antifascisme s’exprime donc aussi dans l’action qui peut être violente. "Je comprends que la violence, ça fasse peur. Je comprends que ce soit inconfortable, que ça questionne", réagit Clara. "Je pense sincèrement que si on pouvait faire bouger les lignes sans violence, évidemment qu’on le ferait", poursuit-elle. Mais, dit-elle, "je suis convaincue qu’une violence réactionnaire est une violence légitime contre un système qui tue déjà, qui tue les minorités de genre, de race, de classe, les personnes LGBTQIA+, les personnes grosses, invalides et j’en passe".

De son côté, Cédric Simon explique participer régulièrement à des actions avec le Front antifasciste bruxellois. "Des actions qui visent à rassembler un maximum de monde quand l’extrême droite agit quelque part dans la ville", explique-t-il. "L’objectif n’est pas pour nous d’aller à la confrontation, mais de montrer le désaccord. De montrer le désaccord en étant nombreux, en tenant des contre-discours, en ne banalisant pas la venue de l’extrême droite", poursuit-il. 

"Parfois aussi, on se rassemble en plus petits groupes pour chahuter un peu quand il y a un rassemblement ou des conférences d’extrême droite, etc. L’idée est de ne pas banaliser des idées qui sont disqualifiées par le droit", explique Cédric Simon. 

Et de donner l’exemple d’un rassemblement lorsque Jordan Bardella, le leader du Rassemblement national, était venu à Bruxelles présenter son livre en 2024. Rappelons qu’à cette occasion, des incidents avaient eu lieu entre des manifestants et la police.

L’action des antifascistes peut prendre des formes diverses, reflétant ainsi la diversité du mouvement antifa. "Certains pensent qu’il faut d’abord une autodéfense populaire qui vise à s’éduquer les uns les autres via l’éducation populaire par exemple, qu’il faut faire un travail de mémoire pour se rappeler ce qu’a été l’extrême droite et la montée de l’extrême droite, faire des parallèles entre ce qui a pu se passer notamment dans les années 20-30 en Europe et ce qui est en train de se passer aujourd’hui", explique Cédric Simon.

"Pour certains, il faut aussi être en mesure de se défendre physiquement quand on est attaqué", poursuit-il. "Et pour d’autres, l’antifascisme doit aussi faire une lutte idéologique qui vise à montrer que l’extrême droite n’est pas la bienvenue là où elle vient répandre de la haine, du racisme, de la LGBTphobie, etc., un antisyndicalisme primaire et j’en passe", ajoute-t-il. "Et donc la meilleure façon de le montrer, c’est en étant nombreux, en se rassemblant et en étant extrêmement fermes sur le fait que ces idées ne sont pas bienvenues à Bruxelles, qui est la deuxième ville la plus cosmopolite du monde", explique ce militant bruxellois.

Bref, il y a une diversité des modes d’action, comme le résume François Debras, politologue, professeur et maître assistant à l’Université de Liège et à la Haute école Helmo. "Certains collectifs vont essentiellement faire de la vulgarisation, vont faire du travail d’information, de communication, de sensibilisation, en rédigeant des articles, des ouvrages, en organisant des conférences. D’autres vont plutôt essayer de prôner une forme d’action directe, en faisant du collage, voire en empêchant certains groupes, certains groupuscules d’extrême droite de se rassembler ou de tenir un meeting", explique-t-il.

Le mouvement antifa, selon François Debras est une "organisation très horizontale", pas une structure verticale hiérarchisée. "On est vraiment dans des collectifs autonomes, chacun avec ses possibilités d’action, chacun composé d’individus indépendants les uns des autres, qui peuvent avoir une parole multiple, et des actions multiples en fonction des objectifs, en fonction des enjeux, en fonction du contexte", explique François Debras.

Ces derniers temps, ce sont surtout les débordements lors d’actions des Antifas qui ont retenu l’attention médiatique. On se souviendra des événements survenus à Liège, lorsque des manifestants ont protesté contre la venue du président du MR, Georges-Louis Bouchez à l’occasion des 30 ans de la disparition de Jean Gol.

Des faits qui ont conduit le président du MR à réclamer la dissolution du mouvement antifa.

Aujourd’hui, en France, après la mort du militant nationaliste Quentin Deranque en février 2026, la mouvance d’extrême gauche est mise sur la sellette.

Julien Dohet, historien et militant du Front antifasciste liégeois, ne se prononce pas sur ce dossier, car une enquête est en cours.

Toutefois, explique-t-il, à propos de la "violence de l’espace public et de la politique en France", "cela fait des dizaines d’années que l’extrême droite française fait monter le degré de violence par des ratonnades, par des interventions dans la rue, par des défilés et donc, instille un climat de violence face auquel une série de personnes ont décidé qu’elles ne se laisseraient pas faire".

La réaction, selon lui, est "nécessaire" car, ajoute-t-il, "l’histoire nous a montré que si on laisse l’extrême droite installer un climat de violence, à un moment donné, c’est la démocratie qui y passe".

Du point de vue des antifas, si violence de leur part il y a, c’est en réponse à la violence de l’extrême droite. Et de rappeler, comme le fait Julien Dohet, par exemple, des faits tels que la condamnation de militants d’extrême droite du groupe Nation pour avoir agressé un sans-abri à Bruxelles ou encore la ratonnade à laquelle se sont adonnés des supporters ultras brugeois à Molenbeek en mai 2025.

Mais force est de constater, et on le voit dans une partie du discours politique et médiatique en France actuellement, qu’il y a de plus en plus une tendance à associer la violence à l’extrême gauche. "Il y a un champ médiatique qui essaye de faire cela, ou en tout cas qui relaie un peu trop facilement et de manière trop complaisante le discours que tient l’extrême droite", estime Julien Dohet.

Cédric Simon, le syndicaliste militant antifa bruxellois, parle, lui, d’une "manipulation qui est mise en place à grand renfort de soutien médiatique". "Il y a un narratif qui est en train de se mettre en place qui dit en substance que les antifascistes sont des fascistes", estime-t-il, donnant l’exemple d’Elon Musk "qui promeut tout un tas de mensonges" ou "l’empire Bolloré en France".

Pour Juien Dohet, "le fascisme a toujours essayé de renvoyer la balle vers l’antifascisme et de se dédouaner de sa responsabilité". Il explique que cela a été observé "dans les années 30" ou encore "dans les années 60-70, en France". "Rien de nouveau", selon lui, avec cependant une différence : "le nombre de médias que l’extrême droite soit contrôle, soit influence, et qui relaient de plus en plus ce discours-là, qui est une inversion totale et des valeurs et de la réalité", souligne Julien Dohet. "Quand on dit l’antifascisme c’est le fascisme, qu’on ne peut plus être antifasciste, […] on condamne le fait de résister à la progression de l’extrême droite", estime Cédric Simon.

Et puis, ajoute de son côté Julien Dohet, "il faut reconnaître que certains partis politiques, et un en particulier, relaient de plus en plus les propos de l’extrême droite, et la banalisent de plus en plus, et donc ouvrent un champ de possibilités, malheureusement, à l’extrême droite".

Si l’on se penche sur les chiffres, ceux de la Banque de données commune gérée par l’OCAM (Organe de coordination pour l’analyse de la menace) permettent de savoir combien de personnes doivent être suivies en Belgique dans le cadre d’une problématique de terrorisme ou d’extrémisme.

Les chiffres les plus récents, en février 2026, qui permettent de classer les personnes en fonction de leur idéologie, indiquent que la grande majorité des personnes suivies en raison du risque qu’elles représentent sont des extrémistes islamistes, au nombre de 467.

La deuxième catégorie de personnes que suit l’OCAM est celle des extrémistes de droite. Ceux-ci sont 44 dans la base de données de l’OCAM.

Les extrémistes de gauche, au nombre de 14, viennent ensuite.

Dix personnes sont également suivies en tant qu’extrémistes "anti-establishment".

Au-delà de ces chiffres, "l’OCAM va également organiser une distinction entre la cible de la violence", explique François Debras, politologue à l’ULiège.

En ce qui concerne l’extrémisme de gauche en Belgique, "l’OCAM va signifier que l’extrémisme de gauche aurait plutôt une logique qui serait portée non pas contre des individus, mais contre des biens publics ou contre des publicités, notamment par rapport au contexte international, vis-à-vis d’entreprises qui commerceraient avec Israël ou le gouvernement israélien, par exemple", explique François Debras.

Pour ce qui est de l’extrémisme de droite, "on est plutôt dans de la violence qui va cibler l’intégrité physique et psychique de certains individus", explique François Debras. "Ça peut être des discours haineux, racistes, xénophobes, déshumanisants", poursuit-il. Et "parfois on peut attaquer physiquement une personne en fonction de son orientation sexuelle, son identité de genre, son origine nationale", ajoute-t-il, rappelant qu’on "a vu par le passé différentes organisations qui ont attaqué des lieux qui recueillaient ou qui accueillaient des personnes migrantes".

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