Les six défis de Paul St-Pierre Plamondon
À la tête d’un gouvernement minoritaire, Paul St-Pierre Plamondon (PSPP) devra rapidement apprendre à composer avec une Assemblée nationale où il ne détiendra pas tous les leviers. Voici les six principaux défis qui l’attendent.
1. Survivre à moyen terme
Avec 59 députés élus, le nouveau gouvernement péquiste devra composer avec trois partis d’opposition qui peuvent le faire tomber lors d’un vote de confiance. Le PQ aurait eu besoin de cinq autres députés pour obtenir une majorité au salon Bleu.
S’il espère survivre à moyen terme, PSPP devra donc faire des concessions pour obtenir l’appui d’au moins un parti d’opposition lors des votes de confiance. Historiquement, au Québec, les gouvernements minoritaires ont une durée de vie moyenne de 18 à 24 mois.
« Ça prend beaucoup de doigté pour gouverner un gouvernement minoritaire dans un contexte où il y a un éclatement aussi important du vote », souligne Eric Montigny, professeur titulaire au Département de science politique de l’Université Laval.
Le chef péquiste semble déjà en prendre la mesure. Il a assuré, lors de son discours de victoire, avoir bien « entendu » le message des Québécois, qui lui ont « demandé » de travailler avec les autres partis.
2. Tendre (réellement) la main aux oppositions
Même s’il affirme vouloir collaborer avec ses homologues, le nouveau premier ministre devra passer de la parole aux actes s’il veut faire adopter son programme. Peu avant son élection, PSPP a indiqué qu’il privilégierait une approche au cas par cas avec les oppositions, en allant chercher tantôt l’appui des conservateurs, tantôt celui de Québec solidaire (QS) ou celui des libéraux, selon les dossiers.
« Mais ça va être compliqué de travailler des fois avec les conservateurs, et l’autre fois avec Québec solidaire, sans froisser l’un ou l’autre, puisqu’ils sont aux opposés du spectre politique », prévient M. Montigny.
L’exercice pourrait être d’autant plus ardu compte tenu des frictions qui ont marqué les relations du PQ avec certains partis pendant la campagne, souligne quant à lui Thierry Giasson, professeur titulaire au Département de science politique de l’Université Laval.
« [Les péquistes] vont avoir à établir des ponts et faire des alliances avec des gens qu’ils ont discrédités pendant 39 jours. Ils ont tenté de convaincre la population que ces gens-là étaient inaptes à gouverner », souligne-t-il. Même si les chefs d’opposition connaissent bien les réalités de la joute électorale, « il n’en demeure pas moins que ça peut parfois laisser des traces, et des ego un peu froissés ».
3. Mettre le référendum sur les rails
PSPP certifiait, pendant la campagne, qu’il irait de l’avant avec son projet de référendum, qu’il soit à la tête d’un gouvernement minoritaire ou majoritaire. Au soir de l’élection, le chef libéral, Charles Milliard, a promis une « opposition déterminée » au projet référendaire. Le chef conservateur, Éric Duhaime, a lui aussi fermé la porte à toute collaboration sur la question.
Le seul allié potentiel du PQ pourrait donc être QS, résume Thierry Giasson. Mais encore faut-il que les deux formations s’entendent sur la manière de procéder. Contrairement au parti de PSPP, les élus solidaires souhaitent d’abord former une assemblée constituante afin d’élaborer le projet de pays, avant de le soumettre à un référendum.
Un arrangement entre les deux formations n’est toutefois pas impossible, croit le politologue Eric Montigny. Il rappelle que l’alliance de « souveraineté-partenariat » conclue entre le PQ et l’Action démocratique du Québec (ADQ) en 1995 n’avait « rien de naturel » non plus. « La politique, c’est souvent l’art du possible. »
4. Gagner rapidement en expérience
Au cours des prochaines semaines, le nouveau premier ministre devra former sa garde rapprochée, et constituer un Conseil des ministres capable de maîtriser rapidement les dossiers. Or, mis à part quelques députés ayant déjà acquis une expérience parlementaire — comme Alain Therrien, Elsie Lefebvre et Nicolas Marceau —, la grande majorité de l’équipe péquiste fait ses premiers pas en politique.
« Ils sont passés de 7 députés à 59. C’est une énorme croissance », souligne Thierry Giasson. « Il faut que cette équipe-là se forme rapidement et soit capable de performer. C’est un énorme défi interne avec lequel ils doivent composer. »
Même chose pour le chef péquiste, qui n’a lui-même jamais occupé de rôle décisionnel au sein d’un gouvernement. « Il a vu M. Legault et Mme Fréchette s’exprimer devant lui [à l’Assemblée nationale], mais maintenant, il va devoir trouver sa manière d’incarner la fonction. »
5. Tenir ses promesses
Le chef péquiste a promis gros pendant la campagne. Son plan pour les 100 premiers jours comprend notamment le dépôt d’un projet de loi visant à abolir Santé Québec et à supprimer 900 postes au sein de sa structure administrative. Reste à voir comment il parviendra à mener cette réforme à bien sans perturber le réseau de la santé.
D’autres engagements du PQ s’annoncent comme d’inévitables points de friction avec le gouvernement de Mark Carney, à commencer par la baisse des seuils d’immigration, le retrait du Québec du projet de TGV fédéral et l’abolition des symboles monarchiques.
6. Accroître ses appuis
Enfin, PSPP aura la tâche d’élargir ses appuis en vue du prochain scrutin, qui pourrait survenir plus tôt que tard. Son gouvernement a été élu lundi soir avec seulement 28,02 % des suffrages exprimés. Il s’agit de la plus faible proportion de voix récoltée par un gouvernement dans l’histoire moderne du Québec — devançant le record précédent établi par le Parti québécois de Pauline Marois en 2012, avec 31,95 %.
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