Les dérives autoritaires du gouvernement Trump
Les éditions Somme toute / Le Devoir publient ces jours-ci Le retour de Trump à la Maison-Blanche. Défis médiatiques et démocratiques pour le Québec et le Canada, un essai signé Karine Prémont et Marie-Ève Carignan. Extrait de l’introduction.
Depuis sa réélection à la présidence américaine en novembre 2024, Donald Trump démontre qu’il est passé maître dans l’art d’imposer ses priorités et ses messages. Son second mandat s’inscrit dans une dynamique radicalement différente du premier, alors que le paysage politique et médiatique est en profonde transformation, tant aux États-Unis que dans le reste du monde. Ce second mandat, sur lequel plane l’ombre de l’assaut du Capitole du 6 janvier 2021, se tient en effet dans un contexte politique particulier : les élus modérés ont pratiquement disparu du paysage politique, la Cour suprême est dominée par une forte majorité conservatrice et les crises successives, de la pandémie de COVID-19 à l’inflation galopante en passant par une guerre contre l’Iran, ont exacerbé les clivages sociaux et la désinformation.
Il faut dire que Trump applique une stratégie redoutable : un flot ininterrompu de décisions, de déclarations et de controverses qui rendent difficile toute hiérarchisation de l’information. Cette approche permet au gouvernement Trump non seulement de saturer l’espace médiatique, mais aussi d’identifier et de désigner publiquement les opposants comme des ennemis de l’État, déstabilisant ainsi le débat politique et affaiblissant les contre-pouvoirs — les médias, les universités, les groupes de pression, le Parti démocrate —, qui peinent à s’organiser.
Le Canada et le Québec ne sont pas à l’abri des secousses de la politique américaine. L’insistance de Trump pour que le Canada devienne le 51e État américain ou pour qu’il mette fin à ce qu’il considère comme des pratiques commerciales et politiques déloyales — taxe sur les produits et services (TPS), politiques migratoires, lutte contre le trafic de stupéfiants — influence la vie politique canadienne et québécoise, tout en contribuant à l’accroissement de l’intérêt médiatique et citoyen pour la politique américaine. Les médias, les élus et les citoyens canadiens doivent ainsi constamment réagir aux déclarations et aux exigences de la présidence américaine, alors même que cet allié historique est de moins en moins fiable et crédible.
Les craintes que nous avons ne sont pas injustifiées, puisque le recul démocratique des États-Unis est à la fois clair et radical. En 25 ans, les États-Unis sont passés de la 20e à la 51e place dans le classement des démocraties libérales. De même, après un siècle d’expansion de la liberté de la presse, les États-Unis connaissent un recul significatif, exacerbé par le second mandat de Trump. Ils sont ainsi passés du 57e au 64e pays, entre 2025 et 2026, dans le classement mondial de la liberté de presse de Reporters sans frontières.
Des chercheurs ont même estimé que l’autocratisation des États-Unis est plus rapide que celle qu’ont connue la Turquie sous Recep Tayyip Erdoğan et la Hongrie sous Viktor Orbán. Dès 2021, l’Institute for Democracy and Electoral Assistance faisait remarquer que, « de manière significative, les États-Unis, bastion de la démocratie mondiale, ont eux-mêmes été victimes de tendances autoritaires et ont perdu un nombre important d’échelons sur l’échelle démocratique ».
Cela n’est peut-être pas étonnant pour un pays dont le président a récemment affirmé que sa morale et son esprit sont les seules choses qui limitent son pouvoir. Les conséquences de cette tendance se font sentir partout dans le monde, y compris chez nous, où le discours trumpiste, savant mélange de mensonges, de menaces et d’insultes, devient une norme pour assurer à la personne qui l’utilise une forte visibilité médiatique — atout considérable à l’ère de la multiplication des plateformes. Or, ces méthodes ont des effets directs sur notre propre démocratie.
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Nous vivons dans un contexte où ce sont les jeunes générations qui sont les plus désillusionnées à l’égard de la démocratie et qui font le moins confiance aux institutions politiques et sociales, et ce, tant au Canada qu’aux États-Unis. Cette insatisfaction produit un sentiment d’impuissance qui peut générer à son tour de l’apathie ou, à tout le moins, un désengagement de la part de ceux-là mêmes qui auront le plus à perdre de l’émergence de sociétés autoritaires où la vérité et le mensonge se confondent, où les réseaux sociaux enferment les individus dans des bulles idéologiques et culturelles imperméables aux idées nouvelles et où les crimes des dirigeants ne suscitent que haussements d’épaules et roulements d’yeux.
Il nous semble donc particulièrement important de bien saisir les dynamiques communicationnelles à l’œuvre à la Maison-Blanche afin de dénoncer les dérives autoritaires du gouvernement Trump d’une part, et pour leur faire obstacle de façon durable de l’autre. Parce que, comme le fait remarquer justement le professeur de droit Louis-Philippe Lampron, « la démocratie ne se défendra pas toute seule ».
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