Élections en Israël: l’heure des comptes pour Benyamin Netanyahu

Un peu plus de 7 millions d’Israéliens sont appelés à voter le 27 octobre prochain. Le scrutin, crucial, est perçu comme un référendum pour ou contre le Premier ministre Benyamin Netanyahu, un homme controversé qui a fortement marqué l’histoire d’Israël.
De notre correspondante à Jérusalem,
Surnommé le « Roi Bibi » à une époque, Benyamin Netanyahu a perdu sa couronne ; les Israéliens l’appellent désormais Bibi, son image s’est écornée. L’électorat israélien s’est déplacé vers la droite après le massacre du 7 octobre 2023 perpétré par le Hamas.
Aujourd’hui, si la majorité des Israéliens ont approuvé la guerre lancée dans l’enclave palestinienne et réduit le territoire en ruines, la gestion du conflit reste contestée. Le Premier ministre sortant conserve de solides soutiens dans la population, mais on lui reproche aussi tout à la fois son absence de plan stratégique clair et ses coups de boutoir contre l’État de droit.
La guerre comme outil pour « changer le Moyen-Orient »
Comme lors des précédentes élections israéliennes, Benyamin Netanyahu, 77 ans, a largement axé sa campagne sur les enjeux sécuritaires. Cette année, il met en avant son bilan : après l’attaque sanglante du 7 octobre 2023, il a lancé une guerre multi-fronts qui dure maintenant depuis trois ans. À Gaza, où le conflit a fait plus de 74 000 morts, au Liban, en Syrie ou encore en Iran, le chef du gouvernement sortant affiche ses succès militaires. Souvent présenté comme un « faucon », Benyamin Netanyahu a récemment changé la stratégie sécuritaire d’Israël. Il a misé sur des guerres plus longues et mis en place de larges zones occupées et « de sécurité » dans les pays frontaliers. « Nous avons changé le Moyen-Orient », répète-t-il à l’envi depuis plusieurs mois.
Mais ces succès sur le terrain ne se sont pas transformés en succès stratégiques. L’opinion publique lui reproche de ne pas avoir tenu ses promesses de « victoire totale » sur le Hamas et le Hezbollah libanais et d’avoir été écarté par les Américains des négociations avec l’Iran. Benyamin Netanyahu a aussi intensifié la colonisation en Cisjordanie occupée où les violences de colons se sont multipliées contre les Palestiniens. L’année dernière, le chef du gouvernement l’a dit et affirmé de façon tranchante : « Il n’y aura pas d’État palestinien sur la rive occidentale du Jourdain. »
À écouter aussiViolences de colons israéliens en Cisjordanie occupée: «Empêcher les Palestiniens de cultiver leurs terres contribue à les en chasser»
Son parti, le Likoud, est au pouvoir depuis 2009 presque sans interruption, et Benyamin Netanyahu reste populaire en Israël malgré l’échec des autorités à empêcher le massacre du Hamas. Il a réussi à maintenir sa coalition pendant quatre ans, un record dans le pays. Contre toute attente, le gouvernement a tenu dans une période de fortes turbulences après le 7-Octobre.
Pourtant l’image de « Monsieur Sécurité » s’est fissurée à ce moment-là. De nombreux Israéliens le jugent en partie responsable : les familles endeuillées ne supportent pas qu’il puisse dire « on ne m’a pas réveillé le matin de l’attaque ». Beaucoup réclament une commission d’enquête indépendante sur les défaillances qui ont permis au mouvement islamiste armé d’attaquer le territoire israélien depuis la bande de Gaza, tuant 1 200 Israéliens : et les partis d’opposition en font même leur priorité. Benyamin Netanyahu refuse, il a déjà fort à faire avec la justice.
À lire aussi7-Octobre: que savait Benyamin Netanyahu?
De nombreux démêlés judiciaires
Les ennuis judiciaires de Benjamin Netanyahu commencent en 2020. Il est impliqué dans trois affaires, il est inculpé pour corruption, fraude et abus de confiance. Six ans plus tard, le procès dure toujours. L’accusé dément, il dénonce une chasse aux sorcières, un procès politique. Le Premier ministre sortant a demandé une grâce au président Isaac Herzog, un processus appuyé par Donald Trump qui n’a pas abouti.
Netanyahu est aussi sous pression sur le Qatargate. Certains de ces collaborateurs ont entretenu des liens financiers avec le Qatar, alors que Doha héberge le bureau politique du mouvement islamiste Hamas. Le Qatar a versé beaucoup d’argent à Gaza pour l’électricité, les salaires des fonctionnaires et le gouvernement dirigé par le Hamas.
Au-delà des frontières israéliennes, la Cour pénale internationale a émis un mandat d’arrêt contre Benyamin Netanyahu pour crime de guerre et crime contre l’humanité. Le bilan humain de la guerre menée à Gaza, la dévastation de l’enclave palestinienne lui valent aussi des accusations de génocide et de nettoyage ethnique de la part de certaines ONG et même de dirigeants internationaux.
À lire aussiComment le 7-Octobre a modifié la carte de la Palestine
Benyamin Netanyahu incontournable ?
Une génération entière de jeunes Israéliens n’a pratiquement connu que lui aux commandes. Il a été chef du gouvernement de 1996 à 1999 puis de 2009 à 2021 et il a entamé son troisième mandat en 2022. Né à Tel-Aviv en 1949, il est issu d’une famille d’idéologues de droite. Son père a été l’assistant de Zeev Jabotinsky, le leader historique de la droite nationaliste et théoricien du concept de « Grand Israël ».
Dans un entretien accordé en août 2025 à la chaîne i24News, le Premier ministre avait affirmé adhérer « tout à fait » à cette notion. Il assurait aussi se sentir investi d’une mission historique et spirituelle. Ses partisans ne disent pas autre chose : pour eux, Benyamin Netanyahu aurait « une mission divine ».
Des propos singuliers dans un pays qui aura un choix très clair à faire lors des prochaines élections : faut-il ou pas s’ancrer davantage à droite et devenir plus religieux ? Benyamin Netanyahu défend avant tout sa vision d’Israël comme « État juif », c’est un farouche opposant au processus de paix avec les Palestiniens, depuis toujours. La mort de son frère Yoni l’a profondément marqué : il a été tué lors de l’opération de libération des otages israéliens à Entebbe, en Ouganda, en 1976.
Selon les sondages, une majorité d’Israéliens souhaite le départ de Benyamin Netanyahu. Largement critiqué, il conserve malgré tout une forte popularité chez les plus fervents partisans du Likoud, son parti. Benyamin Netanyahu ne lâchera pas facilement le pouvoir, il a à son actif une douzaine de campagnes électorales. Candidat aguerri, il n’a pas besoin d’une victoire écrasante pour continuer à gouverner : il a souvent réussi dans le passé à renverser la tendance, au dernier moment. Aujourd’hui son principal adversaire s’appelle Gadi Eisenkot, ancien chef d’état-major de l’armée.
Passé près de 19 ans dans le costume de Premier ministre, Benyamin Netanyahu avait pris la tête du Likoud en 1993. Ce parti a toujours défendu une ligne nationaliste et libérale sur les questions économiques. Il devient chef du gouvernement pour la première fois à 46 ans. Au fil des années, il a verrouillé le Likoud, un processus visible lors des dernières primaires du parti qui se sont tenues l’été dernier. Si cette mainmise pose question, elle a aussi favorisé la popularité grandissante de l’extrême droite nationaliste-religieuse. Benyamin Netanyahu dirige aujourd’hui le gouvernement le plus à droite de l’histoire d’Israël.
Quelques voix dissonantes se font entendre, jugeant que le Premier ministre a détruit le parti en donnant de trop nombreux gages aux partis religieux pour faire tenir sa coalition. Il s’est par exemple allié aux ultra-orthodoxes qui veulent être exemptés de service militaire. Le sujet divise profondément la société israélienne après trois années de conflit.
Pourtant Benyamin Netanyahu a lui-même été membre d’un commando d’élite dans sa jeunesse, à la fin des années 1960. Ces deux fils en revanche n’ont pas été réservistes et son aîné a essuyé des critiques pour son mode de vie luxueux à Miami pendant la guerre.
À lire aussiLégislatives en Israël: dans les colonies de Cisjordanie occupée, l'extrême droite a le vent en poupe
Netanyahu isolé sur la scène internationale
En partie élevé aux États-Unis, l’actuel chef du gouvernement est diplômé du Massachusetts Institute of Technology (MIT). Sa maitrise parfaite de l’anglais lui permet d’être à l’aise sur les plateaux de télévision américains comme aux Nations unies. Il a été à une époque un porte-parole très efficace de l’État hébreu. Aujourd’hui, la salle de l’Assemblée générale de l’ONU se vide lorsqu’il monte à la tribune. Mis à part le soutien de quelques dirigeants d’extrême droite, il est très isolé. Il pourfend les institutions internationales qu’il accuse de dénigrer Israël, notamment depuis la reconnaissance de l’État palestinien par plusieurs pays en 2025. La politique de Netanyahu fait aujourd’hui l’objet de critiques acerbes de la part de nombreux dirigeants étrangers, le chef du gouvernement sortant joue donc la carte américaine.
Il a toujours entretenu une relation particulière avec les États-Unis en général et Donald Trump en particulier. Il s’est exprimé à quatre reprises devant le Congrès américain et Washington refuse de critiquer publiquement Israël. Mais il y a eu ces derniers mois des tensions entre le président américain et le Premier ministre israélien. Donald Trump a été jusqu’à traiter Netanyahu de « putain de cinglé ». C’est le même leader qui lui promet aujourd’hui une victoire éclatante aux élections et lui apporte son « soutien plein et entier ».
Le 27 octobre prochain, c’est l’avenir des institutions israéliennes qui est en jeu, disent certains Israéliens, et pour beaucoup l’identité même d’Israël en tant que démocratie. Benyamin Netanyahu a lancé avant 2023 un projet de réforme judiciaire qui avait mis une partie du pays dans la rue pour défendre l’État de droit et l’indépendance de la justice. Les manifestants dénonçaient à l’époque un gouvernement qui foulait ses principes aux pieds.
En face, les partisans de Bibi opposaient « l’État profond » en multipliant les diatribes anti-élite et en alimentant la « machine à poison », c’est-à-dire les campagnes de dénigrement contre les opposants. Netanyahu répète que la presse, les ONG, les hauts fonctionnaires, tous les contre-pouvoirs font partie d’un système ligué contre lui, même la Cour suprême n’est pas épargnée. Ses fans applaudissent et dénoncent le pouvoir des juges en Israël. Cette rhétorique n’est pas nouvelle pour un Premier ministre qui assure qu’il préfère un « mauvais éditorial à un bel éloge funèbre ».
À lire aussiDans le Golfe, l’instabilité comme seule perspective
KioskNews shows a cleaned-up reading view extracted from the publisher’s page — the original always lives on their site, not ours.