Comment l'île paradisiaque de Nauru est-elle devenue un enfer sur Terre?

« L'île qui s'est mangée toute seule » est un symbole de la surexploitation des ressources naturelles. Les mines de phosphate ont détruit 80% des sols. Nauru, dans l'océan Pacifique, a sombré dans la catastrophe écologique, économique, sociale et sanitaire.
Du paradis à l'enfer. C'est le destin tragique de l'île de Nauru, une toute petite île de 21 kilomètres carrés, située dans l'océan Pacifique, en Micronésie, à quelque 2 000 kilomètres au nord-est de l'Australie. Un destin qui ressemble aux catastrophes vécues par l'île de Pâques ou la civilisation maya, qui avait sombré à cause de la déforestation totale. L'histoire de Nauru, bien plus tard, au XXe siècle, ressemble là aussi à un suicide.
« Elle s'est bouffée »
Nauru, aujourd'hui, est une île sans forêt, sans biodiversité. À cause des mines de phosphate. On a ainsi surnommé Nauru « l'île qui s'est mangée toute seule ». « Elle s'est bouffée, raconte Shérazade Zaiter, spécialiste en droit des affaires et en développement durable, et enseignante à l’université de Limoges. 80% de son territoire a été exploité pour le phosphate, pour faire des trous. Résultat, c'est une île qui s'est complètement détruite toute seule – toute seule, non : détruite par les hommes ».
À Nauru, on n'avait pas de pétrole mais on avait du phosphate. Le minerai, à l'origine de la catastrophe, avait pourtant apporté la richesse – mais à quel prix ? Les concessions de mines ont fait couler l'argent à flot. En 1974, Nauru avait même le deuxième PIB par habitant le plus important au monde, après l'Arabie saoudite. Mais cette économie de la rente est devenue un piège quand tout le phosphate a été épuisé, 20 ans plus tard.
Retour en arrière impossible
« L'argent rentrait tellement dans le pays, il y avait une richesse énorme, poursuit Shérazade Zaiter. Les habitants de l'île ont adopté un mode de vie extrêmement sédentaire, et ils ont importé ce qu'il y a de plus nocif pour la santé. L'obésité s'est développée, le taux de tabagisme est devenu très élevé. Et quand tout s'est effondré, il n'y avait plus la possibilité de revenir en arrière. C'est ce qui est terrible ».
La corruption des dirigeants, un classique dans l'exploitation des ressources naturelles, a aggravé la catastrophe écologique, économique, sociale et sanitaire. « On détruit cet environnement pour des profits qui vont rapporter à certaines personnes de l'argent dans des quantités phénoménales, Et les autres qui sont tout autour, qu'est-ce qu'ils vont avoir ? La pollution, les dégradations environnementales... Ce lien entre la corruption et l'environnement est extrêmement important », souligne Shérazade Zaiter, qui a écrit Le Manifeste contre la corruption environnementale (éditions Erick Bonnier).
Le profit à n'importe quel prix
Nauru est ainsi devenue un symbole, universel, de la surexploitation des ressources naturelles. « Il y avait tout sur cette île. Tout pour vivre bien. Et ils ont tellement surexploité cette île que ça a tout détruit. C'est pour moi un vrai symbole de ce qui peut arriver sur la Terre si on ne fait pas attention, si on ne pose pas des cadres, si on est sans cesse dans la recherche du profit à n'importe quel prix », estime Shérazade Zaiter.
Ruinée, Nauru a vendu nationalité et passeport (dont auraient bénéficié des membres d'al-Qaida...). Avant de s'engager dans une véritable fuite en avant : pour tenter de s'en sortir aujourd'hui, Nauru veut se lancer dans l'exploitation de ses fonds marins, riches en nodules polymétalliques, très recherchés par l'industrie de la transition énergétique. Comme si ses dirigeants n'avaient rien appris. Mais le pire est encore à venir : Nauru est menacée par la montée du niveau des océans. À la fin du siècle, la catastrophe de Nauru s'achèvera quand l'île sera engloutie.
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