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Tuesday, October 6, 2026

S’éviter un troisième Non

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Au moment de déposer son bulletin dans l’urne, lundi matin, Paul St-Pierre Plamondon a déclaré que les Québécois avaient en main le changement qu’ils souhaitaient. Ils lui en ont clairement indiqué les limites.

Comme à son habitude, le Parti québécois (PQ) a vu son vote s’effriter en fin de campagne. En réalité, il avait pratiquement atteint son plancher en commençant, après avoir perdu 10 points dans les six premiers mois de l’année. Les 39 % d’intentions de vote dont il était crédité à la fin de 2025, selon Léger, témoignaient moins d’une réelle adhésion que de la désaffection des électeurs envers François Legault et Pablo Rodriguez.

Certes, les Québécois n’ont pas retrouvé dans le chef péquiste celui dont la fraîcheur les avait charmés en 2022, mais ils n’ont jamais eu réellement l’intention de donner le feu vert à la tenue d’un référendum, que ce soit avant ou après le départ de Donald Trump. Et puis, on leur a tellement répété qu’un troisième Non serait catastrophique qu’ils se sont arrangés pour ne pas avoir à se prononcer.

Le nouveau premier ministre disposera néanmoins d’une plus grande marge de manœuvre que Pauline Marois en 2012. À l’époque, la Coalition avenir Québec (CAQ) était le seul parti à détenir la balance du pouvoir. Cette fois-ci, le gouvernement péquiste pourra s’appuyer tantôt sur le Parti conservateur du Québec (PCQ), tantôt sur Québec solidaire (QS), dont les orientations sont si diamétralement opposées qu’il est difficile de les imaginer s’entendre pour le renverser.

Même à la tête d’un gouvernement majoritaire, M. St-Pierre Plamondon aurait sans doute hésité à déclencher un référendum sans « conditions gagnantes », dont on ne voit présentement aucun signe et que l’état précaire des finances publiques rendra encore plus difficiles à réunir.

Ruba Ghazal a eu beau assurer que QS se retrouverait dans le camp du Oui, il lui faudra obtenir l’aval de la base du parti, dont l’allergie au PQ semble incurable. D’ailleurs, la moyenne de vie des gouvernements minoritaires laisse penser qu’une autre élection pourrait survenir au Québec avant que la Maison-Blanche accueille un nouveau locataire.

La barre n’était pas très haute pour Charles Milliard, mais une récolte de 40 sièges le met à l’abri de toute contestation. Après un début de campagne laborieux, il a démontré qu’il était capable d’apprendre. Quelques années d’expérience devraient en faire un aspirant tout à fait convenable au poste de premier ministre, à la condition que le Parti libéral du Québec (PLQ) cesse de s’imaginer qu’il pourra retrouver la confiance des francophones en se contentant de formuler des vœux pieux pour la protection du français.

L’effondrement de la CAQ est aussi total que l’annonçaient les sondages. Le coup est d’autant plus difficile à encaisser pour Christine Fréchette qu’elle a pu entretenir pendant un moment l’illusion de pouvoir répéter l’exploit de Mark Carney. Il faut presque se réjouir que sa défaite personnelle dans Trois-Rivières lui évite une survie végétative à l’Assemblée nationale. On lui souhaite de tourner la page.

Toutes proportions gardées, sa dégringolade est aussi spectaculaire que celle de Kim Campbell et du Parti progressiste-conservateur du Canada, qui avait perdu près des deux tiers de ses voix et 154 de ses 156 sièges en 1993, mais le parti de Brian Mulroney, John Diefenbaker et John A. Macdonald avait des racines profondes qui lui ont permis de ressusciter quelques années plus tard, tandis que la CAQ n’aura été qu’une aire de repos pour les électeurs fatigués du débat constitutionnel.

Éric Duhaime ne semble pas demander mieux que de s’installer confortablement dans la coquille vide de la « troisième voie ». Il reste à voir où échoueront les nouveaux « orphelins politiques » que sont maintenant Bernard Drainville, Simon Jolin-Barrette, Jean-François Roberge…

On peut comprendre le chef du PCQ d’avoir débouché le champagne aussi tôt. Le PCQ est sans contredit le grand gagnant de la soirée. Ses idées peuvent être détestables, mais le talent politique de M. Duhaime est indéniable. En début de campagne, rares étaient ceux qui auraient parié sur la capacité du PCQ de déborder de son terreau fertile de la région de Québec et de Chaudière-Appalaches. La victoire dans Arthabaska-L’Érable a sans contredit constitué une revanche personnelle, mais elle annonce surtout des lendemains prometteurs.

L’Action démocratique de Mario Dumont a cependant fait la démonstration du danger qui guette les partis dont l’expansion est trop rapide. En 2007, elle était soudainement passée de 4 à 41 députés sans avoir la maturité qu’exige le rôle d’opposition officielle et d’aspirant au gouvernement. Dix-huit mois plus tard, le retour sur terre a été brutal. Seulement 7 députés ont survécu et son chef a démissionné le soir même de l’élection de décembre 2008.

De la vingtaine d’élus conservateurs, seule Maïté Blanchette Vézina a une expérience parlementaire. M. Duhaime ne pouvait pas se montrer trop difficile dans le choix de ses candidats, comme en témoigne le nombre de ceux qui se sont retrouvés dans le pétrin durant la campagne, mais ils devront maintenant être surveillés de très près. Le rôle de deuxième groupe d’opposition est moins exigeant que celui de l’opposition officielle, mais le PCQ devra éviter d’être perçu comme une bande de cabotins.

La bonne campagne menée par Ruba Ghazal, nettement meilleure que celle de 2022, aurait mérité un meilleur sort à QS, mais cela aurait pu être bien pire. Le nombre de progressistes au Québec est certainement supérieur aux quelque 12 % de voix recueillies par QS. Les années d’austérité à venir rendront sa présence encore plus indispensable, ne serait-ce que pour empêcher le PQ de chercher trop ouvertement à séduire les électeurs conservateurs.

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