Ukraine: face à l’intensification des attaques russes, l’évacuation de civils à Kharkiv est de plus en plus risquée

Même si de loin, le front en Ukraine semble gelé, aucun camp n’ayant fait de percée significative depuis des mois, en réalité, il reste mouvant. À l'échelle locale, cela signifie que des villes et des villages, jusque-là épargnés, menacent tout à coup de se transformer en champ de bataille. Cette situation oblige des habitants à évacuer dans des conditions très risquées.
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De nos envoyés spéciaux dans la région de Kharkiv,
Les deux véhicules blindés du centre de coordination des secours ont pris la direction du village de Khotimlia, à deux heures de route de Kharkiv, 25 kilomètres de la frontière russe et une vingtaine de kilomètres de la ligne de front. Khotimlia avait été occupé par l'armée russe aux premiers jours de l'invasion, avant d'être libéré six mois plus tard par une contre-offensive ukrainienne.
Mais les combats se rapprochent à nouveau. « Le village est sous le feu constant des projectiles à longue portée. Les drones frappent constamment cette localité, déplore Leonid Mazur, le chef de l'expédition. Notre mission aujourd’hui est d’évacuer une famille : une femme et ses deux enfants. Ce sont les derniers enfants du village. Et une autre femme se joindra à nous. »
« Je n’ai plus nulle part où aller »
Sur la route, un bip sonore sert à repérer les drones. « C’est en quelque sorte nos yeux à chaque mission, explique un certain Yevhenii. La machine repère les drones et dans quelle direction ils se déplacent. Mais on ne s’appuie pas uniquement sur elle, on en a plusieurs, puisque l’ennemi change sans arrêt la fréquence de ses drones. »
Au premier point de rendez-vous, il n’y a finalement pas une femme, mais deux – une dame âgée et sa fille, Olena . « Je vivais avec ma mère dans la maison de ma grand-mère, confie cette dernière. Récemment, quatre missiles sont tombés sur le village. La maison est complètement détruite, il ne reste que les murs. Je n’ai plus nulle part où aller. »
« On a souvent ce genre de situation, on arrive pour une évacuation et il n’y a pas le nombre de personnes prévues, souligne Yevhenii. Dans ce cas, il faut se serrer, faire de la place d’une manière ou d’une autre ou alors appeler du renfort. »
Deuxième arrêt : cette fois comme prévu une mère et ses deux jeunes enfants, qui ont rassemblé quelques maigres affaires dans des sacs en plastique. Pas de temps à perdre sur place. Une fois la famille à bord, les véhicules repartent.
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« L’avenir des enfants est plus important »
Deux heures plus tard, elles arrivent au centre de réfugiés de Kharkiv. Tout le monde est sain et sauf, la mission est réussie, mais pour Liliia, le soulagement reste de courte durée. « J’ai peur pour l’avenir et j’ai l’impression qu’on a arraché un morceau de mon âme, confie-t-elle. Devoir quitter ma maison comme ça. Elle est pleine de mauvaises herbes, mais c’est ma maison », lance-t-elle en riant tristement.
Sa mère a 66 ans, ajoute-t-elle. Elle n’a pas voulu partir. « C’est dur de la laisser mais l’avenir des enfants est plus important. »
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